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© Capture d'écran Twitter

Incident raciste entre un policier et un passager dans un train Bruxelles-Liège: une enquête interne ouverte

MISE À JOURUn incident raciste a eu lieu dans la nuit du 15 au 16 octobre dans un train reliant Bruxelles à Liège. Une vidéo de l’altercation a été postée sur Twitter. On y entend très clairement un agent de la police des chemins de fer (c’est comme ça que l’homme se présente) dire à Joshua, un passager noir de nationalité belge, de “retourner à Kinshasa” si la façon de fonctionner en Belgique ne lui plaît pas. Il le répète plusieurs fois. Il finit par prendre une photo de Joshua, sans le prévenir, et précise: “C’est pour ma collection personnelle”. Joshua a réagi sur son compte Instagram @batgame dans la foulée de l’incident. Il dit “ne rien attendre” de personne mais constate que ce qui a été dit n’est pas normal. Nous l’avons contacté. Il nous donne sa version de l’histoire. 

“Je revenais de Londres le 15 octobre en soirée”, nous explique Joshua, 23 ans. “Je suis arrivé en Belgique vers 22h45. J'avais une correspondance pour Liège à 22h47 à la gare du midi.” Joshua était en possession d'un billet valable pour le 16 octobre. Soit 1h13 plus tard. “Sur mon ticket, il était mis que le billet était valable le 16 octobre mais il était aussi mis que je pouvais l’échanger à tout moment. Je pouvais prendre ma correspondance à n’importe quel moment. J’ai pris mon train à 22h47 à Bruxelles. Le train arrivait à Liège à 00h18, le 16 donc.”

“Le contrôleur a eu une altercation avec une jeune femme avant moi. Il était déjà très agressif. Quand il est arrivé devant moi, je lui ai demandé: C’est comme ça que vous parlez à vos clients? C’est parti dans les tours.” Le contrôleur a exigé que Joshua paie un autre billet. “Comme je ne voulais pas payer un autre ticket, parce que, pour moi, mon ticket était valable, il a appelé la sécurité du train. La police fédérale des rails. Ça a pris de l’ampleur. J'ai eu droit à des réflexions racistes.” 

Le policier a répété plusieurs fois à Joshua que s'il n’était pas content du système belge, il n’avait qu’à rentrer à Kinshasa. “Je suis Belge, j’ai grandi ici, j’ai tout fait ici”, insiste Joshua. Le contrôleur et le policier l’ont forcé à descendre à Waremme. “Deux policiers m’attendaient. Je pensais que j’allais tomber sur des personnes de confiance, que j’allais pouvoir discuter avec eux, qu’ils allaient m’aider à me sortir de là. J'étais dépassé par la situation.” Il a essayé d’expliquer le problème aux officiers. Il concède: “J’étais très énervé. La seule chose que le policier à trouver à me dire c’est baisser votre doigt pendant que vous me parlez. Il a répété ça cinq ou six fois. Il a pris ma carte d’identité. J’ai 23 ans. Je n’ai aucun casier judiciaire, je n’ai pas de problème avec la police.” 

Comme on peut le voir dans la vidéo, Joshua, alors encore à bord du train, a refusé de donner sa carte d’identité au contrôleur et à la police des chemins de fer. “Le policier à qui j’ai donné ma carte d’identité sur le quai l'a donnée à ces deux-là. Je me suis dit ok, ils sont tous dans le même camp. Il était 00h15, on était à Waremme. Ils m’ont mis une amende, alors que j’avais un ticket sur moi que j’avais payé, et ils m’ont laissé là.”

Joshua a pu compter sur un proche pour rentrer sur Liège. “C’est parti d’une histoire de ticket. Un ticket que j’ai acheté. Ça me dépasse”, regrette-t-il.

La SNCB et la police réagissent

Contactée par nos soins, la police fédérale de Bruxelles a réagi à l'incident: “La direction de la police des chemins de fer a en effet pris connaissance de la vidéo. Le collègue dont il est question a été identifié et une enquête interne a été ouverte. Il faut maintenant vérifier ce qui s’est passé exactement et dans quel contexte. Ensuite, les mesures appropriés seront prises. Des propos racistes ne sont bien sûr pas tolérés au sein de la Police Fédérale.”

La SNCB, de son côté, insiste sur le fait que” le titre de transport du voyageur n’était pas valable. L’accompagnateur a donc appliqué la procédure générale (qui s’applique à tous): lorsqu’une personne ne dispose pas d’un titre de transport valide, l’accompagnateur lui demande de se régulariser avec un billet au tarif à bord (prix du trajet + 7€). Si la personne refuse de se régulariser, l’accompagnateur lui remet alors un C170 (amende de 75€). Pour cela, la carte d’identité du voyageur est nécessaire. Si le voyageur refuse de présenter sa carte d’identité, l’accompagnateur peut alors faire appel à Securail ou à la Police, habilitée à demander des cartes d’identité.”

La SNCB précise: “Après enquête, c’est le voyageur lui-même qui a suggéré à notre accompagnateur d’aller chercher les agents de police qui se trouvaient déjà dans le train.”

La SNCB condamne les propos tenus par le policier. “Tout propos raciste est évidemment inacceptable.”

Déjà un incident en début de semaine dernière?

Eric Lazitch, usager de la SNCB depuis 23 ans, a contacté 7sur7 car il aurait reconnu l’accompagnateur sur la vidéo en question. Selon lui, l’employé de l’entreprise ferroviaire aurait déjà été au cœur d’une histoire avec une personne d’origine étrangère en début de semaine dernière sur le trajet Bruxelles-Charleroi. 

Une affirmation “catégoriquement démentie” par la SNCB, qui précise que l’accompagnateur en question ne travaille pas sur cet axe.  “L’accompagnateur de train impliqué dans les évènements d’avant-hier est attaché au dépôt de Welkenraedt. Ses prestations n’impliquent jamais un passage sur la ligne Bruxelles-Charleroi”, ajoute la SNCB.

Eric Lazitch raconte sa version des faits. “Un jeune homme qui revenait du boulot a voulu changer de wagon, sans doute pour aller aux toilettes. C’est à ce moment-là qu’il s’est fait harceler de manière très agressive par l’accompagnateur qui lui a demandé son billet.”

L’informaticien dans une grande banque, témoin de la scène, se dit choqué par l’agressivité de l’accompagnateur impliqué dans cet incident. “L’homme a répondu très poliment à l’agent de la SNCB: ‘Parlez-moi normalement, je ne suis pas un voleur, ni un bandit.’ La façon dont l’accompagnateur l’a interpellé et le ton employé sont honteux. Lorsque le jeune homme a voulu lui montrer son abonnement, l’accompagnateur a répété par deux fois d’un ton toujours agressif: ‘Asseyez-vous!’”, explique Eric Lazitch.

L’usager lui aurait alors rétorqué: “Vous faites ça car je suis étranger?”. Eric Lazitch raconte qu’ensuite, l’agent aurait fait semblant d’appeler la police mais “quand il a vu que le jeune homme était bien abonné, il ne savait plus rien faire”. Selon lui, “c’est un délit de sale gueule, c’est raciste. C’est la première fois que je vois ce genre de chose. Il n’y avait aucun respect.”

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