Une mère accuse à tort une enseignante de “torture”: “C’est allé trop loin”

Une mère de famille, accusée d'avoir harcelé et diffamé une enseignante d’une école maternelle anversoise, a comparu devant le tribunal mardi. Les faits remontent à 2015, convaincue que l’institutrice avait maltraité son fils, elle avait multiplié les messages publics sur Facebook et mené une action de protestation devant l'école, emmenant dans son sillage d’autres parents d'élèves. 

4 septembre 2015. Martin (prénom d’emprunt), 4 ans, se blesse au cou durant la récréation. Il est immédiatement pris en charge et ses parents sont prévenus par la direction de l'école. Lorsque sa mère l’interroge sur l’origine de l’incident, il pointe son enseignante comme coupable, assurant qu’elle lui “a fait mal”. 

La maman de Martin prend d'abord contact avec l'institutrice via Facebook, puis rencontre la direction de l'établissement, le 7 septembre. On lui explique que l’enseignante était en réunion lors de la récréation en question et qu’elle ne peut être à l’origine de la blessure. 

Un autre élève  assure avoir vu tomber Martin. Un témoignage rapporté à la mère de famille, qui ne semble pas convaincue par la version avancée par l’école.  Elle fait irruption dans la classe et hurle devant les enfants. Elle montre une vidéo où l'on aperçoit Martin accuser l’institutrice.

La mère porte plainte et partage sur Facebook plusieurs messages dans lesquels elle assure que son enfant a été “torturé”, que son cou a été serré à l’aide d’une corde. 

Les publications suscitent de nombreuses réactions et l’enseignante est menacée sur les réseaux sociaux. La police lui conseille même de ne plus se rendre à l’école. Le 10 septembre, une action de protestation est organisée devant l’établissement. Trente parents soutiennent la maman de Martin. Les médias s’y intéressent et les menaces envers l’enseignante se multiplient. 

“Placée sous protection policière”

“Cela a été si loin que ma cliente a été placée sous protection policière”, avance Maître Christian Clément, l’avocat de l’institutrice, interrogé par Het Laatste Nieuws. “Elle a souffert de crises d’angoisse, d’insomnie et ne se sentait en sécurité nulle part”, poursuit celui qui représente également les intérêts de l’école.

L’enseignante, qui ne fait plus l’objet de poursuites judiciaires depuis décembre 2016, réclame 3.000 euros de dommages et intérêts. L’école espère un euro symbolique. 

“L’accusée soutient que l’enseignante voulait étrangler son fils et que l’école a tout couvert. Elle ne se rend pas compte que son comportement a eu des conséquences importantes pour les victimes. Un signal clair est nécessaire et une punition sévère est requise”, commente le procureur. 

Appelée à comparaître pour diffamation, insultes et calomnie, la mère ne nie pas le harcèlement et la tenue de propos injurieux. “Ma cliente se rend compte qu’elle est allée trop loin, mais nous demandons l’acquittement pour l'accusation de diffamation. Ma cliente a déposé cette plainte parce qu’elle voulait des réponses. Elle a fait ce qu’elle pensait devoir faire en tant que mère, en se basant sur ce que son enfant lui avait dit. Nous contestons également la calomnie. Elle ne peut être tenue responsable des réactions que ses messages ont suscitées”, plaide Maître Rutger Verhelst. 

Dix-huit mois de prison ont été requis contre la mère. 

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© Dirk Laenen