Awatef est devenue maman durant le confinement
Plein écran
Awatef est devenue maman durant le confinement © DR

Ils sont devenus parents pendant le confinement: “On a présenté notre fille à travers une vitre”

Une découverte du monde tout en douceur. Yaëlle est née le 31 mars dernier aux Cliniques universitaires Saint-Luc à Bruxelles. L'agitation des premiers jours, le défilé des proches à l’hôpital, les passages de bras en bras, elle ne les a pas vécus. Arrivée en pleine période de confinement, elle est bercée exclusivement par ses parents, Awatef et Baptiste, depuis plus d’un mois. “Le plus dur, c’est l'absence des proches”, confie la jeune maman. “On a présenté notre fille à travers une vitre.” 

“Très loin de ce que l’on avait imaginé.” Durant plusieurs semaines, plusieurs mois, Awatef (29 ans) et Baptiste (29 ans) ont rêvé du moment magique qu’ils s'apprêtaient à vivre, la naissance de leur premier enfant. La crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 a conféré un contexte particulier à cette arrivée et semé quelques craintes. 

“À l’origine, ce sont surtout mes proches qui étaient inquiets”, entame Awatef. “Moi, j’essayais de faire la part des choses et de me protéger un peu de certains commentaires alarmistes. Mais au fil du temps et de la propagation du virus, la donne a évidemment changé. J’ai pris une claque en découvrant le post d’une future maman sur Instagram. Française, elle partageait son angoisse de ne pas pouvoir vivre l'accouchement aux côtés de son conjoint. Les rumeurs à ce sujet étaient de plus en plus insistantes chez nos voisins et je redoutais que cela soit d'application chez nous avant la fin du mois de mars. Plus que le fait d’accoucher seule, c’est le fait que Baptiste soit potentiellement privé de ce bonheur qui me peinait. Je l’imaginais tout seul à la maison et moi à l’hôpital.”

“Rien que le fait d’envisager ce scénario, j’avais les larmes aux yeux”, embraie Baptiste. “Mais je ne voulais pas trop montrer à Awatef à quel point cela m’angoissait. Heureusement, durant cette période d’incertitudes, nous avons pu compter sur des discours rassurants de sages-femmes ou d'infirmières issues de notre entourage. Cela a permis de garder confiance, même si personne ne pouvait prédire la situation du lendemain.”

“On a compris qu’on allait se retrouver seuls”

L'annonce du confinement par le Conseil national de sécurité intervient quelques jours plus tard. “À ce moment précis, on a compris qu’on allait se retrouver seuls pour gérer cette première expérience, qu’on n’allait pas pouvoir compter sur les grands-parents...”, reprend Awatef. “On savait que cela se passerait sans encombre d'un point de vue pratique, mais sur le plan émotionnel, c’est évident, on avait espéré que les choses se déroulent autrement et que nos familles puissent être présentes à nos côtés. Tous nos proches  se sont efforcés de nous préserver, mais on sentait qu’ils étaient très peinés. Nous aussi.” 

“Le moment où j’ai vraiment stressé, c’est quand je suis arrivée à terme”, poursuit la Bruxelloise. “Je savais que j’allais devoir passer un monitoring toutes les 48 heures et prendre le risque, tous les deux jours, de croiser quelqu’un de malade à l’hôpital. L’organisation changeait constamment. Un jour, on me disait que je devais entrer par les urgences. Le lendemain, que je devais accéder au bâtiment par l’entrée principale. Bref, rien n’était clair. Quand je posais des questions, le flou régnait. Même le personnel soignant ne savait pas à quoi s’attendre pour les heures suivantes.”

“Pas un pied à l’extérieur de la chambre”

Après plusieurs examens, l'accouchement est finalement programmé le 31 mars. Un test de dépistage du Covid-19 est prévu la veille, le jour de l’admission. “Je l'ai passé au matin. Nous sommes rentrés à la maison et nous n'avons reçu le résultat que lors de notre retour à l’hôpital le soir-même, début planifié de l’hospitalisation. Lorsque nous sommes arrivés, nous avons été dirigés vers le service de maternité et c’est comme cela que nous avons compris que le résultat était négatif. Dans le cas inverse, j’aurais dû accoucher dans une chambre stérile et quitter l’hôpital 12 heures après l'accouchement.” 

Finalement, la famille restera cinq jours sur place, confinée dans une chambre. “L’accouchement s’est déroulé de manière tout à fait normale. Le personnel était avenant, mais la communication était particulière. Faire face à des gens qui ne te sourient qu’avec les yeux, c’est déroutant.” 

Atmosphère singulière également dans les couloirs silencieux et déserts d’un service où la joie et l’animation règnent d’ordinaire. “On les a parcourus l’espace de quelques minutes pour passer de la salle d'accouchement à la chambre. Une fois installés, interdiction formelle de sortir. Pas question d’aller chercher de l’eau dans le couloir, par exemple. On ne pouvait pas poser un pied à l’extérieur de la chambre.” 

“Un moment magique”

“Pendant les deux premiers jours, je ne me suis rendu compte de rien. Je n’ai jamais songé à quitter la pièce”, assure le jeune papa. “Ce moment est tellement magique, je l’ai super bien vécu. Il faudrait  même toujours interdire les visites lors des  24 premières heures qui suivent l’accouchement (rires). Nous avons vraiment profité de chaque instant à trois. On a multiplié les appels vidéos avec nos proches et je n’ai pas ressenti de manque, on s’est senti soutenu.” 

“Les premiers jours, c’était bien de pouvoir se reposer”, corrobore Awatef avant de nuancer. “Mais tu ressens rapidement l’envie de partager ce moment avec tes proches. En amont de notre retour à la maison, j'avais invité ma maman à venir devant notre appartement pour qu’elle puisse découvrir sa petite-fille à travers la fenêtre. Ce qui sonnait comme une boutade était en réalité notre seule option. Elle est arrivée, nous avons pleuré. Ce moment a été très dur à vivre. Après, c’est évident, ce n’est rien comparé aux gens touchés par la maladie, à ces familles endeuillées par le coronavirus. Nous ne pouvons nous plaindre et sommes comblés par notre nouvelle vie de famille.”

“Au final, c’est surtout pénible pour les proches. Ils voient les vidéos, les photos, mais n’ont pas le droit de voir Yaëlle en vrai, c’est difficile pour eux”, enchaîne le papa qui relève du positif de la situation actuelle. “Si nous avons le bonheur d’accueillir un deuxième enfant, le contexte sera complètement différent et pour chaque naissance, on éprouvera sans doute le sentiment de la première fois.”