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Photo d'illustration. © Getty Images

Plus de la moitié des salariés dans le monde ne font plus confiance au capitalisme

Une majorité de salariés dans le monde croit que le capitalisme, sous sa forme actuelle, fait “plus de mal que de bien”. C’est la principale conclusion de l’enquête “Edelman” 2020 réalisée avant la réunion de Davos, réunissant les chefs d’entreprise et les dirigeants politiques du monde entier.

Cette année, le baromètre de confiance “Edelman”, réalisé depuis deux décennies, a interrogé des dizaines de milliers de personnes sur leur confiance dans le capitalisme. 

Les auteurs de l’étude ont déclaré que des enquêtes antérieures montrant le sentiment croissant d’inégalités les a poussés à se demander si les citoyens commençaient maintenant à avoir des doutes plus fondamentaux sur les démocraties occidentales basées sur le capitalisme. 

“La réponse est oui”, indique David Bersoff, chercheur. “Les gens se demandent à ce niveau si ce que nous avons aujourd’hui, et le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, est optimisé un avenir meilleur”.

34.000 personnes interrogées

Le sondage a été réalisé auprès de plus de 34.000 personnes dans 28 pays, des démocraties libérales occidentales comme les États-Unis et la France à celles basées sur un modèle différent comme la Chine et la Russie. 

56 % des personnes interrogées sont d’avis que “le capitalisme tel qu’il existe aujourd’hui fait plus de mal que de bien dans le monde”. Un chiffre qui s’élève à 59% des sondés parmi la tranche des travailleurs de 35 à 54 ans et qui atteint tout de même 57% des sondés parmi les plus hauts revenus. 

“Nous publions ce baromètre depuis vingt ans, les salariés avaient toujours une confiance de plus en plus importante dans la croissance. Cette fois, ce sont les inégalités de revenus qui préoccupent les pays développés”, a déclaré Richard Edelman, le PDG d’Edelman dans une interview à abc.net, la chaîne de télévision publique australienne.

Au niveau national, le manque de confiance dans le capitalisme est le plus élevé en Thaïlande et en Inde avec respectivement 75 % et 74 %, la France est proche de 69%. Il n’y a qu’en Australie, au Canada, aux États-Unis, en Corée du Sud, à Hong Kong et au Japon que les sondés ne sont pas d’accord majoritairement avec l’affirmation que le capitalisme fait actuellement plus de mal que de bien.

76% craignent les fausses informations

L’enquête démontre également une grande défiance des médias. 76% des sondés  craignent les fausses informations. Par ailleurs, comme le relève le Huffpost, 72% estiment que la publicité des entreprises ne permet pas d’endiguer la propagation de fausses informations. 

Les dirigeants d’entreprises réunis à Davos cette semaine ont pu constater que la confiance dans les entreprises l’emportait sur celle dans les gouvernements. Mais 92 % des employés ont déclaré que les PDG devaient s’exprimer sur les questions sociales et éthiques du jour.

“Les entreprises ont sauté dans le vide laissé par un gouvernement populiste et partisan”, a déclaré Richard Edelman. “Il ne peut plus s’agir de faire comme si de rien n’était, en se concentrant exclusivement sur les rendements des actionnaires”.

Une enquête réalisée depuis 2000

L’enquête a été lancée en 2000 pour explorer les théories du politologue Francis Fukuyama, qui, après l’effondrement du communisme, a déclaré que la démocratie capitaliste libérale avait écarté les idéologies rivales et représentait ainsi “la fin de l’histoire”.

Cette conclusion a depuis lors été contestée par des critiques qui mettent en avant des éléments allant de l’influence croissante de la Chine à la propagation de dirigeants autocratiques, en passant par le protectionnisme commercial et l’aggravation l’inégalité dans le sillage de la crise financière mondiale de 2007/08.