Plein écran
“Ridouan ne la harcelait pas, ils étaient encore en couple”, nuance l’avocat du suspect © Florian Van Eenoo / RV

“Il n’y a pas préméditation: une question sur son infidélité a dégénéré”, nuance l’avocat de Ridouan O.

Mise à jour“Ridouan O. n’était pas un homme qui harcelait son ex depuis des mois comme on l’en accuse aujourd’hui. Ce n’est pas dans cette logique que le meurtre a été commis”, commente auprès de VTM Thomas Vandemeulenbroucke, l’avocat du suspect qui l’a d’ailleurs poussé à se rendre après les faits. Du côté de la famille de la victime, au lendemain d’une dispute survenue en pleine reconstitution du drame, on regrette que la soeur de Jill Himpe ait été brièvement interpellée. “On est dur avec nous, alors qu’il m’a montré dans ma propre maison comment il a tué ma fille”, déplore la mère de la victime.

Les émotions ont pris le dessus hier sur la chaussée de Mouscron à Aalbeke, lors d'une reconstitution deux jours après le meurtre par égorgement de Jill Himpe dans son véhicule. Le suspect, qui avait entretenu une relation avec la victime, a été houspillé et insulté par les proches de la défunte alors qu’il reproduisait les gestes commis mardi matin. La police a dû intervenir et la soeur de trentenaire décédée a été brièvement interpellée et placée dans un combi le temps que se termine la reconstitution.

“Il savait que maman l’avait cerné, il a voulu la blesser au plus profond”

La mère de Jill Himpe, qui a vécu un choc terrible mardi soir après que Ridouan O. eut déposé le corps sans vie de Jill sur le sol de la cuisine de sa maison de Wevelgem, regrette la manière dont la famille est traitée. Hier, après la reconstitution du meurtre lui-même à Aalbelke, le suspect a été conduit dans la maison familiale de la rue du Rossignol afin de montrer comment il y avait laissé le corps de son ex-compagne, 36 ans. Des moments insoutenables pour sa mère, Caroline Deman, et ses deux autres filles, Kim et Loïs. Les trois femmes avaient péniblement assisté à la scène reproduite par Ridouan O. lorsqu’il s’est attelé à maîtriser Jill Himpe pour lui couper la gorge. Un drame auquel des passants ont assisté sans comprendre, croyant y voir un homme s’acharner sur une “chose” depuis le siège passager. 

“Et pour blesser ma mère au plus profond de son âme, il a encore pris le temps après son crime de rouler avec le corps de Jill jusqu’à chez elle. Pour lui étaler, sur le sol de sa cuisine, le corps de sa fille morte”, s’indigne Loïs. “Il savait que maman l’avait cerné, qu’elle était contre leur relation et qu’elle avait aidé Jill à ouvrir les yeux”. 

Plein écran
La mère de Jill devant chez elle, où elle a retrouvé sa propre fille décédée © Hans Verbeke

“Je suis dehors, lui à l’intérieur”

La famille, qui affirme que le couple était séparé et que la trentenaire était terrifiée par Ridouan O., tenait à assister à la reconstitution. “Je voulais regarder le meurtrier de ma fille dans les yeux, voir si ça lui faisait quelque chose. Mais en définitive, on n’a même pas pu le voir. C’est inimaginable d’ailleurs. J’ai perdu ma fille et je suis à la rue, au propre comme au figuré (la maison a été placée sous scellées). Tandis que lui, il est caché derrière des barrières opaques, bénéficie d’une protection policière et est à l’intérieur. À l'intérieur de ma maison, où je ne peux plus mettre un pied depuis deux jours. Bien à l’aise, il peut montrer comment il a tué Jill”. 

Plein écran
Jill a été déposée, morte, par le suspect sur le sol de la cuisine de sa mère © Hans Verbeke

“Je vais te faire quelque chose qui va plaire aux journaux”

Ulcérée, la sœur de la victime n’a pu réprimer ses émotions à Aalbeke hier: “Sale lâche”, a crié Kim au suspect. “Tu m’as pris ma sœur, et tu vas payer pour ça!”. La police a prononcé quelques avertissements mais la sœur de Jill Himpe, trop bouleversée, a continué à insulter le meurtrier présumé de Jill. Elle a alors été escortée mnu militari par cinq agents et mise à l’écart: “Est-ce que tout le monde a vu ça? J’ai été arrêtée”, s’est-elle emportée. Une mesure trop cynique pour la famille, qui déplore que Ridouan O., lui, a pu harceler Jill durant des mois en toute impunité avant le drame de mardi. “Ma sœur était morte de peur devant ce type (...) Elle n’osait pas porter plainte, mais nous l’avons fait lorsqu’il l’a frappée et a agité un couteau devant elle en disant: ‘Un jour je vais te faire quelque chose avec ça, une histoire que les journaux vont aimer’. Mais la police n’est jamais intervenue”, déplore Loïs. 

Plein écran
Kim, la soeur de Jill, a dû être évacuée par les agents © Florian Van Eenoo
Plein écran
Kim, une soeur de la victime, a insulté Ridouan O. durant la reconstitution © Photo News

“Elle n’osait pas dire à sa famille qu'ils étaient à nouveau ensemble”

Des propos vivement démentis par l’avocat de Ridouan O., qui affirme que le couple n’était pas vraiment séparé: “La chronique de l’histoire, ce n’est pas celle d'un homme qui harcèle son ex durant des mois. Il n’est pas l’ex-petit ami, il est l’actuel petit ami. Ridouan et Jill étaient ensemble depuis douze ans et se sont brièvement séparés en août dernier. Mais peu après, ils se sont remis ensemble. La famille de Jill ne le savait pas, parce que la relation entre Ridouan et sa belle-mère était difficile. L’enquête démontrera que c’est exact, dès que l’enquête de téléphonie de mon client et de la victime sera exécutée. La veille du meurtre, ils marchaient d’ailleurs main dans la main dans Courtrai”, affirme Me Thomas Vandemeulenbroucke. 

Plein écran
Ridouan O., 39 ans, a pris un couteau et coupé la gorge de Jill Himpe © Hans Verbeke
Plein écran
La victime, Jill Himpe, était terrorisée par Ridouan O., selon la famille © rv

“Il n’a pas prémédité son geste, il y avait un couteau dans la voiture”

Selon son conseil, le suspect de 39 ans, qui est en aveux des faits, aurait commis ce geste après une dispute survenue dans la voiture. “Mardi matin, Ridouan devait déposer Jill au travail et aller l’y reprendre le soir. Mon client dit qu'une dispute a dégénéré et qu’elle faisait suite à une question autour d’une infidélité. Dans le feu de l’action, il s’est emparé d’un couteau qui était dans la voiture et, confus, l’a égorgée. Ce n’est donc pas un crime avec préméditation et pas non plus la fin inexorable d’une longue période de harcèlement. Mon client a énormément de remords et a collaboré à la reconstitution”. 

La chambre du conseil a décidé aujourd’hui de son maintien en détention pour au moins un mois. Son avocat a précisé ne pas avoir demandé sa libération: “Cela n’aurait pas été adéquat et mon client veut assumer ses responsabilités. Rien n’égale la peine de la famille, mais il est lui aussi un homme brisé. La reconstitution a été particulièrement pénible, il était effondré”, a-t-il commenté vendredi après l’audience. Les funérailles de la victime auront elles lieu samedi matin à Winkel-Saint-Eloi, entre Courtrai et Roulers. La famille a demandé d’y apporter des fleurs “blanches et modernes, les préférées de Jill”.