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La luxueuse villa du couple, à Pittem © Hans Verbeke

Drame familial déjoué à Pittem: “Tôt ou tard, il nous arrivera le pire”

Une agricultrice de 75 ans de Pittem, en Flandre occidentale, est actuellement en détention pour tentative de meurtre sur son époux de 74 ans. Mais les circonstances du drame familial évité de justesse sont particulières. Des voisins, par ailleurs amis du couple, ont vu de loin Brigitte H. traîner son mari inconscient vers un puits et ont tiré la sonnette d’alarme. Le couple pâtissait depuis des années d’une terrible dispute avec ses enfants et avait déjà évoqué un suicide simultané pour échapper à ce conflit latent.

“Nous venons vous faire nos adieux car tôt ou tard, quelque chose de grave va nous arriver”: voilà les mots terribles prononcés par Georges B. (74 ans) et sa femme Brigitte H. (75 ans) dimanche matin après avoir sonné chez leurs voisins et amis à Pittem. Ces derniers, sans se douter qu'un tel drame se jouerait réellement, savaient que leurs amis allaient mal. Georges et Brigitte leur avaient déjà dit: ils quitteraient un jour cette terre ensemble. Mais le couple était toujours parvenu à leur faire oublier cette idée saugrenue. Jusqu’à dimanche dernier, lorsqu’ils ont décidé de sauter le pas.

Le nerf de la guerre

Les deux septuagénaires rencontraient de grosses difficultés depuis plusieurs années. Au travail - ils possèdent une exploitation agricole spécialisée dans l’insémination porcine - les affaires n’étaient plus du tout florissantes comme avant la crise d’il y a dix ans. Les factures s’amoncelaient chez eux comme dans d’autres exploitations similaires et Georges et Brigitte avaient décidé de remettre leur affaire. Un acquéreur s’est présenté, mais l’un de leurs enfants s’est farouchement opposé à la vente qui soulageait tant ses parents. Une histoire d’argent qui a donné lieu à des procédures judiciaires qui ont fait fuir l’acquéreur et ont progressivement détissé les liens familiaux. Isolés et boudés par leurs enfants, privés de leurs petits-enfants, les deux septuagénaires amers ont perdu le goût de vivre. C’est là qu’ils ont proclamé sans fard ne plus vouloir être de ce monde. 

Lors de leur “ultime” adieu à leurs grands amis dimanche matin, ceux-ci sont une fois de plus parvenus à les raisonner. Du moins le pensaient-ils. Par acquit de conscience, les voisins attentifs ont fait un saut chez le couple en soirée, juste pour s’assurer que tout allait bien. D’autres habitants du quartier leur avaient également relaté avoir vu le couple se balader le long des voies avec ses chiens. Georges et Brigitte s’étaient écartés à l’approche d'un train, mais leur attitude patibulaire avaient suscité l’inquiétude, vu le contexte. Les amis prolongèrent donc leur balade à vélo dominicale jusqu’à chez eux et évitèrent ainsi que l’irréparable soit commis. 

A leur arrivée en effet, Brigitte traînait son mari inconscient vers un puits, qui était ouvert. Les voisins ont immédiatement alerté les secours et ont raisonné Brigitte jusqu’à l’arrivée de la police. La femme de 75 ans a alors répété que son mari et elle avaient pris cette décision ensemble. Ils avaient bu une bouteille de whisky entière à deux à midi puis avaient noyé leurs chiens dans le puits. Une fois que Georges a perdu conscience à cause de la forte dose d’alcool ingérée, Brigitte a voulu lui donner le même sort qu’à leurs chiens avant d’elle-même les rejoindre dans le puits. La septuagénaire a été placée sous mandat d’arrêt. Son mari a été acheminé dans un état critique à l’hôpital. Georges B. est depuis tiré d’affaire mais reste hospitalisé. Son épouse a comparu devant le juge d’instruction hier et il a décidé de son maintien en détention pour tentative de meurtre sur son mari.

Un groupe à risque

Les spécialistes ont déjà établi que les personnes travaillant dans le secteur de l’agriculture sont un groupe à risque en matière de suicide. Les chiffres exacts ne sont pas disponibles mais le phénomène est bien connu et ce partout dans le monde. En France, on estime à 600 le nombre annuel moyen de suicides d’agriculteurs. En Belgique, les statistiques par métier n’existent pas encore. On sait par contre que de manière globale, le nombre de suicides est en baisse, sauf dans la province - la plus agricole - de Flandre occidentale. C’est là qu’un suicide sur trois survient en Flandre.

L’association Boeren op een Kruispunt tente pourtant depuis dix ans d’enrayer cette tendance dramatique et d’améliorer le bien-être dans le secteur notamment en proposant une aide psychologique ciblée. L’association finance environ 400 visites à domicile aux familles qui en font la demande. “Plus de 90% des agriculteurs qui formulent des propos suicidaires changent de point de vue après nos discussions”, se réjouit Riccy Focke. “Parler fonctionne bel et bien, mais ce sont des gens qui intériorisent beaucoup. Il est particulièrement difficile d’apprendre à un agriculteur à communiquer. Avec le psychologue, mais aussi avec la famille et les collègues. Et ce n’est pas le tout de parler, encore faut-il savoir réagir. Quand quelqu’un - comme ce couple de Pittem - dit qu’il veut en finir, l’entourage doit agir et demander de l’aide”. 

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