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L'école doit-elle enseigner l'écologie? "C'est ce dont on a besoin"

AnalyseDes jeunes défilent depuis plusieurs jeudis dans les rues de Belgique et un mouvement mondial, initié par la jeunesse, se crée. Les questions de climat, de développement durable et d'écologie sont au coeur des discussions chez les (très) jeunes. L'écologie et l'éducation ont tout pour se marier parfaitement. Mais comment? Doit-on introduire une matière à part entière à l'école? Comment l'écologie peut être l'un des moteurs de l'enseignement? L'éducation joue-t-elle suffisament son rôle? 7sur7 s'est posé la question de la compatibilité entre écologie et éducation.

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Le mouvement Youth for climate rassemble des milliers de jeunes chaque jeudi depuis le début de l'année 2019. © reuters

En matière d'écologie, l'école est en retard. En 2015, une étude était menée par l'Aped (l'Appel pour une école démocratique), concernant les connaissances des élèves en matière de changements climatiques et d'épuisement des ressources énergétiques. Si ces connaissances étaient mauvaises, c'était avant tout car l'école ne prenait pas ces problèmes à bras-le-corps.

Depuis, les jeunes Belges se bougent pour le climat. Ils étaient encore 11.000 à Bruxelles à sécher les cours ce jeudi. Le collectif "Youth for climate", qui organise le mouvement en Belgique, appelle notamment à un mouvement mondial le 15 mars prochain. La jeunesse a soif d'écologie mais l'éducation ne semble pas encore répondre aux attentes de cette nouvelle génération.

Une éducation à l'écologie?

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C'est super important d'être éduqué à l'écologie dès le plus jeune âge, très tôt

Augustin Crespin, coorganisateur de "Youth for climate" à Liège

Augustin Crespin, 18 ans, écolier à Saint-Servais à Liège est l'un des organisateurs du mouvement "Youth for climate" dans sa commune. Il confirme l'importance de l'apprentissage de l'écologie à l'école: "Je pense que c'est très important d'être éduqué à l'écologie dès le plus jeune âge, très tôt. On en a besoin. Pour le moment, ce n'est pas vraiment le cas. On essaye de pousser nos directions à faire ce genre de choses. Si on veut mener une action, celle de l'environnement, il faut être informé. Si nous ne sommes pas informés, on ne sait rien faire. On ne pourra plus dire 'je ne savais pas'. Il y aura beaucoup moins de climatosceptiques puisque si on s'informe, on remarque que le réchauffement climatique est prouvé scientifiquement."

Pour Dimitri Greimer, conseiller "école" du ministère de l'Éducation, ces jeudis pour le climat ne font que renforcer les réformes en cours: "La ministre Marie-Martine Schyns soutient le message de fond et les réformes actuelles vont dans ce sens-là. Il faut éduquer au développement durable car nous n'avons pas de planète bis."

Pas encore de matière à part entière

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Dans le "pacte pour un enseignement d'excellence" mis en place par le gouvernement en 2017, on remarque que l'écologie n'est pas au premier plan. Dimitri Greimers se défend en expliquant que ce pacte inclut une grande part d'écologie mais de manière "transversale" à travers toutes les matières et non l'idée d'une seule, à part entière: "Actuellement, l'écologie et le développement durable en tant que tels font déjà partie des apprentissages qui sont abordés par exemple dans des cours de géographie ou de philosophie et citoyenneté. Je pense que si la génération actuelle est conscientisée et dans la rue, c'est parce que forcément, cela fait partie des apprentissages obligatoires à l'école."

Yves Marenne, directeur scientifique à l'Institut de Conseil et d'Études en Développement Durable (ICEDD), trouve l'idée du pacte intéressante mais pointe le risque que prend le gouvernement à trop diluer certaines matières: "Il faut faire prendre conscience aux futures générations de ce qu'est le développement durable à travers l'école pour ensuite prendre des décisions éclairées."

Aborder le climat sous différents angles

Les acteurs de l'éducation doivent suivre un fil rouge en se concertant, selon Yves Marenne: "Cela serait magnifique que des professeurs de physique-chimie, d'histoire, de géographie et de philosophie se coordonnent pour dire 'On va parler de la même chose mais sous des angles d'attaque différents'."

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Dimitri Greimers rappelle que les écoles vont avoir l'obligation de se doter d'outils de gouvernance "pour se fixer des objectifs en matière d'écologie et d'environnement."

Il prend un exemple concret: "Dans un cours de mathématiques, on va pouvoir aborder les performances énergétiques d'une chaudière dans le bâtiment de l'école et derrière construire un projet global pour rénover ce bâtiment en conséquence."

Des écoles ont déjà pris cette initiative, comme le collège Saint-Barthelemy de Liège. "Cela va devenir obligatoire pour tous et dans tous les cours traditionnels. Cette mesure va amener à davantage conscientiser les jeunes au développement durable", explique-t-il.

L'écologie et l'éducation, piliers de la société de demain?

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On peut toucher tout le monde avec l'école donc forcément c'est l'occasion d'introdui­re le développe­ment durable dans notre éducation

Dimitri Greimers, conseiller "école" au ministère de l'Education

Pour le conseiller au ministère de l'Éducation, l'un ne va pas sans l'autre dans notre société future: "On peut toucher tout le monde avec l'école, donc forcément c'est l'occasion d'introduire le développement durable dans notre éducation. On le voit bien actuellement, ce sont les jeunes qui sont le moteur du changement."

"Il nous reste trente ans pour nous mettre en ordre de bataille afin de ne plus rien émettre. Il faut intégrer aux nouvelles générations, dès le plus jeune âge, que tous les investissements soient faits à l'horizon 2050", détaille Yves Marenne, également professeur à la Haute École de Liège.

Un mariage difficile?

Le mariage entre l'écologie et éducation n'a jamais été aussi proche mais il reste sujet à débat. L'union des deux est quasiment unanime mais les façons de faire divergent. L'éducation relative à l'environnement constitue une entrée pour ouvrir les élèves aux défis du monde actuel et offre la possibilité de développer une pensée véritablement systémique.

Dès le plus jeune âge, il faudra sans doute mêler les quelques ingrédients indispensables que sont la créativité, la cohérence et l'implication des élèves dans ce projet inédit. La jeunesse espère avancer plus vite que le réchauffement climatique, qui lui, n'attend personne.