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"En Belgique, les clubs de foot ont très peu réfléchi à la thématique verte"

Les clubs de notre élite ont-ils intégré la problématique environnementale et amorcé une mise au vert ces dernières années? Quels aménagements et autres initiatives ont-ils mis en place récemment et quels sont les projets envisagés pour l'avenir? Difficile d'obtenir des réponses auprès des principaux intéressés. Selon Jean-Michel De Waele, sociologue du sport à l'ULB, "les clubs belges ont très peu réfléchi à la thématique verte". Un retard lié notamment à la difficulté de faire aboutir les projets de nouveaux stades.

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"Le monde du foot est passé jusqu'à présent très loin de cette problémati­que"

Jean-Michel De Waele, sociologue du sport à l'ULB

Mise au vert. Pas évident de savoir si l'association de ces trois mots évoque encore uniquement la traditionnelle préparation de match ou si elle est apparentée à une véritable prise de conscience au sein de nos clubs de foot professionnels. Nous avons sollicité quatre clubs de D1A  particulièrement suivis au sud du pays pour qu'ils exposent leurs initiatives environnementales récentes et futures. 

Près de trois semaines après notre demande, aucun retour (pas même un refus poli) ne nous est parvenu. Également sondée pour évoquer les éventuelles mesures à mettre en place lors des rencontres de championnat, la Pro League n'a pas donné suite non plus à notre appel. 

Évidemment, l'absence de réaction ne peut être assimilée à la volonté de masquer un immobilisme écologique. Le raccourci serait (sans doute) trop facile. Mais..."Les clubs de foot en Belgique ont très peu réfléchi à la thématique verte", avance Jean-Michel De Waele, sociologue du sport à l'ULB.

"Depuis un an ou deux tout le monde est convié à faire du vert, à manifester pour le climat. La presse et la société civile se tournent vers tous les responsables dans tous les domaines pour leur demander "Qu'est-ce que vous faites pour sauver le climat ?" Force est de constater que le monde du foot est passé jusqu'à présent  très loin de cette problématique."

Des stades trop vieux

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"Les infrastruc­tu­res sont tellement vieillis­san­tes que tenter de les rénover coûterait vraiment très cher"

Jean-Michel De Waele, sociologue du sport à l'ULB

Si le problème est encore un peu plus marqué en Belgique qu'ailleurs, c'est notamment en raison de la vétusté des stades et de la difficulté à faire naître de nouvelles enceintes.

"Au 21e siècle, on n'imagine plus la construction d'un stade comme c'était le cas en 1930. Aujourd'hui, les clubs ne pourraient évidemment pas nier la question écologique à l'heure d'établir un nouveau projet. La Ghelamco Arena de Gand, particulièrement respectueuse de l'environnement, tend à le prouver. Dernier stade sorti de terre dans notre pays, il s'érige comme une exception, mais les responsables gantois ont profité de l'ère du temps", estime Jean-Michel De Waele.

Les autres clubs galèrent pour faire éclore leurs envies de nouveaux stades. " C'est dans les cartons de nombreuses directions, mais on s'attelle surtout à faire échouer le projet du voisin, c'est dramatique. La Pro League doit intervenir et convenir avec les clubs d'un plan de construction des stades dans les cinq à dix ans à venir. Personne n'est gagnant dans le contexte actuel. Ce serait mieux pour tout le monde si on avait douze stades à dimension humaine, pas besoin d'enceintes pouvant accueillir 50.000 personnes dans une petite ville. Il faut vraiment un accord entre les clubs pour qu'ils arrêtent de s'emmerder."

En attendant l'émergence de nouvelles infrastructures, pourquoi ne pas privilégier la rénovation et la modernisation des stades actuels? "Peut-on raisonnablement demander à un dirigeant de club d'investir quelques millions pour la pose de panneaux photovoltaïques alors qu'on ignore si le stade sera encore là dans trois ou cinq ans?", interroge Jean-Michel De Waele. "Les infrastructures sont tellement vieillissantes que tenter de les rénover coûterait vraiment très cher."

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"La question doit être élargie aux club amateurs. La problémati­que climatique, elle concerne tout le monde."

Jean-Michel De Waele, sociologue du sport à l'ULB

Revoir le format de la compétition?

La réforme de notre championnat instaurée à l'aube de la saison 2009-2010 incluant la formule de play-offs a augmenté le nombre de rencontres disputées au cours de chaque saison. Pas vraiment un pas dans le bon sens pour tenter de réduire l'empreinte écologique. "La Pro League essaye de rentabiliser son projet et n'encourage pas une mise au vert. Ce qui compte c'est qu'il y ait le maximum de matches possibles. Elle pense à rendre le produit le plus économiquement rentable et attirant", commente le professeur de l'ULB. 

"Les clubs sont contraints de jouer durant la période des fêtes et en janvier. On est évidemment en droit de se demander s'il n'est pas préférable de marquer une pause à cette période et de ne pas obliger les clubs à installer des systèmes de chauffage sous leur pelouse. Écologiquement, c'est absurde." 

"Mais il ne faut pas se concentrer uniquement sur les clubs professionnels", précise Jean-Michel De Waele. "La question doit être élargie aux cercles  amateurs. La problématique climatique, elle concerne tout le monde. Ce n'est pas qu'un match entre Anderlecht et le Standard qui pose problème en termes d'environnement. Les eaux usées issues du club du village qui vont se verser n'importe où, cela n'est pas bon non plus."