Sandrine Vairon, le procureur de division de Charleroi, a fait le point dans le dossier Maëlle
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Sandrine Vairon, le procureur de division de Charleroi, a fait le point dans le dossier Maëlle © M.H.

Images dénudées, vidéos intimes... Un jeune placé en institution suite au suicide de Maëlle

Mise à jourÀ la fin du mois de janvier, Maëlle (14 ans) a décidé de se donner la mort. L’élève du Centre Scolaire Saint-Joseph Notre-Dame à Jumet (Charleroi) était victime de harcèlement scolaire. C’est à cause de cela que l’adolescente a mis fin à ses jours. Cela vient d’être confirmé par le Parquet de Charleroi.

Un jeune de 15 ans vient d’être placé en institution publique fermée dans le cadre du dossier sur le suicide de Maëlle. C’est suite à sa deuxième audition qui s’est déroulée jeudi matin qu’il s’est mis à table. Il a reconnu avoir diffusé sur les réseaux sociaux quatre vidéos intimes de Maëlle. L’une d’elles la montre lors d’un acte sexuel consenti avec un autre garçon. Elle entretenait une relation amoureuse avec ce dernier. Tous les deux savaient qu’ils avaient été filmés lors de l’acte sexuel en question.

Le principal suspect a demandé des vidéos à Maëlle et il en a reçu même une spontanément avant de les diffuser sur Snapchat ou encore sur le site web “Anonyme Charleroi”. “Ils n’étaient pas en couple” nous a mis au courant le Procureur de division de Charleroi, Sandrine Vairon. “Mais Maëlle nourrissait vraisemblablement des sentiments vis-à-vis de ce garçon.”

Propagation

C’est ce même garçon qui est à la base de la diffusion des images vers au moins trois personnes. D’ailleurs quatre autres jeunes ont été entendus comme suspects et sont toujours susceptibles d’être poursuivis. Toutes ces personnes font partie du Centre Scolaire Saint-Joseph Notre-Dame à Jumet et sont toutes âgées de 14 ou 15 ans. L’une d’entre elles est même l’ex-petit ami de Maëlle avec qui elle avait enregistré ses ébats amoureux.

Les chefs d’inculpation sont: traitement inhumain avec les circonstances aggravantes d’avoir entraîné la mort sans avoir l’intention de la donner, harcèlement, voyeurisme pour mineurs de moins de 16 ans, détention et diffusion d’images à caractère pédopornographique.

Maëlle avait envoyé les vidéos en question vers les mois d’octobre et novembre. Grâce à une enquête minutieuse des services de la Zone de Police Brunau (NDLR. qui opère sur les entités de Fleurus, Les Bons Villers et Pont-à-Celles), les preuves de leur diffusion et de leur publication ont pu être datées au mois de décembre. “Maëlle en a été informée par des jeunes de son école et elle s’est mise à paniquer face à la propagation exponentielle de ces images.”

Volonté de nuire

L’adolescent placé en institution publique fermée a avoué avoir partagé les vidéos avec l’intention de nuire à Maëlle. Mais l’origine de cette vengeance reste encore floue. Toutefois, il a éprouvé des regrets auprès de la police et du juge de la Jeunesse: “Il a déclaré n’avoir jamais imaginé que les conséquences seraient aussi dramatiques.”

“Il est maintenant en institution publique fermée pour une durée de 30 jours” nous précise Sandrine Vairon. “Cette durée est renouvelable une fois. Mais cela dépendra du diagnostic posé par l’équipe psycho-sociale de l’institution. Suite à cela, il sera rendu à sa famille ou placé dans une autre institution.”

Les suspects ne s’étaient jamais rendus coupables de harcèlement auparavant. Les responsables, les éducateurs et les professeurs de l’école concernée ont également été entendus par la justice. Jusqu’à présent, ils ne sont pas mis en cause dans cette affaire.

Phénomène en recrudescence

De plus en plus de dossiers constitutifs de harcèlement et de diffusion d’images pédopornographiques atterrissent sur les bureaux du Parquet de Charleroi. Le Procureur de division de Charleroi, Sandrine Vairon, n’a pu que nous le confirmer lors de la conférence de presse: “Des garçons en sont parfois victimes aussi. Mais la plupart du temps, ce sont les filles qui sont les cibles de la diffusion de ‘nudes’”.

Sensibilisation

Cela fait deux ans maintenant que le Parquet de Charleroi a mis en place un programme de sensibilisation au harcèlement scolaire et à la diffusion d’images pédopornographiques dans les écoles.

“Nous avons même désigné un magistrat de référence qui prend part à des séances d’information en compagnie d’un policier. Nous constatons que les jeunes n'ont pas conscience du caractère privé des vidéos et des photos intimes qui les mettent en scène. Ils ne savent pas que leur diffusion est punissable par la loi même si elle est volontaire” regrette le Procureur de division de Charleroi, Sandrine Vairon.

Pour information, le Centre Scolaire Saint-Joseph Notre-Dame a bel et bien demandé à ce qu’une séance d’information soit organisée en son sein avant que Maëlle ne se suicide. Cette séance s’est déroulée l’année dernière.