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A 30 ans, le Web est-il devenu un "monstre hors de tout contrôle"?

Le World Wide Web fête ses 30 ans en mars mais les fake news et réseaux sociaux retardent son entrée dans la maturité, poussant son inventeur, Tim Berners-Lee, à lancer une campagne pour "sauver le Web".

Ce jeune physicien britannique avait imaginé en 1989 un "système de gestion décentralisée de l'information", devenu l'acte de naissance du Web (la Toile en français), alors qu'il travaillait au Centre de calculs du Cern (Organisation européenne de recherche nucléaire), près de Genève.

Quand le Web n'était qu'une application
C'est le 13 mars 1989 que M. Berners-Lee soumet un projet de système de gestion de l'information reposant sur des liens hypertextes. Le Web n'est alors qu'une application du réseau Internet, lui-même descendant d'Arpanet développé à la fin des années 60 par une unité du département de la Défense des États-Unis. De 1989 à 1991 vont ainsi naître les fondamentaux du Web tel qu'il existe encore aujourd'hui.

Trente ans plus tard, rien ne distingue l'ancien bureau de Berners-Lee, si ce n'est une plaque commémorative apposée à l'entrée et un vieil extrait de l'annuaire du Cern affiché sur la porte. A côté du nom Berners-Lee Timothy, quelqu'un a malicieusement écrit: "MOMENTANEMENT ABSENT DU BUREAU".

Partager des données à distance
Tim Berners-Lee était en charge de l'annuaire interne du Cern, mais en marge de son activité il cherchait à permettre aux milliers de scientifiques dans le monde de partager à distance leurs recherches sur les travaux de l'organisation.

Le langage HTML
En 1990, le Belge Robert Cailliau rejoint Tim Berners-Lee pour contribuer à la promotion de son invention qui repose sur le langage HTML - un standard qui permet de créer des pages web - le protocole d'échange hypertexte HTTP - qui permet à l'utilisateur de demander, puis de recevoir une page web - et les adresses URL.

Fin 1990, Tim Berners-Lee rend opérationnel le premier serveur et navigateur Web au Cern.

Le mouvement #MeToo
Du mouvement #MeToo à la dénonciation des violations des droits humains, ce réseau a permis à une "énorme quantité d'activités humaines de prospérer", assure avec enthousiasme Ian Milligan, professeur spécialisé dans l'étude des archives du Web à l'université de Waterloo au Canada.

Aujourd'hui à la retraite, M. Flückiger considère la Toile comme l'une des trois inventions majeures du XXe siècle ayant conduit à la société numérique (avec la technologie IP et les algorithmes de recherche Google).

Fake news
Mais avec "le harcèlement numérique, les fake news, l'hystérisation des foules (...) on se demande si on n'a pas finalement créé un monstre aujourd'hui hors de tout contrôle", déplore-t-il, observant avec amertume l'étalage de la vie privée sur les réseaux sociaux et la prédominance, sur le Web, des "croyances" face aux "connaissances".

Une réglementation "douce" du Web
En janvier, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a réclamé devant le Forum économique mondial (WEF) à Davos une réglementation "douce" du Web, déplorant que des pays l'utilisent pour violer les droits humains.

Tim Berners-Lee, lui-même engagé dans ce combat pour "sauver le Web", réclame le lancement en 2019 d'un "Contrat pour le Web", basé sur un accès pour tous et le droit fondamental au respect de la vie privée.

Darkweb, cybercriminalité, fake-news, vols de données personnelles sur les réseaux sociaux... Dans une tribune publiée le 6 décembre par le 'New York Times', il constatait: "Le Web a été détourné par des escrocs et des trolls".

Le Web fait désormais partie de la vie quotidienne, mais en 1989 personne ne s'attendait à sa naissance.

Si le Cern n'a guère gardé de souvenirs de cette époque, à part le premier mémo de Tim Berners-Lee et son ordinateur, un NeXT, il a évité que le Web tombe entre de mauvaises mains.

En 1993, l'organisation avait mis le logiciel Web dans le domaine public, permettant à toute personne ou industriel de se l'approprier.

Le destin en a voulu autrement, grâce aussi à l'aide de M. Flückiger, qui en 1994 a décidé de lancer une nouvelle version du logiciel en "open source": le Cern gardait les droits d'auteur, mais conférait à chacun le droit perpétuel et irrévocable de l'utiliser et de le modifier librement et sans frais. Un principe utilisé depuis fin 1994 par Tim Berners-Lee et le MIT.



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