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BNP Paribas Fortis va fermer 267 agences dans les trois ans. © belga

BNP Paribas Fortis va supprimer 267 agences: "La digitalisation est en forte accélération"

VideoLa fermeture de 267 agences de BNP Paribas Fortis d'ici fin 2021 s'explique par le phénomène de digitalisation des relations entre la banque et ses clients, a expliqué vendredi son CEO Max Jadot lors d'une conférence de presse. Cette transformation impliquera la suppression nette de 2.200 emplois mais aucun licenciement sec ou chômage avec complément d'entreprise (RCC, ex-prépension), a-t-il assuré.

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Max Jadot, CEO de BNP Paribas Fortis. © photo_news

BNP Paribas Fortis a annoncé vendredi la fermeture de 267 de ses 678 agences lors des trois prochaines années. La banque comptera donc 411 enseignes physiques en 2021 alors qu'elle en disposait encore de 936 en 2012. "La digitalisation est en forte accélération, c'est un phénomène extrêmement puissant et nous avons la certitude qu'il va s'amplifier", a commenté Max Jadot. "Nous avions un plan de 60 à 70 fermetures d'agences par an et nous avons décidé de passer à un rythme de 90, soit une accélération d'une vingtaine de fermetures chaque année."

D'après les statistiques de la banque, les fréquentations dans les agences continuent de chuter depuis plusieurs années: -17% l'année dernière et -14% en 2017. Les canaux digitaux poursuivent eux leur progression avec 400 millions de contacts via l'application ou le site internet en 2018, contre 328 millions l'année précédente (+22%). Cela représente quelque 1,1 million de contacts digitaux quotidiens.

La fermeture des agences de BNP Paribas Fortis entraînera par ailleurs la suppression nette de 2.200 emplois d'ici 2021, sur un total de 12.678 en 2018. La banque programme 1.800 à 2.000 départs "naturels" (démission, pension...), 800 à 1.000 départs volontaires, principalement parmi les travailleurs plus âgés, mais également 600 engagements ces trois prochaines années. "On s'engage à garder un maximum de mobilité interne et externe pour les départs volontaires", a poursuivi le CEO. "Nous voulons réintégrer ces personnes sur le marché de l'emploi."

Cette annonce ne constitue pas une surprise pour les syndicats qui négocient depuis septembre dernier sur les moyens sociaux pour les départs des travailleurs.

"La direction a annoncé ce vendredi le nombre d'agences qui vont fermer les trois prochaines années car, d'après elle, il y a de moins en moins de clients dans les enseignes physiques, puisqu'ils utilisent davantage les canaux digitaux", explique Frédéric Van Engeland, représentant de la CNE. "Certains villages sont désertés, c'est une catastrophe pour pas mal de gens."

"Il ne devrait pas y avoir de licenciement sec", poursuit le représentant de la CNE. "C'est ce pour quoi on avait négocié, ce pour quoi nous avons accepté que les gens de BNP travaillent six jours de plus gratuitement par an."

"La direction doit absolument fournir des éclaircissements"
Dans un communiqué, le SETCa fait part de son "grand étonnement" face au nombre de fermetures d'agences. Le syndicat s'inquiète de l'impact sur l'emploi mais également sur les conditions de travail et la mobilité des travailleurs. "Cette annonce suscite bien évidemment l'émoi au sein du personnel et de leurs délégués", ajoute-t-il. "Le SETCa est favorable à un accord social mais ne signera pas un chèque en blanc. La direction doit absolument fournir des éclaircissements."

Le syndicat socialiste et les représentants du personnel tiendront une assemblée la semaine prochaine afin de faire le point sur la situation et de "formuler des propositions" à la direction.

Près de 2 milliards d'euros de bénéfice net
De ses résultats publiés ce jour également, il ressort que BNP Paribas Fortis a engrangé plus de 1,9 milliard d'euros de bénéfices l'an dernier, soit une hausse de 1,8%, malgré le ralentissement de la croissance, les taux d'intérêts bas et les tensions commerciales internationales, se félicite la banque.

La banque a réalisé sa performance "malgré le ralentissement de la croissance économique, les taux d'intérêt bas et les tensions qui perturbent le commerce international", a souligné l'administrateur directeur général, Max Jadot. Le produit net bancaire s'est établi à 8,053 milliards d'euros contre 8,119 milliards en 2017. Les revenus ont diminué de 2% en Belgique, en raison des taux bas qui offrent une marge plus réduite aux banques. Cette baisse a toutefois été compensée par les revenus sur les crédits commerciaux.

Dans l'ensemble, les crédits à la clientèle ont augmenté de 6% par rapport au 31 décembre 2017, à 199 milliards d'euros, alors que les dépôts ont connu une progression du même ordre, à 175 milliards d'euros.

Le conseil d'administration de BNP Paribas Fortis, détenue par la banque française BNP Paribas, proposera à l'assemblée générale des actionnaires un dividende de 3,2 euros par action, soit 1,8 milliard au total. En 2015, quelque 2 milliards d'euros avaient déjà été distribués et ce dividende extraordinaire avait fâché les syndicats car la banque avait lancé dans le même temps un plan triennal prévoyant la suppression de plus d'un millier d'emplois.

Le cdH veut un débat au parlement wallon

Dénonçant "une nouvelle atteinte des services aux citoyens", le cdH demandera la tenue d'un débat, mercredi prochain, en séance plénière du Parlement de Wallonie.

"C'est un service indispensable pour les citoyens d'avoir accès à un guichet de proximité et de ne pas parcourir des dizaines de kilomètres pour rencontrer une personne qualifiée pour la gestion de son compte. Quelque 40% des Wallonnes et des Wallons vivent en milieu rural, vont-ils être davantage concernés par cette restructuration?", s'interroge ainsi le chef de groupe humaniste au parlement régional, Dimitri Fourny.

"L'accélération de la digitalisation est une réalité mais elle a de trop lourdes conséquences pour tous les citoyens, notamment les publics plus précarisés et/ou âgés, pour lesquels les services bancaires rendus se font de plus en plus rares et sont presque intégralement devenus payants", a-t-il ajouté.

Mercredi, le député cdH interpellera le ministre régional de l'Economie Pierre-Yves Jeholet sur les pistes envisagées pour limiter au maximum le nombre d'emplois supprimés, ainsi que le ministre de la Ruralité René Collin, afin de savoir si une cartographie des agences concernées a été préalablement établie.