Plein écran

Un nouveau test de paternité pose question

Un nouveau test de paternité prénatal et non invasif est commercialisé depuis peu en Belgique par une firme anglaise. Selon la société productrice, il peut être réalisé dès la neuvième semaine de grossesse, grâce à une simple prise de sang de la mère et du père présumé, et serait fiable à 99,9%.
 
Dès la 9e semaine de grossesse
Il existait déjà des tests de paternité, mais la commercialisation de celui-ci, qui n'est pas invasif et donc bien moins dangereux pour le foetus, pose quelques questions. Pour la somme de 1.200 euros, la firme easy DNA, qui commercialise des test ADN via internet, propose un test de paternité qui peut être réalisé via une simple prise de sang dès la neuvième semaine de grossesse.
 
La firme conseille cependant de faire le test à la douzième semaine, car "plus on attend, plus le plasma de la mère contient de fragments d'ADN du foetus", explique la firme. La cliente reçoit un kit stérile pour effectuer le prélèvement de sang et le renvoyer pour analyse. Les honoraires du médecin ou de l'infirmière qui effectue le prélèvement sont à charge du client. Les résultats sont envoyés par poste ou par courrier électronique 5 à 7 jours ouvrables après réception des échantillons de sang.
 
Les scientifiques savaient que des cellules du foetus se trouvent dans le sang de la mère. Ce test permet d'y isoler l'ADN de l'enfant à naître afin de le comparer avec celui du père potentiel, en analysant plus de 300.000 marqueurs génétiques.

Jusqu'à présent, les tests prénataux étaient pratiqués via amniocentèse (prélèvement de liquide amniotique) ou PVC (prélèvement de villosités choriales, ou cellules du placenta); des procédures lourdes et dangereuses pour le foetus. Les hôpitaux et centres médicaux belges ne pratiquent d'ailleurs plus ces interventions que pour des raisons thérapeutiques.
 
Question éthique
Ce test pose une question éthique puisque le résultat peut mener à l'éventualité d'une interruption volontaire de grossesse (IVG). "C'est une des raisons pour laquelle le test est fait, mais on n'entre pas dans ce genre de discours, chacun est libre de faire ce qu'il veut", déclare-t-on auprès de la firme.
 
Le délai pour la pratique d'une IVG étant de 12 semaines en Belgique, "une des dérives serait de pousser à des IVG tardives", déclare un médecin de l'hôpital Erasme. "Ce test est fait sans aucune prise en charge psychologique, avec des risques d'angoisser la future mère, qui transmet son stress au foetus", poursuit le médecin.
 
En cas de procédure judiciaire, les résultats de ces test achetés sur internet ne constitueraient a priori pas des preuves recevables puisqu'ils n'ont pas été ordonnés par un juge, ni réalisés dans un cadre présentant suffisamment de garanties.
 
"Les tests de paternité sont d'ordinaire réalisés à la demande de tribunaux, dans le cadre notamment de recherche ou de contestation de paternité, après la naissance de l'enfant. Un juge désigne un expert pour faire l'analyse génétique", explique Quentin Fischer, avocat spécialiste en droit familial. Commercialisé dans plusieurs pays depuis trois semaines, le test aurait déjà été vendu à une dizaine d'exemplaires en Belgique. (belga)