L’Europe affiche enfin son unité face à la crise: “Un grand jour pour la solidarité européenne”

Mise à jourAprès une première réunion infructueuse mardi, puis des échanges tendus, les ministres européens des Finances sont finalement parvenus à s’entendre jeudi sur une réponse économique commune face au coronavirus, trouvant un terrain d’entente avec les Pays-Bas, longtemps inflexibles.

Mario Centeno, président de l'Eurogroupe
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Mario Centeno, président de l'Eurogroupe © AFP

“La réunion s’est achevée sous les applaudissements des ministres”, a annoncé sur Twitter le porte-parole du président de l’Eurogroupe aux alentours de 22h. Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a lui salué un “excellent accord”, incluant “500 milliards d’euros disponibles immédiatement” et “un fonds de relance à venir”.  L’accord conclu “marque un jour important pour l’UE”, a-t-il ajouté. L’impasse des discussions sur l’adoption d’un plan de relance était considérée comme une menace pour la cohésion de l’Eurogroupe et de l’Union européenne.

“Un grand jour pour la solidarité européenne”

Le ministre allemand des Finances Olaf Scholz a quant à lui jugé que l’accord trouvé entre les 27 était “un grand jour pour la solidarité européenne”. “Il est important que nous tous apportions une réponse commune qui permette à nos États de surmonter les défis sanitaires mais aussi les défis économiques” suscités par la pandémie de Covid-19, a indiqué le ministre lors d’une courte déclaration retransmise sur Twitter.

Trois axes principaux

Ce consensus constitue un soulagement pour les Européens qui parviennent à afficher une unité face aux conséquences économiques désastreuses du virus, après des semaines d’atermoiements mettant en évidence une fracture béante entre les pays du Nord et ceux du Sud. Face à la pandémie, la réponse européenne doit s’orienter sur trois axes principaux: jusqu’à 240 milliards d’euros de prêts du fonds de secours de la zone euro, un fonds de garantie de 200 milliards d’euros pour les entreprises et jusqu’à 100 milliards pour soutenir le chômage partiel. La brûlante question des “coronabonds”, destinés à soutenir l’économie à plus long terme après la crise, considérée comme moins urgente, n’a pas été tranchée jeudi. 

Les chefs d'État et de gouvernement, qui n’étaient eux-mêmes pas parvenus à s’entendre lors d’un sommet le 26 mars, devront encore valider ces propositions.

Le spectre d’une profonde récession

Une réponse unitaire était d’autant plus indispensable que l’économie européenne se dirige en 2020 vers une profonde récession, le Fonds monétaire international estimant même que le coronavirus pourrait engendrer au niveau mondial “les pires conséquences économiques depuis la Grande Dépression” de 1929. Les contacts bilatéraux s’étaient multiplié depuis deux jours, avec la “volonté d’aboutir à un compromis avant la réunion” par visioconférence, initialement programmée à 17h, mais qui n’a débuté qu’à 21H30.

Inflexibilité néerlandaise décriée

Mercredi matin, après seize heures d’échanges stériles, La Haye avait été unanimement critiquée pour son inflexibilité, un blocage qualifié de “contreproductif” et “incompréhensible” par la présidence française. Les États membres reprochaient aux Pays-Bas -- soutenus, selon une source européenne, par l’Autriche, la Suède et le Danemark -- de bloquer l’activation du Mécanisme européen de stabilité (MES) en conditionnant strictement les prêts que pourrait octroyer ce fonds de secours de la zone euro à des réformes économiques. Une telle “conditionnalité”, qui renverrait à l’époque où la Grèce a été contrainte de mettre en œuvre des réformes parfois douloureuses en échange d’argent frais, aurait été vécue comme une humiliation par Rome et Madrid, les deux pays européens pour l’instant les plus touchés par l’épidémie.

La mutualisation des dettes

Créé en 2012 lors de la crise de la dette et financé par les États membres, le MES pourrait prêter aux États jusqu’à 2% de leur PIB, soit jusqu’à 240 milliards d’euros pour l’ensemble de la zone euro. Les pays les plus affectés par le virus, en particulier l’Italie, réclament la création d’un “fonds” de relance qui puisse être financé par de la dette commune, sous la forme d’euro-obligations parfois appelées “coronabonds” ou “eurobonds”. Parmi ces pays figurent aussi l’Espagne et la France, ainsi que la Grèce, Malte, le Luxembourg ou l’Irlande, selon des sources concordantes. Or, la mutualisation des dettes constitue une ligne rouge pour Berlin et La Haye, qui refusent de s’inscrire dans une démarche commune avec les États très endettés du Sud, jugés laxistes dans leur gestion.

“Fonds de relance” et fonds de garantie

Le texte final évoque un “fonds de relance” dont “les aspects juridiques et pratiques”, notamment le “financement” devra encore être défini. Les deux autres axes de réponse des Européens face au virus étaient plus consensuels: un fonds de garantie de la Banque européenne d’investissement (BEI) permettant de mobiliser jusqu’à 200 milliards d’euros pour les entreprises et une garantie de 100 milliards d’euros maximum de la Commission européenne pour soutenir les plans nationaux de chômage partiel.

“Un signal clair de solidarité européenne”

“Il était absolument nécessaire d’envoyer aujourd’hui, aux familles et entreprises, un signal clair de solidarité européenne”, a déclaré le ministre belge Alexander De Croo. “L’Europe est également à leurs côtés. C’est une première étape importante pour répondre aux besoins les plus urgents rapidement.”

“Une proposition ambitieuse”

Le ministre italien Roberto Gualtieri a assuré sur Twitter que les obligations européennes avaient été “mises sur la table” et que la conditionnalité du MES (Mécanisme européen de stabilité) en avait été ôtée. “Nous envoyons au Conseil (des chefs d'État et de gouvernement) une proposition ambitieuse”, s’est-il félicité.

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Mario Centeno, président de l'Eurogroupe © EPA
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