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Impitoyables, sensibles, éreintants: les ados en crise du point de vue des parents

Entre un tournage de "Hep Taxi!", l'émission "Entrez sans frapper"  sur La Première et l'écriture d'une série télé pour la RTBF, Jérôme Colin a pris le temps d'écrire "Le champ de bataille", avec une vraie volonté de ralentir la cadence et de prendre le temps. Paradoxalement, ce roman qu'il a écrit "lentement" se lit très vite. Les parents malmenés par leurs adolescents y trouveront un peu de réconfort peut-être, un écho sûrement.

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Citation

Petits, tes enfants t'aiment d'un amour absolu. C'est un amour pur et dur. Etre parent d'un adolescent, c'est faire le deuil de cet amour-là. L'amour n'est plus absolu. Ton enfant s'oppose à toi, il remet tout en cause: son éducation, ta façon de l'aimer, il te met devant tes faiblesses en permanence.

Jérôme Colin
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Les adolescents en crise sont à la fois touchants, caricaturaux, sensibles, sincères et monstrueux. Jérôme Colin connaît bien le sujet: il en a trois à la maison. Son quotidien mouvementé lui a donné l'inspiration pour son deuxième roman (après "Éviter les péages"). "Le champ de bataille" s'intéresse à la vie d'un père de de famille dépassé: par ses deux grands enfants qui se rebellent dès le petit déjeuner et par sa vie de couple qui se délite petit à petit, parce que le temps passe, parce que les épreuves éreintent.

"L'adolescence, c'est un moment particulier", constate Jérôme. "Petits, tes enfants t'aiment d'un amour absolu. Quand ils mettent leurs petites mains sur tes jours, tu les aimes à la folie et eux aussi. C'est un amour pur et dur. Être parent d'un adolescent, c'est faire le deuil de cet amour-là. L'amour n'est plus absolu. Ton enfant s'oppose à toi, il remet tout en cause: son éducation, ta façon de l'aimer, il te met devant tes faiblesses en permanence."

L'adolescence est un terrain inspirant pour les romanciers. Mais souvent, on est du côté de l'ado, on voit la vie à travers ses yeux et sa révolte. Ici, on assiste à la crise du point de vue des parents. C'est ça qui intéressait Jérôme. "L'adolescence, c'est un âge de douleur. Ça souffre un adolescent, ça ne s'aime pas, ça se cherche. Il y a eu tellement de romans, de films, de chansons comme "Smells like teen spirit" de Nirvana, vu de l'adolescent. Mais j'ai peu trouvé l'adolescence à travers le regard des parents. Et sur le thème: comment un couple peut encore faire pour s'aimer avec des enfants dans les pattes?" On lui demande s'il a la réponse, il se marre. "Il faut faire de son mieux. S'accrocher, serrer les dents. Rentrer dans la tempête. Parce que les ados, ils ne sont jamais fatigués, t'as pas le choix, tu dois y aller: ils ont des certitudes, ils vont vivre 100 ans, ils sont impitoyables."

A l'heure des inscriptions en première secondaire et des discussions des parents belges au sujet de l'indice composite de leurs enfants, "Le champ de bataille" jette un pavé dans la mare. Plusieurs fois, Jérôme Colin reproche au système éducatif de rejeter les enfants en difficulté. "L'école juge toujours nos enfants sur leur capacité à accepter tête baissée son système hiérarchique", écrit-il, quitte à laisser de côté, à marginaliser, à renvoyer les adolescents qu'elles considèrent comme "inaptes" sous prétexte qu'ils ne se plient pas à des règles stupides.

"On est parents comme la société nous demande de l'être", regrette Jérôme. "Et la société dit que la valeur fondamentale, c'est l'école. On te dit que si tu réussis à l'école, tu auras un travail et tu seras heureux. Mais notre système scolaire est dépassé. Attention, je parle de l'école, pas des enseignants, il y en a plein de géniaux. Exclure des enfants de l'école, c'est une honte. On doit les aider, ce ne sont pas des monstres mais des enfants en souffrance qu'on met de côté. Je ne supporte pas les parents qui donnent raison à l'école qui a renvoyé leur enfant. Ces enfants-là, il faut les aimer le mieux possible, leur dire qu'on est fier d'eux, souligner leurs efforts. Evidemment, on a du mal à le faire entre le boulot, notre vie de couple, les factures à payer."

Jérôme admet avoir fait "comme tout le monde". "Même si tu ne crois pas en ce système, tu dois t'y plier. Et si tu t'y plies, tu obliges tes enfants à réussir à l'école même si tu trouves ça injuste. Il y a plein d intelligences différentes, je souffre pour les enfants qui galèrent. C'est un système atroce de compétition et d'exclusion, c'est moche."Jérôme Colin promet: il n'a pas de comptes à régler mais il espère "lancer un débat". "Il est temps d'enseigner autrement, de différencier les enfants parce qu'ils ne sont pas tous les mêmes. 60% des métiers qu'on exercera dans 10 ans n'existent pas encore. L'école réfléchit assez peu à cette question. Ce n'est pas une vengeance mais une tribune. J'ai envie de me battre."

Jérôme Colin présentera son livre ce soir à la libraire Filigranes entre 19 et 21 heures. 

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