A Berlin, une autre cérémonie pour deux athlètes victimes des nazis

Berlin a inauguré vendredi deux plaques à la mémoire de deux athlètes allemands, célèbres en leur temps, oubliés depuis, et victimes de la répression nazie, alors que devait débuter à Pékin la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques.

L'un est Otto Peltzer, héros de la République de Weimar dans les années 20, détenteur de records mondiaux, notamment sur 1.500 mètres. Après l'arrivée des nazis au pouvoir en 1933, "Otto l'étrange" comme il était surnommé pour ses excentricités, les a importunés pour deux raisons: sa liberté de parole et son homosexualité.

En 1935, il a été expédié à la prison berlinoise de Plötzensee pour 18 mois pour avoir contrevenu aux "lois morales", puis relâché juste avant les Jeux olympiques de Berlin de 1936, un évènement exploité par Hitler pour donner l'image fallacieuse d'une Allemagne à la fois racialement supérieure et pacifique.

Après une nouvelle peine de prison en 1938, il est parti en exil en Suède où il est resté jusqu'en 1941. Sitôt revenu en Allemagne, la Gestapo l'a envoyé au camp de concentration de Mauthausen, en Autriche. Peltzer a survécu au nazisme mais sa vie sera semée d'embuches.

L'homosexualité était encore un délit après 1945 et beaucoup de membres des instances du sport allemand qui avaient été des collaborateurs des nazis avaient conservé leur poste, ce que Peltzer avait été prompt à critiquer. Ses ennemis feront en sorte que l'ancien athlète ne trouve pas de travail dans d'autres pays, écrivant des messages pour salir sa réputation à travers le monde.

Il devait atterrir en 1959 en Inde où il devait entraîner quelques uns des meilleurs athlètes. Il a ensuite achevé sa vie en Allemagne où il est mort en 1970, à l'âge de 70 ans.

Fusillée
Lilli Henoch était aussi une héroïne sportive des années 20, avec des records au monde notamment au lancer du disque et au relais 4x100 mètres.

Son seul "crime" était d'être juive: elle dût quitter le club de sport de Berlin en raison des lois raciales. Elle rejoignit un club sportif uniquement pour juifs où elle fut entraîneuse jusqu'aux pogroms de la Nuit de cristal en 1938. Elle a ensuite travaillé dans une école juive jusqu'à ce qu'elle ferme en 1942.

En septembre 1942, Lilli Henoch, sa mère, son frère, également athlète, sont arrêtés et envoyés dans le ghetto de Riga, en Lettonie occupée, où ils ont disparu à tout jamais. Selon des organisations juives, elle a été fusillée et enterrée dans une fosse commune.

Une compétition de cross-country en Inde et une récompense athlétique en Allemagne portent le nom de Peltzer, et il y a à Berlin une rue Lilli Henoch. Mais le mois dernier, des "Stolperstein" (littéralement, "pierre d'achoppement") ont été installés dans deux rues de Berlin à leur mémoire.

Ces "Stolpersteine" -un projet lancé depuis quelques années par le sculpteur Gunter Demnig- sont de petites plaques de cuivre incrustées dans le trottoir devant les immeubles où habitaient les victimes de la répression nazie. Brillantes, elles attirent l'oeil et permettent, grâce au minimum de données biographiques qui y sont gravées, de penser à tous les destins individuels anéantis par la machine nazie.

Mieux sans doute que le mémorial de l'Holocauste, l'impressionnant champ de stèles de béton sans inscriptions édifié près de la Porte de Brandebourg, qui commémore l'anéantissement des juifs d'Europe.
Symboliquement, vendredi jour de l'ouverture des JO à Pékin, ces nouvelles plaques de cuivre ont été inaugurées à Berlin. (belga)