Les incendies en Amazonie plongent São Paulo dans l’obscurité en plein jour

Des milliers de Brésiliens font part de leur inquiétude concernant l’état de la forêt amazonienne. À l'origine de cette prise de conscience, un événement peu commun survenu lundi à São Paulo: la ville s’est retrouvée plongée dans l’obscurité une heure durant en plein après-midi, après que des vents forts eurent drainé d’épais nuages noirs provenant de la forêt. Les feux de forêt au Brésil ont augmenté de 83% depuis le début 2019. En Amazonie, les causes sont la déforestation et la sécheresse.

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Lundi à 16 heures, São Paulo a été plongée dans l'obscurité à cause de nuages noircis par la fumée des feux de forêt © Twitter/ShannonSims

On pourrait croire à une éclipse au vu des images déroutantes de São Paulo à 16 heures ce lundi. Mais il n’en était rien: le “blackout” dans lequel ce point névralgique du Brésil a été plongé en plein jour était dû aux épaisses fumées noires émises par les incendies en cours dans les États d’Amazonas et Rondonias, à quelque 2.700 kilomètres de là. Des vents forts et un front d’air froid avaient drainé les nuages noirs depuis la forêt amazonienne.

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Des pans entiers de la jungle sont brûlés dans l'État d’Amazonas, l’un des plus touchés par les feux et la déforestation © REUTERS

“C’est comme si le jour s’était transformé en nuit. Tout le monde en parlait parce que même les jours de pluie, on n’assiste jamais à une telle pénombre ici. C’était vraiment très impressionnant”, explique Gianvitor Dias, un habitant de São Paulo, à la BBC. Ce phénomène a aussitôt suscité un vent de panique et fait office de piqûre de rappel pour la population des grandes villes. Des appels à “prier pour la forêt amazonienne” ont vu le jour. Le hashtag #PrayforAmazonia est d’ailleurs en tête des tendances sur Twitter, avec plus de 150.000 références aux incendies. Les internautes du monde entier s’indignent désormais du peu de publicité faite autour de l’embrasement du poumon de la planète.

Les clichés récents des incendies pourtant nombreux se font rares, comme un secret bien gardé. D’aucuns regrettent aussi la disproportion de la médiatisation du pays: quelques années après que tous les projecteurs ont été braqués sur le Brésil à l’occasion de la Coupe du Monde, la forêt amazonienne brûle aujourd’hui dans l’indifférence la plus totale de la communauté internationale:

L’entêtement de Jair Bolsonaro

D’un point de vue plus politique, c’est le président brésilien d’extrême droite Jair Bolsonaro qui est visé pour son manque de lucidité en matière de déforestation et ce malgré les conclusions et appels du pied des experts. Entre janvier et août en effet, près de 73.000 départs de feu ont été enregistrés dans le pays, contre un petit 40.000 sur la totalité de l'année 2018, selon des chiffres de l'Institut national de recherche spatiale (INPE) qui observe notamment l'évolution de la forêt au Brésil. Ces chiffres n’avaient plus été si élevés depuis 2013, selon l'INPE qui utilise des données par satellite actualisées en temps réel.

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Exemple de déforestation massive de la forêt amazonienne au Brésil (archives de 2013 diffusées ce 14 août 2019 par l’INPE) © EPA

Les incendies ont été les plus nombreux dans les États occupés en totalité ou partiellement par la forêt amazonienne. L'État le plus touché est le Mato Grosso (centre-ouest), avec une hausse de 87% par rapport à toute l'année 2018. Les feux en Amazonie sont notamment provoqués par les défrichements par brûlis utilisés pour transformer des aires forestières en zones de culture et d'élevage ou pour nettoyer des zones déjà déforestées, généralement pendant la saison sèche qui s'achève dans deux mois.

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Déforestation dans la partie occidentale de la forêt amazonienne au Brésil (image de 2017) © AFP

“Nuire à l’image du Brésil”

"Ce à quoi nous assistons est la conséquence de l'augmentation de la déforestation révélée par les chiffres récents", analyse Ricardo Mello, du programme Amazonie du Fond Mondial pour la Nature-Brésil. Selon l'INPE, la déforestation en juillet a été quasiment quatre fois supérieure au même mois de 2018. Mais Jair Bolsonaro demeure un féroce critique des politiques de protection de l'environnement et a même limogé Ricardo Galvao, le président de l’INPE, l'accusant de mentir et de nuire à l'image du Brésil.

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Jair Bolsonaro estime que les associations de protection de l’environnement veulent nuire à l’image du Brésil © REUTERS

Mardi, le ministre de l'Environnement Ricardo Salles a indiqué que "le gouvernement mobilisait tous les effectifs des secouristes et tous les avions" de lutte contre les incendies, "qui sont désormais à pied d'oeuvre avec les gouvernements régionaux". En Amérique du Sud, le Brésil est le pays le plus touché par les feux de forêt en 2019, suivi par le Venezuela (26.453) et la Bolivie (16.101).

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    Entre le 1er janvier et le 30 novembre 2019, environ 6.375 millions de tonnes de CO2 ont été relâchées dans l'atmosphère à la suite des incendies de forêt, indique jeudi le service de surveillance de l'atmosphère (CAMS) du programme européen Copernicus. D'après les scientifiques, 2019 a présenté une activité exceptionnelle, tant en termes d'intensité des feux que d'émissions.