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Alicia Sanfilippo est maintenant âgée de 21 ans mais en avait 17 lorsque sa professeure l’a séduite. © Mine Dalemans

Une enseignante de retour en classe après une relation avec deux élèves

Dans une école secondaire pour enfants souffrant d’un handicap mental et de troubles du comportement à Beringen, une enseignante de 37 ans a eu des relations sexuelles avec deux élèves. Après que les deux victimes ont révélé les choses à la direction de l’école VIBO Sint-Barbara, le professeur a été temporairement suspendu. Mais début septembre, elle a cependant repris le travail. 

Les histoires de deux élèves de l’école spécialisée Sint-Barbara à Beringen avec leur professeur se sont déroulées parallèlement. En 2015, Alicia Sanfilippo - alors âgée de 17 ans - a été la première à être repérée par une enseignante de sa nouvelle école.

“C’était ma titulaire. Pendant la première semaine d’école, nous avons fait connaissance. J’étais en difficulté pendant cette période, j’ai reçu un soutien psychologique et j’ai atterri dans un établissement secondaire d’enseignement spécialisé. Elle m’a dit qu’elle avait une relation avec une femme et m’a posé des questions sur mon orientation sexuelle. Je n’ai pas répondu. Le soir, elle a commencé à bavarder avec moi sur Facebook et m’a posé de nouvelles questions sur mes préférences sexuelles et m’a proposé qu’on sorte. Un peu plus tard, elle est venue me chercher pour aller au cinéma. Quand elle m’a déposée, elle m’a soudainement embrassée. Au début, ça m’a fait peur, puis nous sommes vite devenus un couple. Mon professeur vivait avec une femme, mais elle m’a dit qu’il ne se passait plus rien entre elles depuis quatre ans. ‘C’est pour partager les coûts, Alicia. Dès que tu auras un emploi, nous construirons un avenir ensemble’, m’a-t-elle dit.”

Changement d’école

Alicia a eu du mal à accepter cette relation secrète et a fini par s’en ouvrir à un autre professeur qui s’inquiétait pour elle, lequel en a immédiatement informé la direction. “J’ai été appelée chez le directeur et on m’a demandé si j’avais une relation avec ma titulaire, mais j’ai nié. Ma prof a tout de suite su ce qui se passait et m’a dit: ‘Soit on arrête, soit tu vas dans une autre école’. Comme j’étais amoureuse, j’ai changé d’école.”

Après avoir changé d’établissement et s’être inscrite à Sint-Elisabeth à Peer, Alicia ne voyait plus aucune raison de garder cette relation secrète mais son professeur voyait, elle, les choses différemment. “Ce côté sournois a perduré. Je devais mentir tout le temps. C’était très difficile pour moi. Après un an, j’ai pu la présenter à ma mère et à mon beau-père. Ils ont réagi de façon très suspecte, mais elle leur a assuré qu’elle avait de bonnes intentions à mon égard. Que nous avions un avenir ensemble. Afin d’immortaliser notre amour, j’ai fait tatouer la première lettre de son prénom sur ma cheville, elle se promenait avec un A sur le sien. Et pourtant, les secrets ont continué. Si nous étions ensemble en public une fois, c’était au bord de la mer et seulement le soir. Elle ne me laissait aller nulle part seule. Elle s’assurait que j’ai peu de relations avec mes amis et que je sois continuellement en dispute avec mes parents. Elle m’avait vraiment sous son emprise. Chaque rencontre impliquait du sexe et bien sûr, j’acceptais tout. Parfois, j’aimais ça. Mais je me sentais aussi maltraitée. Au bout de trois ans, j’ai rencontré quelqu’un d’autre à qui j’ai tout avoué et j’ai enfin eu le courage de rompre.”

Une autre

Alicia ne s’y attendait pas, mais son ex-professeur a accepté la rupture sans broncher. Ce qu’elle ignorait, c’est qu’entre-temps, une autre fille de son ancienne école avait elle aussi une liaison amoureuse avec le professeur. “Il y a deux ans, le comportement de notre fille a complètement changé “, raconte K.L., la mère de la deuxième victime. “Elle tentait de s’éclipser de la maison, envoyait des messages jour et nuit, et se cachait de notre famille. Au bout de six mois, il s’est avéré qu’un professeur de son école s’intéressait beaucoup à elle. Ma fille était complètement perdue. Elle avait 16 ans et doutait encore de son orientation sexuelle. Ce n’est pas anormal durant cette période, mais quand soudain une femme de 35 ans - de surcroît enseignante dans son école - se met à lui faire des avances, il y a de quoi perdre la tête. Elles se sont retrouvées pendant des mois - avant et après l’école, les jours de congé.... Selon ma fille, elles n’ont jamais eu de relations sexuelles. Elles se sont embrassées et se sont caressées, bien que son professeur réclame davantage. Elle envoyait tout le temps des messages à ma fille et payait même son crédit d’appel. Tout en insistant sur le fait que tout devait rester secret.”

Lorsque la mère de la deuxième jeune fille a appris l’histoire à la fin de l’année scolaire 2017-2018, elle a prévenu la direction. “J’ai immédiatement été à l’école pour tout expliquer à la direction. Le directeur a parlé longtemps avec ma fille et il me semblait qu’ils prenaient l’affaire au sérieux. Mais l’enseignante est toujours là aujourd’hui. Je ne comprends pas comment une telle chose est possible. Ma fille a changé d’école sinon elle aurait toujours eu cette femme comme enseignante. Encore aujourd’hui, ma fille reçoit encore des messages d’elle sur Instagram et Snapchat. Cette femme a profité d’un enfant en position de faiblesse mentale dans une école spécialisée. Nous ne savions pas qu’il y avait une autre victime. Nous allons déposer une plainte contre cette enseignante cette semaine, parce que cela doit cesser. Qui dit qu’il n’y a pas eu d’autres relations ?”

Elle doit arrêter

En avril, Alicia a soudainement été appelée par son ancien directeur pour une entrevue. Encore une fois, on lui a demandé s’il elle avait eu une relation entre avec sa titulaire. “J’ai tout avoué et transmis autant de preuves que possible. Malgré les nombreuses rumeurs, la direction a été choquée par mon histoire. Ils ont également présenté une sorte d’excuses. Mais je ne les blâme pas, parce qu’à l’époque, je mentais moi-même sur les faits. J’avais peur et surtout j’étais aveugle.” Alicia a appris récemment qu’une autre élève a vécu exactement la même chose et ça lui a fait peur. “Il semble que cette femme fait ça de la même façon à chaque fois. Le fait qu’elle s’en sorte est quelque chose avec lequel j’ai du mal. C’est bien que cette histoire soit révélée, car j’ai peur que sinon il y ait encore des victimes. Elle doit arrêter.”

La direction du VIBO Sint-Barbara confirme les faits, mais ne veut pas en dire plus. “Le conseil scolaire a pris des mesures. Cela va prendre de l’ampleur”, semble-t-il. Les deux anciennes élèves espèrent que l’enseignante sera poursuivie. Mais comme elles étaient déjà âgées de seize ans au moment des faits, il y a peu de chance que ce soit le cas.

Aucune poursuite prévue par la loi

Car aussi étrange que cela puisse paraître, le fait d’avoir des relations sexuelles avec un élève de 16 ans ou plus ne constitue pas une infraction criminelle s’il y a consentement mutuel. Même s’il s’agit de jeunes atteints d’un handicap mental léger: à seize ans, le législateur n’a plus son mot à dire en la matière.

Liesbet Stevens (KU Leuven), professeur de droit pénal, estime qu’il est grand temps que les politiciens de notre pays renforcent la loi. “Je soutiens depuis des années que l’âge de la majorité devrait être abaissé dans ce genre d’affaires. Les actes sexuels entre un enseignant et un élève mineur devraient, par définition, être punissables parce qu’il existe une relation de pouvoir. Même s’il y a consentement mutuel, qu’est-ce que cela signifie pour un jeune de 16 ans qui n’est pas encore capable d’évaluer le type de relation qu’il entretient? Je pense que c’est encore plus le cas dans l’enseignement secondaire spécial. Car là, les jeunes de 16 ou 17 ans sont plus susceptibles d’être manipulés par un enseignant qui s’y intéresse soudainement. Ce genre d’abus s’accompagne souvent de messages tels que “tu es la seule pour moi” et “je vais t’épouser”. Celui qui veut vraiment ce qu’il y a de mieux pour l’autre, attend au moins qu’il ait atteint l’âge de la majorité”.

Dans la réglementation

Le fait que ce ne soit pas punissable par la loi ne dispense cependant pas les écoles d’agir face à un tel problème. “Si une commission scolaire est d’avis que d’un point de vue pédagogique, il n’est pas normal qu’un enseignant entretienne une relation avec un mineur, elle peut l’inscrire dans le règlement de travail et prévoir des sanctions en cas de transgression.”

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