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Tatiana Wielandt et sa belle-soeur Bouchra Abouallal, deux femmes originaires du district anversois de Borgerhout vivant actuellement dans le camp Al-Hol en Syrie avec leurs enfants. © DR

"Ces enfants sont nourris à la haine depuis des années"

Etat islamiqueL'expert en déradicalisation Montasser AlDe'emeh ne comprend pas la décision du juge d'obliger la Belgique à rapatrier six enfants de Syrie et leurs mères. "Ces enfants ont été endoctrinés et traumatisés en Syrie. Nous importons un risque potentiel pour la sécurité de notre État", prévient-il dans les colonnes du journal Het Laatste Nieuws.

"Ce problème ne se serait jamais posé si la Constitution prévoyait que les personnes ayant la double nationalité perdaient automatiquement leur nationalité belge si elles rejoignent un groupe terroriste comme l'Etat islamique et qu'il n'y a plus de possibilité de retour", souligne d'entrée Montasser AlDe'emeh, chercheur à la KUL et expert en déradicalisation. Pour lui, la décision d'un juge des référés de Bruxelles est incompréhensible.

Allers-retours pour la Syrie
Tatiana Wielandt, 26 ans, et Bouchra Abouallal, 25 ans, deux veuves de l'Etat islamique, ont obligé l'Etat belge à mettre tout en oeuvre pour permettre à leurs six enfants de rentrer en Belgique dans les quarante jours, sous peine d'une astreinte de 5.000 euros par jour de retard et par enfant, avec un plafond fixé à un million d'euros.

Les deux femmes originaire de Borgerhout (Anvers) ont rejoint le front syrien en 2012. Elles y avaient suivi leurs maris, combattants de l'Etat Islamique. Toutes les deux veuves aujourd'hui, ces dernières avaient déjà été rapatriées en 2014... pour repartir ensuite en Syrie après l'accouchement de l'une des deux à Anvers.

Citation

"Elles ont passé des années à répandre activement les idées djihadis­tes radicales, à recruter des filles et à proférer de sérieuses menaces. Maintenant que l'EI est en perte de vitesse et qu'elles se sont retrouvés dans un camp de réfugiés, elles veulent rentrer"

Montasser ALDe'emeh à propos des deux veuves de l'EI

"Elles ne sont pas naïves"
"Wielandt et Abouallal ne sont pas des femmes naïves qui ont docilement suivi leur mari", déclare Montasser AlDe'emeh, qui a parlé aux deux veuves à plusieurs reprises ces dernières années. "Elles ont passé des années à répandre activement les idées djihadistes radicales, à recruter des filles et à proférer de sérieuses menaces. Maintenant que l'EI est en perte de vitesse et qu'elles se sont retrouvées dans un camp de réfugiés, elles veulent rentrer", note l'expert.

"Le gouvernement a déjà fait tout ce qui était en son pouvoir pour les faire revenir en Belgique en 2014, mais depuis, elles sont retournées en Syrie et rien ne dit qu'elles ont renoncé à leurs idées radicales", prévient Montasser AlDe'emeh.

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"Wielandt et Abouallal ne sont pas des femmes naïves qui ont docilement suivi leur mari", déclare Montasser AlDe'emeh, qui a parlé aux deux veuves à plusieurs reprises ces dernières années. © DR

"Ces enfants sont nourris à la haine depuis des années"
Dès leur retour sur le sol belge, les deux jeunes femmes seront envoyées en prison. En effet, elles ont été condamnées par défaut en mars dernier à cinq ans d'emprisonnement pour participation à des activités terroristes.

"Cinq ans, ce n'est rien", dit AlDe'emeh. "Elles devront purger quatre ans au maximum et il a déjà été prouvé que la déradicalisation ne fonctionne pas en prison. Mais je m'interroge sur leurs enfants endoctrinés et traumatisés en Syrie. Ils sont nourris à la haine depuis des années. Nous importons un risque potentiel pour la sécurité de notre État", met en garde l'expert. "Et sur base de quoi? Simplement d'un reportage pour la télévision et d'un rapport dans lequel on affirme, après une visite d'à peine une semaine, que ces personnes ne mettent pas en danger notre société. C'est de la folie!"

La Belgique devrait faire appel
Le reportage auquel AlDe'emeh fait référence est "Pour les péchés des pères" de Rudi Vranckx, journaliste à la VRT. "Nous avions déjà souligné de nombreux aspects de la guerre en Syrie et l'horreur de l'EI", déclarait le journaliste. "Ce qui n'avait pas encore été abordé, ce sont les enfants dans les camps, et plus précisément cette question:" Doivent-ils être tenus pour responsables et payer pour les erreurs de leurs parents?"

L'Etat belge a néanmoins de bonnes chances de faire appel de la décision du juge. La situation est en cours d'analyse entre les ministères des Affaires étrangères, de la Justice et de l'Intérieur.