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"Il faut arrêter de croire que les entreprises se fichent du climat"

Sign for my futureLa prise de conscience écologique n'a pas touché que les citoyens. De plus en plus de dirigeants d'entreprise semblent être demandeurs d'une politique climatique forte. 220 dirigeants ont en effet signé la pétition "Sign for my future", qui réclame l'adoption d'une loi climat dans notre pays. Si certains tentent de faire avancer les choses au sein même de leur boîte, ils attendent toutefois un cadre légal qui leur permettrait d'aller encore plus loin.

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Après un peu plus d'un mois, la pétition a déjà récolté plus de 163.000 signatures. © Capture d'écran
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"Il faut montrer qu'on est investi dans la question de l'environ­ne­ment, mais qu'on exige aussi des pouvoirs publics et des dirigeants d'aller dans ce sens. Et leur dire qu'il faut aller vite".

Michel Croisé, CEO de Sodexo Benelux

Depuis son lancement le 5 février dernier, la pétition "Sign for my Future", qui a pour but de faire pression sur les élus en matière climatique, a déjà récolté plus de 163.000 signatures. Parmi celles-ci, on retrouve notamment celles de dirigeants d'entreprises, qui sont de plus en plus nombreux à réclamer une politique climatique forte comprenant notamment l'adoption d'une "loi climat" en Belgique.

Le collectif "Sign for my future" a trois exigences: atteindre la neutralité climatique d'ici 2050 grâce à l'adoption d'une loi climatique, mettre en place un conseil climat, composé d'experts indépendants pour évaluer la politique menée, et la création d'un plan d'investissement. Car pour réaliser une transition de manière durable, les dirigeants d'entreprises ont besoin d'un cadre légal.

"Si nous souhaitons atteindre les objectifs climatiques en tant que société, nous devons - quel que soit l'impact que peuvent avoir les actions individuelles et de court terme - pouvoir sortir du micromanagement et de la pensée à court terme", explique ainsi Roger Kesteloot, le directeur général de De Lijn, dans un communiqué. "La réussite dépendra de l'élaboration de plans avec une vision à long terme, bien pensés et bien étayés et de la mise en œuvre soutenue et ininterrompue de ceux-ci. Des investissements importants seront nécessaires dans de nombreux secteurs. C'est certainement le cas de mon secteur, celui de la mobilité. C'est pour cela qu'il est crucial de prévoir une base solide pour ces investissements, si nécessaire en l'intégrant dans la législation". 

Des entreprises "attendues au tournant"
En signant la pétition, Michel Croisé, le président de Sodexo Benelux, souhaite attirer l'attention des pouvoirs publics, mais également prouver son investissement personnel en faveur du climat. "Il faut afficher qu'on se bat pour le climat. On doit intégrer le développement durable dans tout ce qu'on fait. Le rôle de l'entreprise, c'est de mettre des services ou des produits durables à disposition des consommateurs. Tout ce qu'on développe, tous nos choix doivent donc être posés dans ce but-là. Je pense qu'il faut montrer qu'on est investi là-dedans mais qu'on exige aussi des pouvoirs publics et des dirigeants d'aller dans ce sens-là. Et leur dire qu'il faut aller vite".

Le dirigeant de Sodexo Benelux souligne toutefois qu'il n'a pas attendu la pétition pour se mettre au vert. L'entreprise veille notamment au respect de la vie animale, à utiliser des circuits-courts ou encore à réduire ses déchets. "Quand vous avez signé une telle pétition, vous vous devez également d'être le plus exemplaire possible. On vous attendra au tournant", explique Michel Croisé.

Le bâton et la carotte
"C'est l'histoire du bâton et de la carotte", résume pour sa part Alexis Descampe, CEO et co-fondateur de la coopérative de magasins bio Färm. "Qu'elles le veuillent ou non, les entreprises vont devoir s'aligner sur la réalité et l'énormité de l'enjeu climatique. Il faut clairement des obligations très fortes à la mesure des enjeux. Et pour compenser les éventuels déséquilibres de concurrence, il y a la notion d'incitants, de subsides, et d'attributions des enveloppes du budget de l'État à la transition énergétique".

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Anuna De Wever (au centre), figure de proue de "Youth for Climate", lors du lancement officiel de la pétition. © belga

Bien souvent, les citoyens désemparés s'interrogent sur l'utilité des petits gestes qu'ils adoptent au quotidien, si de l'autre côté, les gros pollueurs ne sont pas sanctionnés. Mais pour Michel Croisé, toutes les entreprises ne sont pas à pointer du doigt. "Je trouve qu'il est parfois un peu fatiguant de croire que les entreprises se fichent du climat. Ce n'est pas vrai du tout. Il y a plein d'entreprises qui avancent à grand pas dans la bonne direction en investissant dans la recherche au développement par exemple". 

Climat et profit peuvent-ils faire bon ménage?
Selon Michel Croisé, il est aujourd'hui primordial pour les entreprises de s'inscrire dans une démarche plus verte... au risque de finir par disparaître. "Les entreprises qui ne veillent pas à l'environnement n'existeront plus dans cinq ans, j'en suis convaincu", lance-t-il. 

Ce n'est un secret pour personne: le but d'une entreprise est de se développer et de faire du profit. Et le fait de se mettre au vert peut y contribuer. En prenant des initiatives en faveur de la protection de l'environnement, l'entreprise peut ainsi attirer des clients, mais également des travailleurs potentiels qui adhèrent à ces valeurs. "Mon rôle, c'est aussi de développer Sodexo. Et je le fais en mettant de l'ADN de développement durable dans chacune des initiatives qu'on prend", explique ainsi Michel Croisé.

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"J'espère que les entrepri­ses vont revoir en profondeur leur culture et peut-être in fine voir l'écologie comme étant un levier de profitabi­lité, ou en tout cas comme un levier pour être en adéquation avec les attentes du citoyen qui est un futur potentiel consomma­teur".

Alexis Descampe, Färm

Du personnel engagé
Un avis que partage Alexis Descampe, qui espère que la prise de conscience citoyenne finira par pousser les gros pollueurs à se remettre en question. "Ces entreprises doivent transformer leur culture en profondeur pour que l'écologie puisse devenir un levier de développement. Et ça passe notamment par la transformation culturelle interne. Les gens sont de plus en plus demandeurs de sens, de valeurs. Par la force des choses, les entreprises seront donc vouées à évoluer pour recruter du personnel, et à transformer leur ADN en fonction des aspirations du citoyen, qui deviendra finalement un collaborateur". 

"Avec le temps, j'espère que les entreprises vont revoir en profondeur leur culture et peut-être in fine voir l'écologie comme étant un levier de profitabilité ou en tout cas comme un levier pour être en adéquation avec les attentes du citoyen qui est un futur potentiel consommateur".

Que ce soit par conviction, ou par envie de répondre aux demandes des citoyens, ou par effet de mode, de nombreuses entreprises semblent plus que jamais prêtes à agir en faveur de l'environnement. À condition qu'on leur en donne les moyens.

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