Plein écran
Samir Nasri © Photo News

“Anderlecht représente quelque chose pour lui”: Samir Nasri vu par Vincent Duluc de L'Équipe

Sale gosse au caractère impossible pour les uns, vrai personnage au talent immense pour les autres, Samir Nasri a longtemps fait débat, surtout en France. Seule certitude: partout où il est passé, le nouveau Mauve n’a jamais laissé indifférent. Sa décision de rejoindre Anderlecht a beaucoup étonné, mais elle traduit surtout une passion encore intacte pour le football. “Il préfère être guide à Anderlecht plutôt que remplaçant à West Ham”, nous confie Vincent Duluc, journaliste de L'Équipe.

Un but et une insulte. Samir Nasri a souvent été décrit comme étant capable du meilleur comme du pire, et il faut remonter au 11 juin 2012, lors d’un France-Angleterre en phase de poules de l’Euro, pour en avoir la preuve. Sa frappe, limpide et somptueuse, fait mouche. Pour célébrer sa réalisation, le milieu offensif dérape et met son doigt devant sa bouche, le regard tourné vers la tribune de presse. Son cri est facilement décryptable: “Ferme ta gueule!”

Dans le viseur du milieu offensif, le quotidien L'Équipe et particulièrement le journaliste Vincent Duluc. “Il me voit un peu comme un ennemi public. Son geste ne me dérange pas car il a répondu sur le terrain, comme un champion, mais en fait il me reprochait un papier que je n’avais pas rédigé. On a un historique un peu conflictuel”, nous raconte le journaliste sportif. “J’ai fait des erreurs, j’ai un caractère bien trempé et je ne fais pas semblant quand je suis en conflit”, a d’ailleurs reconnu le joueur lors de sa présentation à la presse belge mardi.

(Le but de Samir Nasri et sa célébration à partir de 1:35)

Citation

Anderlecht, c’est le choix du foot

Vincent Duluc

Mais à maintenant 32 ans, le Français a pris de la bouteille. Surtout avec tout ce qu’il a traversé. Le nouveau joueur d’Anderlecht a été suspendu un an pour dopage de janvier 2018 à janvier 2019. Une vraie “injustice”, selon lui, qui lui a permis de se recentrer sur lui-même et de profiter de ses proches. Jeune papa, Samir Nasri affirme avoir acquis une certaine maturité.

Vincent Duluc demande à voir. “On peut toujours changer un peu, mais je ne crois pas qu’il a vraiment changé. Il reste ce super joueur avec ce caractère particulier. Mais je pense que sans ce caractère, il aurait été moins fort”, assure-t-il. Sa décision de rejoindre son ami Kompany à Anderlecht “rassure” tout de même le journaliste de L'Équipe.

“C’est le choix du foot. Je ne me dis pas: ‘Nasri finit à Anderlecht, ce n’est plus ce que c’était’. Il fait le choix d’aller dans un club historique. S’il avait voulu l’argent, il serait parti au Qatar ou en Chine. Il a quand même le sens de l’Histoire du football européen. Anderlecht représente quelque chose pour lui. Il préfère être guide à Anderlecht plutôt que remplaçant à West Ham. C’est un choix sympa”, estime-t-il.

“Un peu plus intelligent que la moyenne”

Ce rôle de guide sera nouveau pour l’ancien international tricolore. En connaissant sa réputation, cela peut susciter quelques inquiétudes. Mais Vincent Duluc pense que cette mission “peut lui convenir”: “Il a toujours été un peu plus intelligent que la moyenne, mais il a voulu se servir de son intelligence pour parfois manipuler, au lieu de fédérer. S’il concentre son expérience, son intelligence et sa réflexion sur l’intérêt collectif, il peut être un très bon leader pour Anderlecht”.

Et pourquoi pas terminer sa carrière de joueur sur une bonne note, avant une éventuelle reconversion en tant qu’entraîneur? “Son image peut être redorée. Cela le ramène du côté du foot. Après Anderlecht, on en saura plus sur ses aptitudes à devenir entraîneur. En fonction de comment il prend sa part dans le projet, et de comment il est le relais de Kompany”, poursuit-il.

“Personnage du football français”

En France, le nouveau challenge mauve de Samir Nasri sera observé de près. Son histoire avec les Bleus a pourtant tourné au fiasco, le milieu offensif ayant pris sa retraite internationale à seulement 27 ans après plusieurs polémiques. De l’aveu de Vincent Duluc, il “reste un personnage (clivant) du football français”. Le journaliste de L'Équipe remarque que Samir Nasri “a continué de faire l’objet d’une attention médiatique soutenue” ces dernières années, alors qu’il était moins présent dans l’actualité sportive.

La France suit donc toujours Samir Nasri. Son prometteur début de carrière n’y est pas étranger. Quand il jouait à Marseille ou à Arsenal, et lorsqu’il a découvert l’équipe de France, le milieu offensif suscitait beaucoup d’espoirs parmi l’opinion publique. “Quand je l’ai rencontré, il devait avoir 19 ans, j’ai été impressionné par ses grandes connaissances sur le football européen. Cela faisait plaisir de voir un jeune comme lui, mais il n’a pas capitalisé là-dessus. Il a une image de sale gosse, alors qu’au début il avait une bonne image, de passionné de football”, regrette Vincent Duluc.

Avant une dernière conclusion: “Avec Nasri, cela se finit souvent par des malentendus: en équipe de France, sa suspension pour dopage, la fin de son aventure à West Ham... Il ne laisse pas indifférent.” Le décor est planté, mais cette imprévisibilité fait aussi le charme de ce joueur au talent indéniable.