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Les banques hongroises dans la tourmente

Les banques hongroises sont dans la tourmente après des mesures prises pour alléger la dette de certains foyers, et qui sont jugées par des analystes "profondément néfastes" au secteur ainsi qu'à la croissance.

"C'est un nouveau coup porté au secteur bancaire, qui augmentera encore le coût de l'activité bancaire en Hongrie", assure Timothy Ash, un économiste de la Standard Bank. La Banque centrale européenne (BCE) s'est elle aussi inquiétée d'actions susceptibles, écrivait-elle au début du mois, de remettre en cause "la stabilité du secteur financier hongrois dans son ensemble, ce qui pourrait avoir des effets de débordement sur l'économie".

Avant la crise financière de 2008, environ un million de Hongrois avaient contracté des prêts en devises étrangères, essentiellement en francs suisses. La charge du remboursement de ces crédits a ensuite explosé, sur fond de baisse prononcée de la monnaie hongroise, le forint, et a ruiné de nombreux emprunteurs.

Alléger le poids de la dette
Le parlement hongrois a adopté le mois dernier un plan présenté par le gouvernement conservateur populiste de Viktor Orban pour alléger le poids de cette dette. Il prévoit notamment l'obligation pour les banques d'indemniser les clients pour des hausses de taux d'intérêt décidées de manière unilatérale, et des possibilités de remboursement à des taux de conversion plus avantageux que ceux du marché. Une seconde étape, qui interviendra à l'automne, devrait aboutir à entièrement convertir la dette en forints.

Le coût du premier volet du plan pour les banques s'échelonnera entre 2,2 et 2,9 milliards d'euros selon la banque centrale hongroise -2,6 milliards selon l'agence de notation Moody's, c'est-à-dire 28% de la capitalisation du secteur. Selon les analystes, l'étape suivante de la conversion pourrait coûter aux banques 2,4 milliards d'euros supplémentaires. "L'impact sur le secteur bancaire pourrait être profondément néfaste", juge Phoenix Kalen, une analyste travaillant à Londres pour Société Générale.

Dans ce dossier épineux pour les pouvoirs publics, l'élément décisif sera le taux choisi pour la conversion en forint, estime Andras Vertes, de GDI Gazdasagkutato. Un taux de change correspondant au marché ne soulagerait pas les emprunteurs, tandis qu'une remise importante laisserait les banques sur le flanc.

Impact possible sur la croissance
Parmi les banques devant absorber l'impact des mesures figurent plusieurs filiales d'établissements étrangers, en particulier de l'Italien Intesa San Paolo, des Autrichiens Raiffeisen et Erste, et le bancassureur belge KBC. La loi bancaire a déjà lourdement pesé sur le résultat de ces deux derniers au deuxième trimestre.

Reste l'impact possible sur la croissance, redouté par la BCE alors que la Hongrie tire pour l'heure son épingle du jeu, avec six trimestres consécutifs de hausse du produit intérieur brut (PIB). Selon M. Ash, les banques vont demeurer méfiantes envers l'environnement législatif de leur activité. Mme Kalen et lui prévoient une faible progression du crédit, au détriment de la croissance.