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5 questions pour évaluer l'impact du Brexit sur la Belgique et l'Europe

AnalyseLes élections européennes approchent à grands pas et apparaissent comme un tournant pour l'avenir de l'Union européenne. Un événement majeur a bousculé l'Europe: le Brexit. Quel impact aura-t-il concrètement sur la Belgique? Dans quel état se trouve l'Europe? Quel futur pour l'UE sans la Grande-Bretagne? 7sur7 a rencontré le politologue de l'ULB Pascal Delwit pour nous éclairer sur la situation.

Dans quel état se trouve l'Europe?

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Nous sommes dans état de flottement et d'incerti­tu­de avec peu d'éléments stables à l'échelle de l'Union

Pascal Delwit, politologue à l'ULB

Il y a cinq ans, le précédent scrutin était déjà présenté comme décisif. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, dramatisait l'enjeu au moment de son investiture devant le Parlement: "Soit nous réussissons à rapprocher les citoyens de l'Europe, soit nous échouons."

Le 23 juin 2016, un événement majeur est venu bousculer l'Union européenne outre-Manche: le Brexit. Les Britanniques devraient (enfin) sortir de l'UE fin octobre prochain. C'est un véritable coup d'arrêt, voire une marche arrière pour la construction européenne. Si d'autres pays sont réticents à l'idée de partir comme la Grande-Bretagne, l'UE reste mal en point.

Les élections qui approchent vont sans doute mettre en lumière un nouveau paysage politique: progressisme contre nationalisme. "Nous sommes dans un état de flottement et d'incertitude avec peu d'éléments stables à l'échelle de l'Union. Et évidemment, des doutes sur les termes du Brexit (deal ou no deal)", analyse le politologue de l'UBL, Pascal Delwit.

Ce dernier pointe également une grande instabilité dans les grosses puissances européennes: "En Allemagne, Angela Merkel termine son mandat. En France, Emmanuel Macron se trouve dans une séquence difficile avec l'épisode des 'gilets jaunes'. En Italie, peu d'hommes ou de femmes font valoir l'européisme. Et en Espagne, il va y avoir des élections aux résultats incertains."

Quel impact le Brexit aura-t-il sur la Belgique?

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La Belgique a de très grandes relations commercia­les avec le Royaume Uni

Pascal Delwit, politologue à l'ULB

Ce lundi 8 avril, Patrick Bisciari, chercheur auprès de la Banque nationale, a présenté au Parlement européen les conclusions des études qu'il a menées sur le sujet. Il en ressort que peu importe qu'il y ait ou non un accord avec l'Union européenne, la Belgique sera le pays le plus touché par le Brexit, après l'Irlande et le Luxembourg.

Pascal Delwit explique que "la Belgique a de très grandes relations commerciales avec le Royaume-Uni" et l'impact à court terme (de 0 à 5 ans) va engendrer un ralentissement fort de ces relations avec la Grande-Bretagne: "Il va y avoir des augmentations de prix pour les produits exportés et importés. Les perspectives vont vers un ralentissement de la croissance économique, donc il y aura un impact sur la dette surtout dans la partie flamande du pays. Par conséquent, il y aura des tensions sur le marché de l'emploi."

Cependant, en termes de risques, la Belgique se trouve loin derrière l'Irlande et le Luxembourg qui seront fortement impactés. Elle se situe plutôt au même niveau que Chypre et les Pays-Bas qui complètent le top 5. "L'impact d'un Brexit sans accord sera plus long qu'un Brexit avec accord", ajoute Pascal Delwit.

Pour le PIB, le FMI évoque un impact de 0,9% pour la Belgique, se situant à hauteur des autres pays européens. Le grand perdant en la matière sera le principal intéressé: le Royaume-Uni.

L'Europe ira-t-elle mieux sans les Britanniques?

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Le Brexit va faciliter les discussion car la Gran­de-Bretag­ne était dans les 28 en tant que grand état membre, demographi­que­ment et politique­ment

Pascal Delwit, politologue à l'ULB

L'Union entre les 27 devrait survivre à cette étape de son Histoire mais elle en ressortira sans doute affaiblie selon plusieurs études des organismes économiques. "D'un point de vue économique, il n'y aura aucun effet positif à court terme. Mais ce Brexit va faciliter les discussions car la Grande-Bretagne était dans les 28 en tant que grand état membre, démographiquement et politiquement", relativise Pascal Delwit. En effet, l'amputation sera démographique (66 millions d'habitants, soit 13%), mais aussi militaire (la seule véritable armée avec la France), économique (15% du PIB), financier (de loin la première place) et idéologique.

L'expertise des Britanniques était en pointe dans plusieurs domaines notamment en finance et en défense mais également au niveau environnement. Sur la question de l'intégration, le politologue belge évoque les pays les moins puissants: "Ce départ va sans doute mieux mettre en lumière les pays cachés qui ne sont pas plus favorables au processus d'intégration européenne pour lequel le Royaume-Uni était sceptique."

Pascal Delwit rappelle que "la Grande-Bretagne avait un poids important notamment dans les relations avec les États-Unis." Une Europe fracturée est un cadeau fait au président des États-Unis, Donald Trump, au président chinois, Xi Jinping et au président russe Vladimir Poutine.

Un couple Franco-Allemand renforcé?

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Il va falloir suivre encore davantage l'évoluti­on des politiques intérieu­res de ces Etats

Pascal Delwit, politologue à l'ULB

La France est peut-être l'une des grandes gagnantes sur le plan politique. C'est sûrement pour cela qu'Emmanuel Macron a tant forcé pour un non report du Brexit au mois d'octobre. Sans le blocage systématique des Britanniques à Bruxelles, la relance de l'intégration sera enfin possible. Débarrassées du troisième "grand", France et Allemagne se retrouvent à deux pour diriger. "Depuis le début de la constitution européenne, le couple Franco-allemand est fondamental. La création de ce couple est un des objectifs de l'Europe: plus jamais de guerre entre la France et l'Allemagne", rappelle Pascal Delwit.

Le couple franco-allemand espère désormais faire avancer son "projet européen", acquérir une souveraineté et mettre en avant la protection pour se doter d'une finance exclusivement dictée par l'euro et, enfin, bâtir une "armée européenne". Mais cet horizon reste fragile: "Il va falloir suivre encore davantage l'évolution des politiques intérieures de ces États. Mais il faudra suivre également l'évolution de la Pologne, l'Italie, l'Espagne et dans une certaine mesure la Roumanie", précise le politologue.

Les petits pays sans l'euro abandonnés?

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Les petits pays ont du mal à se faire entendre au sein de l'Union européenne

Pascal Delwit, politologue à l'ULB

Comme depuis le début de la constitution européenne, l'Union européenne a toujours eu des difficultés à être réellement unie. Pour ceux qui ont décidé de ne pas adopter l'euro (24% des habitants de l'UE), le Brexit est un coup dur. Même les petits pays avec l'euro sont également délaissés face aux grosses puissances. "Les petits pays ont du mal à se faire entendre. Au Conseil européen, dans les décisions importantes, il doit y avoir l'unanimité donc l'avis des petits pays est nécessaire", constate Pascal Delwit.

Mais depuis la dernière élection européenne, les pays "intermédiaires" ont évolué: "Ce n'est pas qu'un rapport de force entre les gros pays versus les petits pays. La preuve avec la nomination du Polonais Donald Tusk à un des quatre grand poste de l'UE, la présidence du Conseil européen", conclut Pascal Delwit.