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Henri Michelle Piette, 64 ans, à gauche et Rosalynn McGinnis, 35 ans, à droite. © AP/People

Il kidnappe sa belle-fille et lui fait neuf enfants: "Je ne l'ai jamais violée, je n'ai fait que l'amour”

Rosalynn McGinnis avait douze ans lorsqu’elle a été enlevée par son beau-père, dans une ville de l’Oklahoma, aux États-Unis. Elle ne réussira à s’échapper de ses griffes que dix-neuf ans plus tard. Entre-temps, Henri Piette lui avait fait neuf enfants. Il risque aujourd'hui la prison à vie.

Le cauchemar de Rosalynn commence en 1994, lorsque sa mère rencontre son beau-père. Très vite, l’homme les maltraite. Il les convainc de quitter le Missouri pour s’installer dans l’Oklahoma. “Une première manœuvre destinée à nous isoler”, dénonce aujourd’hui la jeune femme. Finalement, trois ans plus tard, la mère décide de le quitter. Une décision qu’Henri Piette n’accepte pas. Il décide alors de se venger. Il envoie un jour son fils chercher Rosalynn à l’école et les emmène dans un hôtel, situé à deux heures de route. 

Caravanes et fermes

Pour calmer la jeune fille qui s’inquiète de ne plus voir sa mère et ses frères, Henri Piette lui raconte que sa mère ne veut plus la voir et qu’elle ne pourra plus jamais rentrer chez elle. À douze ans, Rosalynn est à sa merci. De son côté, la mère prévient la police. Elle ne sait pas que son ancien compagnon voyage avec sa fille et ses autres enfants au Texas, dans le Montana, l’Idaho, l’Arizona et pour finir au Mexique. Ils logent dans des hôtels bon marché, des caravanes ou des fermes. 

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Henri Piette a organisé un mariage avec la jeune Rosalynn. © People

Fausse couche

Dans sa fuite, l’homme organise un mariage avec Rosalynn. Un de ses fils, persuadé de la véracité de leur amour, dirige la cérémonie. Maltraitée presque quotidiennement, l’adolescente doit se teindre les cheveux en noir et porter des lunettes pour ne pas être reconnue. Au cours de la première année, elle tombe enceinte, mais la grossesse n’aboutit pas. Henri Piette la force à jeter le fœtus aux toilettes. À quinze ans, elle donne naissance à un enfant. Le bébé est en bonne santé malgré l’accouchement sur le siège arrière d’une camionnette.

Mendier et voler

Rosalynn McGinnis a tenté de s’échapper plusieurs fois. Pour chaque échec, elle se heurte aux foudres de son beau-père. Il la frappe avec une arme à feu, une batte de baseball, des planches en bois ou des bouteilles de bière. Les filles d’Henri Piette subissent le même traitement, y compris les violences sexuelles. Tous les enfants devaient mendier et voler pour apporter de la drogue et de l’alcool à Henri.

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Rosalynn avec six de ses neuf enfants. © People

Simuler une fugue

Quand elle a eu dix-huit ans, Rosalynn a été forcée de se rendre dans un commissariat pour annoncer qu’elle n’avait jamais été enlevée mais qu’elle avait fugué. Elle a dû prétendre que ses enfants étaient ceux d’un ami mexicain. Pendant ce temps, Henri l’attendait dans une rue voisine avec trois de ses enfants. Si elle ne revenait pas, elle savait qu’elle ne les reverrait jamais. Un jour, tandis qu’ils étaient installés au Mexique, le fils aîné de Rosalynn est parvenu à s’enfuir et à retourner aux États-Unis. 

L’issue au supermarché

C’est grâce à une rencontre fortuite au supermarché que la jeune femme a pu être sauvée. Alors qu’il lui manquait quelques pièces pour régler sa course, deux personnes parlant anglais lui ont proposé de l’aider et ont engagé la conversation. Très vite, ils ont compris que quelque chose n’allait pas. La grande différence d’âge entre Henri et Rosalynn était étrange, tout comme la présence d’enfants adolescents. Après cette rencontre, la famille s’est retirée dans un chalet isolé, dans une montagne. Un comportement qui a d’autant plus interpellé le couple.

L’occasion 

Quelques semaines plus tard, Rosalynn a profité d’un moment où Henri était ivre et inconscient pour filer en taxi avec ses enfants chez le couple. Elle leur a tout expliqué. Elle n’était pas Stéphanie mais Rosalynn McGinnis. Une simple recherche sur Internet a suffi pour retrouver un vieil avis de recherche avec son portrait. 

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L’avis de recherche © RV

La traque

En juillet 2016, Rosalynn McGinnis a pu se rendre à l’ambassade américaine de Nogales. Sur base de son témoignage, le FBI a ouvert une enquête mais les agents fédéraux ne parviendront à mettre la main sur Henri Piette qu’un an plus tard, lorsque ce dernier fera une demande pour obtenir un passeport. 

“Je ne suis pas un monstre”

Après son arrestation, Henri Piette soutiendra que les propos de Rosalynn sont, pour la plupart, des mensonges. D’après lui, ils s’aimaient et leur mariage en était la preuve. Elle l’avait suivie de sa propre initiative, à douze ans. Un âge, où elle était, selon ses dires, “déjà très émancipée”. Il s’est plaint, en outre, de s’être cassé le bras lorsqu’il l’a frappée avec une batte de baseball.

Prison à vie

Lors du procès, le procureur général a déclaré que s’il ne pouvait atténuer les souffrances de Rosalynn et de ses enfants, il pouvait au moins s’assurer que personne ne subisse le même sort. La jeune femme a répondu qu’elle était satisfaite de le savoir en prison pour toujours. 

Citation

Mes enfants et moi subissons encore chaque jour les conséquences de ses actes. Mais nous nous tournons maintenant vers l'avenir avec confiance. Nous nous sentons enfin libres.

Rosalynn McGinnis