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Charles Michel, ce "Flamand de Hoegaarden"

L'avènement de Charles Michel Ier est historique. Mais le Réformateur de 38 ans, qui sera à la tête du nouveau gouvernement qui prêtera serment samedi 11 octobre, n'est pas un francophone comme les autres. Apprécié au Nord du pays, le fils de Louis Michel est un véritable enfant du coin pour les habitants de Hoegaarden, qui ont par ailleurs pleinement confiance en lui et ses origines flamandes.

Un Premier ministre d'un parti francophone pour succéder à Elio Di Rupo, voilà ce sur quoi beaucoup n'auraient pas parié au lendemain du succès de la N-VA aux élections de mai dernier. Si d'aucuns voyaient un temps Kris Peeters, l'autre co-formateur, à la tête du pays, les obligations européennes et la logique des négociations en auront décidé autrement. Charles Michel sera, le temps d'une législature au moins, à la tête du pays et des profondes réformes notamment budgétaires que la Belgique va s'imposer.

La nouvelle génération des Sellekes
Mais en Flandre, on ne voit pas d'un mauvais oeil l'arrivée du libéral, fils d'un Louis Michel parfaitement bilingue, et descendant d'une légendaire famille de Hoegaarden, figurez-vous. Dans la ville en effet, on est bien fier que l'héritier de la lignée des "Selleke" devienne Premier ministre. Cette famille historiquement connue dans la région est encore dans le coeur des habitants et Charles Michel, s'il a dans l'oreille d'un francophone l'accent du Brabant wallon, fait pourtant bien partie de cette lignée flamande.

Il faut revenir en 1870 pour comprendre l'anecdote, expliquée par Christian Hennuy, petit-cousin du nouveau Premier. L'arrière grand-père de Charles Michel se serait ainsi fait payer, durant la guerre franco-allemande, avec un "sou" - "solleke" en dialecte hoegaardien - le droit de passage ou un morceau de pain. Les métamorphoses de la langue ont transformé le terme en "selleke", et c'est finalement le surnom "Selleke" que portera la modeste famille Michel à partir de cet aïeul. "Nos arrière-grand-parents n'auraient jamais imaginé qu'un jour, un de leurs descendants monterait à la tête de l'État", s'amuse Christian Hennuy.

Entrepreneurs et tenanciers de cafés
Louis Michel a toujours gardé de bons contacts avec sa région natale, il parle d'ailleurs toujours couramment le dialecte local, un détail cher aux habitants du coin. Christian Hennuy, qui connaît tant sa généalogie que l'histoire de Hoegaarden sur le bout des doigts, a notamment écrit un livre - "Les Chroniques de Hoegaarden" - que Louis Michel a salué en tant qu'invité-conférencier lors de la présentation de l'ouvrage.

"Mon livre voue un fort intérêt aux Sellekes parce que cette famille a eu et a toujours une forte implication dans l'histoire de Hoegaarden. L'arrière-grand-père de Charles, Jean-Baptiste Michel, était un grand entrepreneur. C'est lui qui a construit une grande partie des bâtiments les plus importants ici à Hoegaarden. Le grand-père de Charles était lui aussi entrepreneur de métier. C'était le frère de Frans Michel, l'ancien patron du café Selleke. Il tenait une taverne au coin de la rue", détaille joyeusement le cousin éloigné.

"Pas un vrai enfant de Wavre"
Chris Michel, journaliste dans deux programmes d'information sur des chaînes flamandes, rappelle que les "Sellekes" étaient "de simples maçons au 19e siècle". "Ce qui me perturbe, c'est qu'on a toujours présenté Charles Michel comme un enfant de Wavre. Pourtant, ses racines sont bel et bien ici, à Zétrud-Lumay, d'ailleurs à deux pas de ses origines à Hoegaarden. Moi qui vis à Gand, jamais je ne me présenterai comme Chris Michel de Gand, non: je suis Chris Michel de Hoegaarden", rectifie-t-il.

C'est le MR Louis Michel lui-même qui explique pourquoi son fils Charles n'a d'apparence rien d'un Flamand attaché à ses racines et pourquoi il ne maîtrise pas du tout le dialecte local, contrairement à lui. "Évidemment, mon fils n'a pas les mêmes attaches avec Hoegaarden que moi. En 1955, notre famille a déménagé vers Zétrud-Lumay (section de la commune actuelle de Jodoigne depuis la fusion des communes de 1977, ndlr). Charles est né en 1975 (à Namur, ndlr), il n'a donc pas de passé à Hoegaarden", résume-t-il.

Un bosseur?
Dialecte hoegaardien ou pas, techniquement élevé en Wallonie ou non, peu importe pour les habitants de la commune flamande: le nouveau futur Premier, tout "géographiquement wallon" qu'il est, est un enfant du pays fidèle aux valeurs qui coulent dans le sang des Michel depuis des générations. Mieux encore, on est sur place persuadé qu'il remplira sa fonction à merveille. "Il est et restera un Selleke. Sans aucun doute, il mènera à bien sa mission. C'est ce que font tous les Sellekes", prédit-on avec optimisme.