Le père infanticide de Knokke battait sa femme

La mère de Lore, 8 ans, et Lucas, 6 ans, tués par leur père Tom Stoop dimanche, avait confié à la police que son mari la maltraitait. Elle n’avait cependant pas voulu déposer plainte contre lui. Par peur de son mari, d’une part, mais aussi par amour pour ses enfants, explique-t-elle. Elle affirme que jusqu’au drame de ce week-end, Tom Stoop n’a jamais levé la main sur eux.

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Tom Stoop, 37 ans, a sauté d'une grue après avoir probablement noyé ses enfants © DR

Ann, la mère des deux victimes de l’infanticide de Knokke, accuse Tom Stoop, son mari décédé, de l’avoir maltraitée. L’homme de 37 ans a sauté d’une grue dans la station balnéaire dimanche après avoir ôté la vie à ses enfants. Il est mort sur les lieux. Alors que le frère d’Ann affirmait à la presse n’avoir jamais rien remarqué de suspect chez son beau-frère, qui était à ses yeux un père aimant et un mari sans histoire, la mère des enfants a livré un tout autre récit à la police avant et après les faits.

Surtout ne pas faire la morale à Tom

Le drame est survenu alors qu’elle était soi-disant “en visite” chez ses parents dimanche, selon ses propros initiaux, mais en réalité, elle s’était réfugiée chez eux après avoir fui les coups de son époux, a-t-elle reconnu entre-temps. Elle serait arrivée chez ses parents avec plusieurs côtes cassées, ce que confirment plusieurs témoins. Un médecin généraliste aurait constaté ses blessures. Ce grave déchaînement de violence n’était pas le premier, selon ses déclarations, mais le troisième. Seuls quelques personnes de son entourage étaient au courant de la violence conjugale dont elle était victime. Elle avait cependant pris soin d’éviter d’en parler à certains proches et avait supplié ceux à qui elle s’était confiée de ne pas interpeller Tom Stoop sur le sujet. Encore moins de lui faire la leçon. “Par peur de la réaction de son mari”, semble-t-il.

Le couple, qui tenait un commerce, s’était déjà séparé une fois. Selon Ann, cette brève rupture faisait suite à un adultère commis par Tom Stoop et dont il avait ouvertement parlé à la maison. Mais les parents de Lore et Lucas avaient continué à vivre ensemble dans leur maison de Beveren, afin de ne pas compromettre leur vie professionnelle et l’avenir de leur magasin, notamment, mais surtout pour les enfants. Selon les proches, aussi parce qu’ils s’aimaient toujours malgré tout. Selon la main courante déposée à la police, Tom Stoop avait tendance à lever le ton contre sa femme depuis quelques années; mais l’agressivité n’était alors que verbale. Il la contrôlait cependant davantage et lui interdisait même d’aller nager seule.

Deux visages: un gars volontaire et un manipulateur qui se mutilait pour brouiller les pistes

Inconsolable depuis la mort de ses enfants, Ann explique que la violence physique de son mari était assez récente. À chaque fois, elle avait trouvé refuge chez ses parents. Et à chaque fois, Tom Stoop faisait comme si rien ne s’était passé à son retour. Pour respecter la demande expresse d’Ann, ses proches ne se permettaient pas de reprocher à Tom Stoop son comportement violent. Elle explique également que son mari se mutilait lui-même lorsqu’il la battait. Pas par culpabilité, mais pour mettre en doute sa version des faits si elle venait à l’accuser publiquement. Il se serait même envoyé, depuis le GSM de son épouse, des messages pour brouiller les pistes. Il y disait en parlant pour elle qu’elle était instable. “Il voulait les utiliser un jour contre moi”, s’était-elle épouvantée auprès des proches au courant de ce qui se jouait à Beveren. Elle expliquait que son mari avait deux visages. L’un pour le monde extérieur: un gars très sympathique toujours prêt à donner un coup de main. Et l’autre à la maison: un tyran.

Récemment, Ann avait rencontré quelqu’un avec qui elle aimait parler. Un homme. Mais l’entourage de la mère éplorée insiste sur le fait qu’elle n’avait pas de relation adultérine pour autant. “Mais Tom a découvert cette amitié et s’est emporté. Sa vision à lui était qu’il avait le droit de la tromper mais qu’elle n’avait même pas le droit de parler avec quelqu’un d’extérieur”, déplore l’entourage. Une nouvelle fois violentée par son mari, Ann a fui chez ses parents le week-end dernier. Sans s’inquiéter pour ses enfants parce qu’elle était persuadée qu’il ne leur ferait jamais de mal. Parce qu’elle savait qu’il les aimait profondément. 

Noyés dans le jacuzzi

Naturellement, ces accusations aujourd’hui divulguées restent des allégations et ne pourront jamais être contestés par Tom Stoop. Selon les experts, ce genre de cas où une victime de violence conjugale dépose une main courante à la police mais refuse de porter plainte est néanmoins très fréquent. Bien souvent, à ce stade, la victime espère deux choses: ne pas déclencher un nouvel accès de violence chez l’agresseur et, peut-être, que tout finira encore par s’arranger. Une circulaire exige cependant que ce type de déclaration de maltraitance fasse l’objet d'un procès-verbal. Cette trace officielle peut le cas échéant être ajoutée plus tard à un éventuel dossier si la victime décide de finalement porter plainte ou si une autre déclaration similaire est déposée à la police ultérieurement.

Les résultats de l’autopsie de Lore et Lucas n’ont pas encore été communiqués officiellement. Les enquêteurs pensent néanmoins plausible que le père ait noyé ses enfants dans le jacuzzi du domicile familial avant de mettre leurs corps dans la voiture puis de se rendre à Knokke pour se donner la mort.

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Lore et Lucas, les victimes © DR