Les producteurs d'oeufs tirent la sonnette d'alarme

Le prix des oeufs a chuté en Belgique. Pour Ana Granados, conseillère au Service d'Études de la Fédération wallonne de l'Agriculture, la situation est "déplorable". En Bretagne mercredi, des producteurs ont jeté symboliquement 100.000 oeufs. Le "ras-le-bol" des éleveurs est compréhensible, tant en France qu'en Belgique, car la "situation est européenne".

En janvier 2012, une nouvelle directive européenne instaurait l'interdiction des cages de batterie pour les poules pondeuses, engendrant une hausse des coûts de production et du coût des produits, ce qui a déstabilisé le marché.

Actuellement, le prix des oeufs "aux 100 pièces est de 3, 4 ou 5 euros selon calibre", or le coût de production de cette même quantité se situe pour un éleveur entre 7 et 8 euros.

Philippe Chaput, directeur marketing du fabricant des oeufs Colombus Belovo, parle d'un "seuil vital" atteint, en-dessous duquel la situation devient économiquement critique pour les producteurs. Il renvoie également à la directive européenne de 2012. Des éleveurs "ont arrêté, d'autres se sont mis aux normes", "tout cela a pris du temps, durant lequel la demande était supérieure à l'offre". Mais aujourd'hui, c'est la consommation qui diminue et la production d'oeufs est à nouveau excédentaire, alors qu'"on a récupéré le rythme de production de 2011", explique Ana Granados. Pour M. Chaput, le fait que des pays comme l'Italie ou l'Espagne doivent exporter leurs produits, "à cause d'une baisse drastique de la consommation nationale", joue aussi un rôle. Il prévoit toutefois une remontée des prix, liée notamment "à l'augmentation du prix des céréales".

Une autre crainte des éleveurs se situe au niveau européen. "Ils ressentent une injustice par rapport aux importations massives vers l'Europe d'oeufs et d'ovoproduits, destinés à l'industrie, fabriqués à base d'oeufs dont la traçabilité n'est pas garantie", explique Catherine Colot, présidente de la filière avicole et cunicole wallonne (FACW), qui juge la situation des producteurs d'oeufs "catastrophique". Le cas de l'Ukraine est ainsi souvent soulevé par les éleveurs. Si la Commission européenne n'importe pas officiellement d'oeufs en provenance de ce pays, "des oeufs rentrent de façon illégale en Pologne, venant de l'Ukraine, qui sont effectivement produits dans des conditions différentes qu'en UE", précise Ana Granados, de la FWA. "L'UE a d'ailleurs négocié avec l'Ukraine pour qu'un plan d'actions pour les salmonelles et le bien-être de animaux" soit mis en place. L'"Ukraine ne devrait toutefois pas trop influencer le marché", précisent la FWA et la FACW.

Ces variations de cours peuvent avoir un impact sur certains secteurs, comme la boulangerie. Selon Albert Denoncin, président de la Fédération des Maîtres boulangers pâtissiers, la baisse ne s'est toutefois pas encore fait sentir et l'impact "resterait minime". Par contre, en 2012, le prix "était passé du simple au double en quinze jours". "Mais nous n'avions pas augmenté le prix de nos produits, car c'était momentané".

Pour Guy Gallet, président de la Fédération du chocolat, de la confiserie et de la biscuiterie et de la Fédération des plats préparés, l'impact de l'évolution du cours des oeufs sur ces produits "est très limité", car "les industries de ces secteurs n'utilisent généralement pas d'oeufs frais". Cependant en 2012, "il y a eu une véritable pénurie d'oeufs et un problème d'approvisionnement", suite à l'instauration de la directive. Un problème qui a aussi touché Jean-Luc Coulon, directeur d'une société de production de sauces à Waremme. Ce producteur accueillerait volontiers une baisse des prix. "L'an dernier, le prix au kilo des jaunes d'oeufs de nos fournisseurs est passé du jour au lendemain de 1,85 euro du kilo à 5,85 euros". "Sachant que j'en commande 25.000 kilos par semaine, cela m'a coûté 100.000 euros en plus" de manière hebdomadaire. Aujourd'hui, le prix est retombé aux alentours de 2 euros le kilo.