Plein écran
© Getty

J'ai laissé mon fils devant la télé et je n'en ai pas honte

BlogNotre journaliste Déborah Laurent est installée en Californie une grande partie de l'année. L'occasion pour 7sur7 de vous fournir l'information la plus rapide et la plus complète possible (merci le décalage horaire!). Et l'occasion pour elle de constater les différences culturelles impressionnantes avec notre plat pays et d'apprendre à vivre en famille loin de tous. Elle en parle sur son blog personnel Sea You Son (et sur Instagram ici et Facebook ici). Nous vous proposerons chaque mardi l'un de ses articles de blog ici.

C'était un dimanche de misère. Le genre de dimanche où ton enfant te sort brutalement du lit à 6h20 en te hurlant dans l'oreille: "Il faut se réveiller parce que le soleil est réveillé". Logique I-M-P-A-R-A-B-L-E. Le genre de dimanche où tu n'attends qu'une chose: l'heure de la sieste. Et évidemment, c'était le seul dimanche de l'année où il n'en a pas faite. Bref, dimanche, j'avais la tête ailleurs, des factures à payer, des mails à envoyer, du boulot en retard et un enfant plein d'énergie. "Maman, tu peux zouer?" J'ai joué, je l'ai accompagné à la piscine, on a fait du vélo. Mais je n'arrivais pas à être là, dans le moment présent. J'étais physiquement présente mais j'avais la tête dans mes trucs à faire et plus le temps passait, moins j'arrivais à être concentrée sur ce que je faisais avec lui parce que je stressais en pensant au peu de temps qu'il me resterait après pour ce que j'avais à accomplir.

Ezra ressentait ma distraction, du coup il s'énervait et je soupirais. Alors j'ai décidé d'accepter que ce jour-là, j'allais être une mère un peu plus naze que d'habitude, qu'il allait devoir prendre sur lui et s'occuper seul. Je l'y ai malgré tout aidé: je lui ai proposé de regarder un dessin animé. Un vrai, un long, téléchargé sur l'iPad lui-même branché sur le projecteur. Une séance de cinéma perso avant l'âge recommandé et dans le canapé et une heure et demi de silence pour maman. Ezra a regardé Les Minions et j'ai pu avancer sur des activités qui nécessitaient un peu de concentration.

Mais quand même, c'est fou: quand on allume la télé de nos jours, on a l'impression qu'un chercheur en blouse blanche va surgir dans le salon pour nous faire la leçon. Nous rappeler que les écrans vont bousiller la capacité de concentration du môme. Qu'il parlera moins bien, que ça va l'exciter, l'abrutir, qu'il doit apprendre à s'ennuyer pour développer sa créativité, que c'est le maaaal incarné. Tu te sens observée et jugée alors qu'il n'y a personne dans les parages, à part ta mauvaise conscience. Dimanche, je lui ai dit de la fermer (à ma mauvaise conscience, pas à Ezra, je précise) et ça nous a fait un bien fou, à lui comme à moi. Ezra a glandé devant son dessin animé comme un adolescent et vous savez quoi? Son cerveau n'a pas explosé. Il a rigolé, il m'a raconté les scènes qu'il avait trouvées comiques une fois le film terminé. Après plus d'une heure de paix, j'étais à nouveau disposée et à l'écoute, prête à partager des choses avec lui. 

Plein écran
© DR

Le break fut franchement salutaire: je crois que, sans ça, la journée aurait dégénéré parce que j'aurais probablement reporté sur lui ma frustration de ne pas pouvoir faire ce que je devais faire au moment où j'avais envie de le faire. Alors pourquoi aurais-je dû m'en priver? Pour respecter la sacro-sainte règle du 3-6-9-12? Elle n'est pas mauvaise, je ne crache pas dessus, mais je rappelle que les règles existent aussi pour être transgressées de temps en temps. C'est la vie, pas l'armée.

Alors merde à tous ceux qui diront que "quand même, la télé à cet âge..." Ezra va trois jours par semaine à l'école, il en passe quatre avec papa et maman et nous, on se coupe en huit. On l'amuse, on le divertit, on enseigne, on partage, on rit, on plonge, on pédale, on court, on joue aux voitures, on fait des puzzles, on dessine à la craie, on fait des bulles de savon, des gâteaux, des câlins, on lit des histoires, on danse, on chante, on mange ensemble. Je donne de ma personne, de ma vie sociale, de mon énergie. Alors oui, parfois, je laisse mon fils s'abrutir devant un dessin animé que j'ai choisi. Parfois c'est un truc un peu nul mais en anglais. Je me dis alors qu'il apprend des choses sans même s'en rendre compte. Ca me déculpabilise (même si ça m'embête vraiment d'admettre que je culpabilise au sujet des écrans à cause de la pression - une de plus - qu'on met sur le dos des mères.) Et s'il n'apprend pas grand-chose, tant pis, il a appris avant, il apprendra après. Parfois c'est bon aussi d'appuyer sur pause pour que la matière imprègne. Lisez la suite sur le blog ici.