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Alain Destexhe annonçant la formation de son parti en février dernier. © belga

Alain Destexhe: "Les élections ne sont pas équitables"

En vue des élections du 26 mai, 7sur7 a choisi de mettre le focus sur le scrutin fédéral en interrogeant les présidents des huit principaux partis francophones. Nous leur avons demandé de choisir sept mesures phare de leur programme et nous vous les expliquons ici afin de vous aider à faire au mieux votre choix. Après Mischaël Modrikamen (PP), Jean-Marc Nollet (Ecolo), Maxime Prévot (cdH), Peter Mertens (PTB) et Elio Di Rupo (PS), c'est au tour d'Alain Destexhe (Listes Destexhe) de nous recevoir au siège de son mouvement, rue de la Loi à Bruxelles.

Arrivé au PRL en 1995 sous la présidence de Jean Gol, le sénateur Alain Destexhe a toujours été considéré comme un "électron libre" au sein des réformateurs. Rappelé à l'ordre par son parti après quelques sorties polémiques sur les réseaux sociaux (celle-ci ou lorsqu'il s'indignait de la présence d'une femme voilée dans un reportage de la RTBF sur la fête nationale), et finalement autorisé à pousser les listes libérales à Ixelles pour les communales de 2018, il s'est lui-même retiré de la campagne pour raisons médicales, à la suite d'une problème au dos et à l'épaule. 

En février dernier, en vue des élections du 26 mai prochain, l'ancien secrétaire général de Médecins Sans Frontières a finalement claqué la porte du MR en fondant son propre parti, provisoirement baptisé "Listes Destexhe", qu'il décrit comme une sorte de "N-VA francophone". Le point de rupture définitif avec le parti de Charles Michel? Le vote sur le pacte de l'ONU sur les migrations, qui provoqua en décembre le départ de la... N-VA de la coalition suédoise.

Quelles sont ses chances?
La tâche risque d'être fort compliquée pour les Listes Destexhe, qui comptent 96 candidats à Bruxelles et 229 en Wallonie. Selon le baromètre politique publié par La Libre Belgique, De Standaard et la RTBF, les troupes de M. Destexhe ne récolteraient en effet que 1,1% en Wallonie et à peine à 1% à Bruxelles. Pas assez pour revendiquer le moindre élu. Mais pas de quoi non plus ébranler la confiance de l'ancien sénateur MR. "Nous sommes très confiants. Nous sommes très bien accueillis dans les marchés. Il y a du monde dans les meetings. Lors de notre dernier meeting bruxellois, il y avait plus de monde que celui du MR."

"Nous avons juste deux gros problèmes", tempère Alain Destexhe, "une inégalité d'accès aux télévisions, qui favorisent les grands partis. Et les entraves, de la part des communes, dans l'affichage électoral. On constate que les partis en place mettent des obstacles permanents, que ce soit à travers le règlement électoral de la RTBF ou sur les panneaux communaux. Les élections ne sont pas équitables", tonne-t-il, malgré une sévère extinction de voix.

LES 7 PRIORITÉS DES LISTES DESTEXHE

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"Le gouverne­ment précédent porte une responsabi­lité dans ce qui s'est passé"

Alain Destexhe sur l'affaire Julie Van Espen
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Claude Moniquet et Alain Destexhe. © belga


1. SÉCURITÉ ET JUSTICE

Actualité oblige, Alain Destexhe a choisi de revenir en priorité sur le thème de la sécurité et de la justice. "La justice, c'est un chantier catastrophique, un chantier dans lequel M. Geens se rend compte lui-même qu'il faut plusieurs centaines de millions par an pour refonder une justice moderne. Ce qu'il y a de triste, c'est qu'il ne s'en rend compte qu'à la fin de son mandat et pas au début. Il a par ailleurs géré la boutique de manière autoritaire, sans tenir compte de l'avis des magistrats, ce qui passe quand même très mal", attaque d'emblée Claude Moniquet, tête de liste pour les régionales à Bruxelles, venu aider un Alain Destexhe quasiment aphone.

Revenant sur l'affaire du meurtre de Julie Van Espen, l'ancien consultant en terrorisme pour RTL énumère: "Nous sommes favorables à la détention provisoire automatique pour toutes les atteintes à la personne, les crimes sexuels et les crimes contre les personnes vulnérables, ce qui n'est pas possible dans le cadre légal actuel. Le seul risque dont on parle dans la loi, c'est celui de la non-représentation du prévenu à l'appel. Nous pensons qu'il aurait fallu y ajouter le critère de dangerosité. Un homme déjà condamné pour viol et en procès en appel pour une condamnation pour viol n'a pas vocation à être en liberté. Il faut donc plus de places dans les prisons et plus de magistrats: nous voulons engager les 250 magistrats qui manquent et construire au moins mille places de prison."

"Le gouvernement précédent porte une responsabilité dans ce qui s'est passé", ajoute sans ménagement Alain Destexhe. "Lorsque la loi sur la détention préventive a été changée en 2017, le critère de dangerosité aurait dû être inclus mais cela n'a pas été pris en compte", assène-t-il encore.

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"Nous voulons lutter contre l'islamis­me. Nous sommes les seuls à le dire dans ces termes. L'islamis­me est une menace mortifère pour la Belgique"


2. IMMIGRATION

Thème central du programme de la jeune formation de droite, l'immigration doit cesser d'être "subie" pour être "choisie", estime M. Destexhe, qui en profite pour se rappeler au bon souvenir de ces anciens collègues de l'avenue de la Toison d'Or. "Nous voulons durcir le regroupement familial. Vous allez me dire, c'est aussi dans le programme du MR, mais celui-ci ne fait que semblant de s'y intéresser. En vingt-trois ans, depuis la mort de Jean Gol, il n'y a jamais eu un seul congrès du parti sur l'immigration. Sous le gouvernement précédent, c'est Jan Jambon (l'ex-ministre de l'Intérieur N-VA, NDLR) et Theo Francken (l'ex-secrétaire d'État à à l'Asile et la Migration N-VA, NDLR) qui menaient la danse. Le MR était toujours à la remorque."

Sur cette question sensible, Alain Destexhe se dit "dans la ligne des Républicains en France". "Notre modèle, ce sont les Pays-Bas, pays démocratique s'il en est. Nous ne sommes pas contre l'immigration en tant que telle. Mais nous voulons que, pour venir en Belgique, il y ait deux conditions indispensables: ne pas bénéficier d'aides sociales pendant cinq ans, sauf urgence médicale évidemment. On veut casser ce système par lequel on arrive en Belgique et on bénéficie d'aides sociales qui sont payées par des gens qui ont travaillé toute leur vie. La solidarité, ça fonctionne d'abord entre ceux qui ont cotisé. Deuxièmement, il faut arrêter avec ce parcours d'intégration, qui ne sert à rien. Nous voulons un test d'intégration avant immigration, comme aux Pays-Bas. Celui qui veut émigrer en Belgique dans le cadre d'un regroupement familial doit d'abord prouver qu'il maîtrise une des langues nationales et qu'il rejoint nos valeurs."

"Dans un certain nombre de cultures, et notamment musulmane, il peut - je ne dis pas que c'est automatique - y avoir une contradiction entre la culture d'origine et des valeurs européennes comme l'égalité homme-femme, l'acceptation de l'homosexualité, le droit de changer de religion ou de la critiquer", enchaîne Alain Destexhe. "Dans certains pays, il est interdit de changer de religion sous peine de mort. Or, changer de religion ou la critiquer fait partie de nos droits."

Un autre point important selon M. Destexhe est l'antisémitisme. "Une étude de la VUB (en 2011, NDLR) a montré que la plupart des jeunes musulmans sont antisémites. Pour nous, il y a un gros problème avec une partie de la communauté musulmane - je dis bien 'une partie', pas tous. Nous voulons lutter contre l'islamisme. Nous sommes les seuls à le dire dans ces termes. L'islamisme est une menace mortifère pour la Belgique. Il y a plus de cent organisations islamistes en Belgique, des quartiers où les juifs ne peuvent plus vivre", affirme l'ancien MR.

Celui-ci assure par ailleurs ne pas remettre en cause le droit d'asile, "une liberté fondamentale" selon lui. Les demandes d'asile devraient néanmoins être traitées en dehors du territoire européen, dans le pays d'origine, dans une ambassade ou des centres d'accueil. "Une fois que les migrants économiques sont de façon clandestine sur le territoire de la Belgique, il est extrêmement difficile de les renvoyer dans leur pays. Il vaut mieux les empêcher d'atteindre le territoire de l'UE", prône-t-il enfin.

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"Les Belges sont déjà écrasés d'impôts. C'est le seul avantage fiscal pour beaucoup de gens"

Alain Destexhe sur son refus de toucher aux voitures de société


3. FISCALITÉ, MOBILITÉ ET VOITURES DE SOCIÉTÉ

En bon libéral, Alain Destexhe veut réduire les impôts et les dépenses publiques. Le parti ambitionne de diminuer de 1% par an les dépenses publiques administratives sur une période de dix ans. "On ne touche pas à la sécurité sociale", prévient d'emblée Claude Moniquet.

Comment? En ne remplaçant pas un fonctionnaire sur trois qui part à la retraite, "une mesure classique appliquée par de nombreux pays", commente M. Moniquet. "Nous voulons aussi concentrer les actions d'administrations et d'organismes parastataux qui parfois se chevauchent. Un exemple: à Bruxelles, le parking est tantôt géré par la région, tantôt par les communes. Les tarifs sont différents, les horodateurs sont parfois différents dans la même rue. Si on avait un seul opérateur, cela générerait déjà une première source d'économie. Il existe de multiples moyens de baisser les dépenses de l'État en le rendant plus rationnel et en concentrant ses missions."

Cela étant, les Listes Destexhe ne veulent pas diminuer les dépenses liées au régalien (police, armée, justice, prisons, etc.). "Parce que là, au contraire, on a besoin d'argent." Et pas touche non plus aux voitures de société. "Les Belges sont déjà écrasés d'impôts. C'est le seul avantage fiscal pour beaucoup de gens. Si encore il y avait des alternatives, mais elles n'existent pas. Regardez le RER", ajoute Alain Destexhe. "Cela ne veut pas dire que nous sommes pour le tout-voiture", glisse à son tour Claude Moniquet. "Nous sommes favorables à la 'multimodalité', les voitures partagées, la mobilité douce et les transports  en commun. Mais nous sommes aussi libéraux, nous voulons donc laisser le choix au citoyen de se déplacer comme il l'entend."


4. GESTION PUBLIQUE/GOUVERNANCE

Les Listes Destexhe veulent réduire de moitié le nombre de mandataires publics (20 conseillers communaux dans chaque commune au lieu de 49 dans les plus grandes, 4 échevins au lieu de 10 dans les plus grandes). "On diminue donc plus que par deux le nombre d'élus dans les villes et les grandes villes. On fusionne également les communes et les CPAS, comme en Flandre. On privatise certaines intercommunales. Dans les assemblées régionales, on passe de 75 députés wallons à 50 et, à Bruxelles, de 89 à 50 députés. Ce sera moins cher et surtout plus efficace. À Bruxelles par exemple, le stationnement, la mobilité ou la culture, tout cela est complètement morcelé, cela ne marche pas aujourd'hui", déplore Alain Destexhe.


5. CHÔMAGE

Les Listes Destexhe veulent aussi revoir le système des allocations de chômage, pour notamment mettre fin à une "culture de l'assistanat". "Un jeune, il doit être à l'école, en formation ou effectuer un travail pour la collectivité. Nous voulons remettre les gens au travail. Pour toucher une allocation sociale, il faut d'abord avoir cotisé."

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"La sortie du nucléaire ne se fera pas en 2025. C'est un mensonge"


6. CLIMAT ET NUCLÉAIRE

Se disant "éco-réalistes", Alain Destexhe et consort souhaitent retarder la sortie du nucléaire d'au moins dix ans. "La sortie du nucléaire ne se fera pas en 2025. C'est un mensonge", lance ce dernier, tête de liste pour les fédérales à Bruxelles. "Les centrales à gaz que l'on nous propose aujourd'hui sont polluantes et produisent pas mal de nuisances. Pour l'instant, le nucléaire, mise à part évidemment la question des déchets, est une énergie non polluante. Nous voulons donc la maintenir tout en faisant les efforts de recherches qui permettent de développer d'autres sources d'énergie. Nous croyons assez peu à une seule solution. Comme dans les transports, celle-ci viendra sans doute d'un mix, dans ce cas-ci, énergétique", précise de son côté Claude Moniquet.

"Nous ne sommes pas pour le nucléaire. C'est un choix par défaut. Il faut à un moment donné aussi faire confiance en la science. Pourquoi ne trouverait-on pas à l'avenir une solution chimique qui enlève la radioactivité des déchets nucléaires?", interroge Alain Destexhe. "Ce que propose Ecolo, c'est de revenir à l'âge de pierre. Ils s'attaquent aux fondements mêmes de notre civilisation: la voiture, les vols en avions. C'est ce qui caractérise le progrès et la civilisation européenne."

Sur la loi climat, enfin, son constat est sans appel : "Elle aurait appauvri les Belges mais n'aurait rien changé aux émissions mondiales de CO2."

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"Ce que propose Ecolo, c'est de revenir à l'âge de pierre. Ils s'atta­quent aux fondements mêmes de notre civilisati­on: la voiture, les vols en avions"


7. BIEN-ÊTRE ANIMAL

Les Listes Destexhe se revendiquent enfin une formation à la pointe des questions sur le bien-être animal. "C'est un marqueur sociétal", estime Claude Moniquet. "Nous sommes pour une consommation raisonnable de viande. Moins, mais plus qualitatif. Nous sommes favorables à un abattage du bétail qui se fait le plus près possible du lieu d'élevage, et donc avec le moins de transport possible. Nous sommes également opposés au commerce de la fourrure, que ce soit en Belgique ou en importation. Pour les animaux de compagnie, nous voulons une application plus stricte de la loi sur les mauvais traitements." Le parti veut ainsi inscrire le droit de l'animal dans la Constitution et créer un seul et unique conseil supérieur du bien-être animal au niveau de la Fédération Wallonie-Bruxelles (il en existe déjà un en Wallonie et un à Bruxelles, le bien-être animal étant une compétence régionale, NDLR).