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Sylvie Keymolen et ses filles, qui cherchaient du réconfort mutuel au procès © Baert Marc

“Le PMS savait pour les coups de fouet, mais n’a rien dit”: un père martyrisait ses filles

Deux petites filles ont eu beau raconter dès 2010 au CLB (équivalent flamand du PMS) que leur père les battait à l’aide d’un fouet, il a fallu dix ans pour que le parent soit enfin présenté devant un juge et réponde de ses actes. L’homme risque 20 ans de prison pour traitements inhumains contre ses filles, leur mère et trois de ses ex-partenaires. Du côté du CLB, “le secret professionnel a été placé au-dessus de l’intérêt des enfants”.

Sylvie Keymolen, 33 ans, tenait à peine sur ses jambes au procès hier. La jeune femme était terrifiée à l’idée de croiser à nouveau le regard de son ex-compagnon, Mike M. Ses filles, aujourd’hui adolescentes, l’accompagnaient, tout aussi chancelantes et inquiètes de revoir leur père. Toutes les trois ont bravé leur peur pour témoigner à la barre des années de violences perpétrées à leur encontre par l’accusé âgé aujourd’hui de 35 ans.

Battues, ligotées, séquestrées

La mère, ses filles mais aussi des ex-partenaires de l’homme ont fait état de violences extrêmes. Sylvie Keymolen a notamment évoqué comment Mike M. lui a tiré dessus avec un BB gun et l’a étranglée dans un bois de Peutie. Lorsqu’elle était enceinte, il la frappait au ventre. Ses filles ont également raconté leur terrible expérience de vie avec lui. Elles ont expliqué que leur père les frappait, les ligotait à l’escalier et les enfermait à la cave. Parfois, elles se contentaient de manger du beurre comme repas car il ne leur laissait rien d’autre. Puis, il y a les indications de sévices sexuels sur l’une d’elles. 

Tout cela aurait-il pu être évité? Probablement. L’homme résidant à Vilvorde aurait pu se retrouver sur le banc des accusés bien plus tôt. En 2010 déjà, les fillettes avaient signifié à l’école être victimes de violences intrafamiliales. Leurs propos étaient interpellants: elles disaient craindre leur père et présentaient des blessures. Reçues par le CLB cette année-là, elles expliquent que leur père les “frappe à l’aide d'un fouet”. Leur grand-mère porte même plainte contre lui, avant de la retirer.

“Les seringues traînaient à la salle de bain”

Ce n’est que de nombreuses années de tortures plus tard, en 2017, que l’aînée des deux filles se confie à nouveau, cette fois à un moniteur de mouvement de jeunesse. L’alarme est lancée, la justice s’en mêle. Dix ans après les premières déclarations des enfants, Mike M. comparaît donc enfin devant un juge. Ine Van Wymersch, procureur du Roi, a du mal à accepter ce délai de réaction des différents acteurs. “Ces deux enfants ont montré leurs lésions, occasionnées par un fouet, à plusieurs reprises, à des adultes”, explique-t-elle. “Elles ont même dit littéralement au CLB que ‘papa les fouettait’. Qu’il se droguait et que les seringues traînaient à la salle de bain. Des gens ont su que ces enfants dormaient parfois de force à la cave. Et pourtant, la justice n’a jamais été avertie. La relation de confiance et le secret professionnel ont été privilégiés face au devoir de protection des enfants. Que doivent penser ces enfants maintenant? Quelle confiance peuvent-elles encore avoir en un adulte?”, s’est emportée la procureur.

L’accusé, lui, maintient que les accusations ne sont qu’un tissu de mensonges. “Il reconnaît avoir frappé, ou poussé, une fois ou l’autre”, relate son avocat Laurent Van De Keere. “Les autres déclarations ont été amplifiées par les filles pour soutenir la version de leur mère”, plaide-t-il. 

“On doit réfléchir à deux fois avant de briser le secret professionnel”

“N’importe quoi”, ont réagi les deux filles de Mike M., aujourd’hui adolescentes. Elles argumentent d’ailleurs ne plus avoir eu un bon contact avec leur mère pendant longtemps. Cette dernière avait provisoirement perdu le droit de garde de ses filles, et elles ont vécu plusieurs années auprès de leur grand-mère. “Je trouve grave qu’il nous accuse d’être des menteuses”, a réagi l'une d’elles, choquée. 

Et le CLB, n’aurait-il pas dû intervenir immédiatement vu la gravité des faits évoqués? “C’est un équilibre toujours difficile à trouver”, répond An Victoir, du réseau libre du CLB. “Sans être au courant des détails de cette affaire en particulier, elle explique que les collaborateurs de cette entité doivent toujours réfléchir à deux fois avant de transgresser le secret professionnel, à la base de leur métier. “On ne peut pas faire ça à la légère, les discussions avec le CLB sont toujours confidentielles. Ce n’est que lorsque l’on estime qu’il est vraiment dangereux pour l’enfant de le laisser rentrer chez lui que nous brisons ce secret. Cela ne signifie d’ailleurs pas forcément contacter la police. Parfois, il est préférable de commencer par parler aux parents. Ou d’informer le centre de protection de l’enfance de la situation, et il voit lui-même comment intervenir”. 

“Mamie a dit que c’était arrivé en jouant”

L’action exacte du CLB concerné par l’affaire n’est pas connue, même s’il y a bel et bien eu des démarches: un rapport a été envoyé à un centre pour l’enfance et la grand-mère a été invitée pour une discussion. Cette dernière avait alors minimisé les déclarations de ses petites-filles: “Mamie a dit qu’on s’était donné des coups de fouet l'une à l’autre en jouant. Mais ça ne s’était pas passé comme ça”, nuance l’une des jeunes victimes. “Ce n’est que lorsque l’on a déménagé que l’on a pu plus facilement aller à la police. Et les policiers nous ont écoutées”, ont-elles précisé. 

Le ministère public ne doute pas un instant de la véracité des accusations. Il réclame contre Mike M. une peine lourde: 20 ans de prison et quinze ans de mise à disposition du tribunal pour traitements inhumains. Les enfants espèrent que c’est la peine qui sera prononcée contre lui, le 7 février prochain.

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