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Quinze ans après les faits, les enfants de Monique ne sont toujours pas au courant de qu'a vécu leur mère. © Jan Aelberts

Une victime de Steve Bakelmans témoigne: “Je me suis laissée faire car je ne voulais pas mourir”

Monique  a été violée par Steve Bakelmans en mars 2004, elle était âgée de 58 ans à l’époque. La mère de trois enfants confie que l’assassin présumé de Julie Van Espen a ruiné sa vie, mais estime “avoir de la chance en regard de ce qui est arrivé à Julie”. Dans les colonnes de Het Laatste Nieuws, elle raconte son calvaire. “Je me suis laissé faire car je voulais survivre.”

Nous sommes le 16 mars 2004, comme d’habitude Monique prend la direction de la gare d’Anvers. En chemin, son attention est attirée par un jeune homme qui fait la manche. “ Il n’était pas vraiment propre, mais n’avait pas non plus l’allure d’un sans-abri”, entame Monique, aujourd’hui âgée de 73 ans. “Il avait l'air sympathique, je me suis approchée de lui.” La conversation s’engage. “Il me confie avoir 23 ans et être dans l’incapacité de travailler car ses papiers ne sont pas en règle.”  Monique souhaite l'aider et lui donne son numéro de téléphone. 

Le soir même, le téléphone sonne. Monique prend congé de l’ami avec qui elle discute et prend la direction de son studio. À son arrivée, Steve Bakelmans est déjà là. Il patiente devant le bâtiment. “Il avait faim. Je lui ai donné un sandwich. Il m’a parlé de lui et m'a dit qu’il dormait dans le métro.  Par compassion, je lui ai fait don d’une couverture. “ Elle rédige aussi une note qui indique au jeune homme la manière dont il doit procéder pour s'adresser au VDAB (NDLR: l’équivalent flamand du Forem).  

“Nous avons regardé les photos des enfants sur le mur et je lui ai préparé des sandwichs supplémentaires. Au cas où il aurait encore faim plus tard dans la soirée.” L’invité se trouve derrière elle. Soudain, elle sent des mains serrer son cou. “Je me souviens lui avoir demandé ce qu’il faisait. Il a alors enfoncé ses pouces avec plus de force encore. J'avais très mal. J’ai tapé sur le sol avec mes pieds pour tenter d'alerter mes voisins du dessous. Il m’a ensuite poussé sur le sol.

“Pensez à mes enfants”

La victime tente de raisonner son agresseur, sans succès. “S’il vous plaît, ne faites pas ça. Pensez à mes enfants et à ma petite fille.” Des mots qui ne le touchent pas. “Il m’a jeté sur le canapé et m’a dit: ‘Je veux ton sexe’ Il a enlevé mes bas.” À ce moment précis, Monique se souvient d’un reportage qu’elle avait vu à la télévision. “Dans cette émission, on expliquait comment une victime avait survécu à un viol en ne s’y opposant pas. (Silence). Alors, j’ai fait la même chose. Mais ce n’était pas assez pour lui. Il voulait aussi que je dise que c’était bien. Je l'ai fait aussi. Parce que je ne voulais pas mourir.” 

Après le viol, son bourreau lui demande de l'argent. “Je lui ai dit qu’il y avait 20 euros dans mon portefeuille. Il les a pris. Puis je l’ai invité à partir en lui répétant qu’il devait aller au VDAB. Je lui ai aussi promis de ne rien dire. C'était faux, évidemment. Mais cela m’a sauvée.”

Steve Bakelmans s’en va. Monique verrouille  la porte d’entrée et appelle un ami.  “Il est directement venu chez moi. En route, il a prévenu la police. Ils sont arrivés en même temps.  Ce qui s’est passé après cela s'apparente plus ou moins à un trou noir.”  

Monique est examinée par des médecins qui lui conseillent de prendre du repos. “Je suis rentrée chez moi. Dans mon studio, des traces de poudre utilisée pour les besoins de l’enquête. Tout me rappelait le viol.” Durant la nuit, Monique est à nouveau admise à l’hôpital. Elle y reste durant quatorze jours. 

“Psychologiquement, j'ai eu beaucoup de mal”, confie Monique s’est souvent sentie incomprise par son entourage. Elle rapporte notamment la phrase malheureuse d’un ami proche qui lui avait demandé “pourquoi elle avait ramené un SDF chez elle?”. “Cela sonnait comme une accusation”, regrette la septuagénaire. Elle évoque aussi des maladresses de son ex-mari alors que leur couple battait de l’aile à l’époque. 

“Mes enfants ne sont pas au courant”

Quinze ans après les faits,  seules quelques personnes sont au courant de cette soirée tragique. “Ma mère était l’une d’entre elles, mais elle est décédée en 2011.” Ses enfants, adultes, ne le savent toujours pas. “C’est un choix délibéré et je veux que cela reste comme ça. J'ai honte d’avoir été violée.  Je ne voudrais pas qu’ils me regardent différemment à cause de cela.  Vous savez, j'ai de bons enfants. Mais s’ils savaient que Steve Bakelemans m'avait violée, il l’aurait tué depuis longtemps.”

Il y a deux semaines, Monique a partagé l’avis de disparition de Julie Van Espen. “D’habitude je n’utilise Facebook que pour me distraire. J'ai fait une exception pour cette jolie jeune fille.” Lorsqu’elle apprend la mort de Julie, elle retire sa publication. Dans la foulée, elle reçoit un coup de fil d’une policière  qui est devenue une amie au fil du temps. “’Bonjour, Monique, j’ai beaucoup pensé à toi aujourd’hui’, m’a-t-elle lancé. “Je ne me suis pas posé beaucoup de questions à ce sujet. Je pensais qu’elle disait cela car j’avais aussi été agressée. “

Sur la première photo diffusée, elle ne reconnaît pas Steve Bakelmans. Ce n’est que plus tard, après notamment la publication de nouveaux clichés, qu’elle prend connaissance de l’identité du principal suspect. “En fait, il n’a pas changé du tout (...) Quand on parle de l’affaire à la télévision, je ferme les yeux et j’écoute.”

Monique conclut son récit en évoquant sa vie actuelle et le traumatisme qu’elle tente d'apprivoiser. “J'étais sociable et je tente de le rester. Mais ça ne marche pas toujours. Pour ne donner qu’un exemple stupide : je n’ai pas osé prendre le tram pendant longtemps. Les gens sont si proches les uns des autres, cela me donne un sentiment très oppressant. J’ai mis cette peur de côté. Mais je continue à me poser des questions sur beaucoup de choses qui sont en réalité tout à fait normales.”

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