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Steve Bakelmans dessiné par Igor Preys au tribunal d’Anvers le mercredi 5 juin 2019 © BELGA

Glacial et sans émotion: voilà le Steve Bakelmans qui est apparu à l’audience

Mise à jourComme prévu, Steve Bakelmans a comparu hier devant la cour d’appel d’Anvers. Le trentenaire ne devait pas encore répondre de la tentative de viol puis du meurtre de Julie Van Espen commis le 4 mai dernier, mais de faits de viols avec violence sur son ex-compagne en 2016. Pour sa première sortie dans le monde réel depuis ses 31 premiers jours d’incarcération, l’homme n’en a pas profité pour s’intéresser au monde qui l’entourait. Visiblement insensible à la situation, Steve Bakelmans a simplement fixé une brique du mur face à lui durant toute la procédure. 

Un procès qui aurait dû passer totalement inaperçu dans le flots de faits de mœurs jugés par le tribunal anversois. Mais les journalistes s’étaient déplacés en nombre hier pour voir enfin l’auteur présumé d’autres faits, à savoir le meurtre de Julie Van Espen, retrouvée dans le canal Albert début mai après d’intenses recherches, des faits pour lesquels la chambre du conseil d’Anvers a prolongé d’un mois ce jeudi sa détention préventive. Tout le monde voulait apercevoir l’homme qui a commis l’irréparable sur une jeune femme qui avait la vie devant elle. Rien n’a vraiment  transparu de l’individu ostensiblement indifférent à ce qui se jouait autour de lui.

“Est-ce bien ça, l’homme qui a froidement tué Julien van Espen?”

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Steve Bakelmans. © DR

La salle était donc remplie de ceux qui voulaient se faire une image plus nette du meurtrier de l’étudiante de 23 ans. Celui dont on ne connaît pour l’instant qu’une silhouette floue d'un suspect portant un sac à dos ou quelques vieilles photos de mauvaise qualité d'un père souriant tenant son fils sur les genoux. Un journaliste d’Het Laatste Nieuws faisait partie de l’assemblée hier à Anvers. Avec en tête le récit du vécu de Steve Bakelmans - violé à quatre ans par son beau-père, considéré indomptable toute son enfance passée d’institution en foyer, puis incarcéré pour viol et vols et devenu SDF - tous s’attendaient à voir pénétrer dans la salle un homme hirsute et peu soigné.

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© Federale Politie

Contre toute attente, lorsque le signal lumineux de la cellule sécurisée est passé au vert, c’est un homme vêtu d’une chemise beige parfaitement repassée, d’un pantalon gris habillé et de mocassins noirs à la Michael Jackson qui a fait son entrée. Ses longs cheveux bouclés avaient été, pour l’occasion, peignés en arrière avec du gel. C’est comme cela que, calme et sûr de lui, Steve Bakelmans est allé s’installer sur le banc des accusés, flanqué d'un agent pour le surveiller. Loin d’être abattu, il a plongé ses yeux bleus dans la salle. Tout sauf le coeur serré, tout sauf craintif, il était presque menaçant, a observé notre collègue d’HLN. “Comme s’il disait: ‘Je sais pourquoi vous êtes là et pourquoi vous me regardez’”. Mais, souligne le journaliste, c’est bien le seul élément qui pouvait faire frémir chez l’accusé hier. Car physiquement, Steve Bakelmans n’est pas le type d’homme qui suggère l’angoisse. Sans être fragile de constitution, il n’a pas l’air d’une force de la nature. “Le regarder, c’est inévitablement se demander: ‘Est-ce bien ça, l’homme qui a froidement tué Julie et l’a jetée dans le canal?’”.

“Un sphinx”

Taiseux, réservé, mais décidé, il a laconiquement répondu aux questions posées par le magistrat: nom, adresse, date de naissance. Tantôt il opinait, tantôt il prononçait un “oui”, “non, ce n’est pas correct”. Rien de plus. Durant tout le reste de l’audience, à savoir 45 longues minutes, l’homme n’a plus cillé. “Un sphinx de pierre, jambes écartées, le dos droit et les bras mollement croisés, menton relevé, il a écouté les conseils parler en fixant une brique sur le mur face à lui. Il n’a pas non plus bougé lorsque l’avocat de sa victime, qu'il a violée en 2016, a pris la parole. Pas plus qu’il n’a daigné jeter un seul regard à son ex-petite amie dont il a violemment abusé en 2016 “parce qu’il avait rêvé qu’elle allait en épouser un autre” à la fin d’une relation intermittente de plusieurs années. Le rappel des faits en sa présence fut violent: un viol d’une immense brutalité, des coups de poing dans le visage et des chaussettes coincées dans la gorge de celle qui l’avait aimé, pour l’empêcher de crier.  Mais pas de quoi émouvoir celui qui était assis sur le banc des accusés.

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Paul Van Rompaey, avocat de Steve Bakelmans, ce 5 juin © BELGA

Lorsque la victime a demandé une suspension d’audience et une reprise à huis clos, Steve Bakelmans a immédiatement tendu les poignets pour qu’on le menotte, les yeux encore et toujours rivés sur la même brique brune. Avec son avocat Paul Van Rompaey, guère plus d’échanges: il a à peine réagi lorsque celui-ci s’est adressé à lui deux fois en lui tapant sur l’épaule. Il refusait apparemment tout contact visuel. Le huis clos a été accordé, le juge estimant que dans cette affaire, le droit à la vie privée de la victime, dont le trauma a été ravivé par les faits de mai dernier, importait davantage que l’intérêt général pour ce dossier précis.

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Le huis clos a été accordé à la victime © BELGA

Autre audience ce jeudi dans l’affaire Julie Van Espen

Le ministère public a requis cinq ans pour les faits, soit un an de plus qu’en première instance. Le jugement sera prononcé dans deux semaines. Il aura fallu deux ans pour que l’audience en appel survienne, avec les probables conséquences que l’on connaît. Dans la salle, tous semblaient penser la même chose: et si le délai du traitement du dossier avait été plus court, et si Steve Bakelmans n’avait pas eu l’occasion de croiser Julie? Aujourd’hui, la chambre du conseil d’Anvers a prolongé d’un mois sa détention préventive.

Le suspect n’a pas comparu en personne jeudi mais s’est fait représenter par son avocat. Ce dernier a indiqué que l’enquête avance bien et que l’examen psychiatrique de son client est en cours. Me Dimitri de Béco n’avait pas requis la remise en liberté du suspect. D’ici la fin du mois, une reconstitution du meurtre de Julie aura lieu le long du canal Albert à Merksem.

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Julie Van Espen, 23 ans, a été tuée le 4 mai dernier. Steve Bakelmans a reconnu les faits © BELGA
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Une reconstitution aura lieu d’ici la fin du mois © Photo News