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Emiel était un garçon plein de vie et toujours joyeux © Facebook

Le cœur du jeune footballeur a lâché: “Nous aurions dû le refaire examiner”

Mise à jourUne famille courtraisienne est victime de son destin, pour la seconde fois en trois semaines. Les Degrande commençaient seulement leur deuil d’Arthur, 21 ans, qu’Emiel, 13 ans, a lui aussi perdu la vie inopinément. “Son cœur l’a lâché”, confirme son père Diederik à Het Laatste Nieuws. “Nous lui avions pourtant fait passer des examens, comme l’exige le club”, regrette-t-il.

Samedi soir, quelques heures après son entraînement avec les U15 de son club FC Gullegem, Emiel Degrande avait été pris d'un mal de tête insupportable. “C’était tellement intense que nous l’avons emmené à l’hôpital”, explique le père. “Emiel a subi des examens minutieux mais les médecins n’ont pas immédiatement trouvé de cause à ses douleurs. Nous avons convenu de lui faire passer des examens complémentaires par précaution. Il devait passer une IRM mardi. Dans l’attente de résultats complets, il ne pouvait plus jouer au football. Une précaution que nous n’espérions que temporaire, car il était dingue de son sport. Faire du vélo lui était encore autorisé car, selon les médecins, l’effort était minime”. 

“C’était une crème, un chouette gars toujours énergique”

Mardi après-midi, alors qu’il était en cours, Emiel s’est à nouveau senti mal. “En accord avec la direction, nous avons décidé qu’Emiel pouvait rentrer à la maison à vélo. Quant à moi, je me mettais directement en route du travail pour le rejoindre. Mais à mon arrivée, je l’ai retrouvé sur le sol. Il ne donnait plus aucun signe de vie”, relate le père. Les secours n’ont plus rien pu faire pour l’enfant.

Le monde de Diederik, son épouse Stefanie et leurs filles Julie et Louise s’est effondré. “Emiel était une crème, vraiment un super chouette petit gars. Toujours le sourire, toujours enthousiaste, prêt à donner un coup de main. Il mordait tellement la vie à pleines dents, que c’est presque impossible de croire à ce qui est arrivé”. 

“Nous ne saurons jamais si son sport est lié à son décès”

Les médecins qui ont examiné le jeune adolescent ont estimé qu’une insuffisance cardiaque avait provoqué son décès. Emiel allait avoir 14 ans en décembre. “Et pourtant, il n’a présenté aucun symptôme annonciateur. Sur conseils du club, nous lui avions fait passer un screening de routine complet. Tout était parfait, pas un nuage dans le ciel. Y avait-il malgré tout un risque à le faire jouer au football? Si son sport a vraiment un lien avec sa disparition, je crois que nous ne le saurons jamais. Ou peut-être Emiel a-t-il été trop marqué par le décès de son cousin Arthur? C’est possible aussi”, expose son père.

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En trois semaines, la famille perd deux jeunes gens aimés de tous dans des circonstances dramatiques © Verbeke, Facebook

Émanations toxiques

En effet, voilà trois semaines, la famille Degrande perdait déjà Arthur, le cousin de 21 ans d’Emiel. Le jeune homme est décédé le 23 août dernier en Allemagne sur le parking du VFB Stuttgart. Arthur Deconinck, 21 ans et originaire de Moorsele, avait pris la route avec son ami Maxim Vaernwyck, 22 ans, d’Aalbeke. Le deux meilleurs amis s’apprêtaient à rentrer à la maison mais avaient décidé de passer la nuit dans la voiture. Ils sont morts intoxiqués par les émanations d’essence d’un jerrycan de réserve dans leur sommeil. 

Au Chiro, le club de jeunes dont Emiel faisait partie, comme dans son club de football, la nouvelle a traumatisé ses amis. “Emiel jouait chez nous depuis très longtemps déjà”, raconte Kenneth Waelkens, son entraîneur. “Il jouait au centre et était particulièrement bien intégré dans le groupe. Ce sont tous de bons copains, et c’est normal quand vous tapez le ballon depuis si longtemps ensemble. C’est le genre de nouvelle que vous ne voulez jamais avoir à entendre. Nous avons immédiatement annulé l’entraînement. Demain, nous nous réunirons avec tous les joueurs U15 et un psychologue. Nous avons ouvert un registre de condoléances et nous commencerons la compétition du week-end par une minute de silence Tous les joueurs porteront un brassard noir en hommage à Emiel et les matches U15, qui se joueront pour la première fois sans lui, sont reportés”. 

Quel est le risque réel d’inscrire son enfant au football?

Naturellement, un tel drame soulève des questions chez de nombreux parents: est-il vraiment raisonnable de laisser un enfant s’entraîner 1 à 3 fois par semaine sans compter les matches le week-end? La jeunesse et la fougue des enfants et des adolescents laissent parfois à penser, à tort, que leur coeur tout neuf ne craint rien. Le cardiologue Pedro Brugada explique dans Het Laatste Nieuws que de telles morts subites chez les moins de 25 ans surviennent à raison d’un cas pour 100.000. Les lier au sport est une autre histoire.

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Pedro Brugada © photo_news

“Dans le langage familier, on parle souvent d’une insuffisance cardiaque, mais ce n’est pas tout à fait exact. Il est plus à propos de parler de mort inopinée et ce n’est pas si exceptionnel que cela chez les moins de 25 ans. Chaque année, cela arrive à un habitant sur 100.000. Au-delà de 25 ans, les statistiques grimpent à un cas sur 10.000. Après 60 ans, les décès inopinés surviennent même dans un cas sur 1.000", explique Pedro Brugada, l’un des cardiologues belges les plus réputés.

Selon le médecin, il est également possible qu’Emiel ait souffert à l’insu de tous d’une maladie génétique touchant la structure de son cœur. “Soit une malformation congénitale a pu mener son cœur à s’arrêter. Soit le cœur a commencé à pomper de manière chaotique. C’est ce que les secouristes essaient de régler avec un défibrillateur: en infligeant au cœur un choc électrique, il reprend parfois son rythme initial”. Pour Emiel, cela n’a pas fonctionné.

“Il faut une autopsie pour écarter une maladie dans la famille”

“Il faut de toutes manières une autopsie, si ce n’est que pour écarter les autres causes possibles. C’est très peu probable, mais ce jeune garçon a pu être intoxiqué. Il se sentait déjà mal durant le week-end: il faut donc écarter certaines pistes. Et puis il faut des examens plus poussés afin d’être certain qu’il n’y a pas une maladie qui touche le reste de la famille également”. 

Lorsque le jeune garçon a été conduit à l’hôpital par ses parents inquiets samedi, les médecins n’ont pas trouvé la cause de sa douleur. Le cardiologue estime que cela n’a rien d’étrange et ne traduit pas un manque de professionnalisme: “Malheureusement, il arrive très couramment que les patients souffrant en réalité de graves problèmes ne présentent pas de symptômes visibles par le médecin lors de la consultation”, tempère-t-il. Le drame n’aurait donc pu être évité.