Et maintenant? Les questions à se poser après le "Clasico de la honte"

VideoAnderlecht a touché le fond hier soir à Sclessin. Le match "au sommet" opposant les Liégeois aux Anderlechtois a été arrêté définitivement à la demi-heure de jeu après que des fans du club de la capitale ont lancé, entre autres, des fumigènes sur la pelouse alors que le Standard menait facilement (2-0). Plusieurs questions se posent après cette mascarade. Une certitude néanmoins: le football en est le grand perdant.

Que risque Anderlecht?

Anderlecht peut s'attendre à être poursuivi par le parquet de l'Union belge. Premièrement, le Standard devrait logiquement se voir attribuer la victoire sur tapis vert. Le règlement stipule que si le comportement d'un groupe de supporters conduit à l'arrêt définitif d'un match, le club des supporters responsables perd le match sur un score de forfait (5-0).

Selon l'humeur de la Commission des Litiges, le club de la capitale risque également un ou plusieurs matches à huis clos et pourrait même se voir retirer des points dans l'aventure. Selon le règlement intérieur de la Pro League, le club devra s'acquitter d'une amende de 50.000 euros.

Qu'ont fait les Anderlechtois après la rencontre?

La tension est encore montée d'un cran hier soir aux abords de Sclessin. Des fans mauves ont bloqué le bus des joueurs censé les ramener à Neerpede, d'où ils repartent ensuite vers leur domicile. Une vitre du bus aurait volé en éclats. Par sécurité, les joueurs ont passé la nuit dans un hôtel plutôt que chez eux.

Est-ce la première fois qu'un match est arrêté à cause d'émeutes de supporters?

Non. Deux précédents se sont produits dans le passé au sein de l'élite du football belge.

En février 1952, lors du match opposant le Standard au Racing Malines. Alors que le marquoir affichait 2-4 et que les Liégeois étaient réduits à dix, suite à l'exclusion de Fernand Blaise, des centaines de spectateurs envahissaient le terrain, obligeant l'arbitre à arrêter la rencontre. L'Union belge prononçait alors le forfait (0-5) et infligea au Standard un match à huis clos.

En 2016, l'arbitre Serge Gumienny a dû mettre fin au match entre Charleroi et le Standard après 67 minutes alors que les deux groupes de supporters avaient lancé des fumigènes et des projectiles sur la pelouse. Les deux clubs ont ensuite été condamnés à une amende de 50.000 euros.

Trois matches dans lesquels les Liégeois sont impliqués. Mais ici, le Standard est la victime.

Quel impact sur l'image d'Anderlecht?

La maison anderlechtoise a toujours prôné le respect: envers l'institution, l'arbitre et l'adversaire. Hier soir, cette image de club de gentlemen a pris du plomb dans l'aile. Michael Verschueren, le manager du club, s'est dit "déçu" et "choqué" par le comportement des supporters mauves.

"Cela n'a rien à voir avec le foot. Quand on est amateur de foot, fan d'un club, on doit accepter que l'on gagne des matches et que l'on perde des matches", a déclaré à chaud Michael Verschueren au micro de Proximus 11. "On a le droit d'exprimer sa déception mais pas de cette manière. Cela fait 40 ans que je suis dans le football. Tout le monde sait que cette saison est difficile. On a réagi en expliquant le pourquoi et le comment. Je ne comprends pas ce qui s'est passé. On va sans doute perdre 5-0 avec toutes les conséquences mais le fan de football n'a pas gagné", a souligné le fils de Michel Verschueren, l'ancien manager historique du club.

Pis, les images désolantes d'hier soir ont traversé les frontières belges et la presse internationale s'est emparée du "Clasico de la honte." "Pyro-folie en Belgique", titre l'allemand Bild qui qualifie les fans responsables d'"Ultra Idiots." Les images ont également fait le tour des médias en ligne en France, en Espagne, aux Pays-Bas, en Autriche ou au Portugal. Un véritable bad buzz pour Anderlecht et le football belge.

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© Belga/DR

Anderlecht a-t-il touché le fond?

Pour Marc Degryse, ancien de la maison, cela ne fait aucun doute, comme il l'a affirmé dans le studio de l'émission "Play Sports" de HLN. Si Anderlecht perd le match sur tapis vert (ce qui est presque certain), ce serait la première fois depuis 1963 que le club bruxellois perd quatre matches d'affilée. Cette nouvelle défaite l'éloignerait encore davantage d'une qualification européenne, que le club décroche sans discontinuer depuis 55 années, soit depuis 1964.

Comment réagit-on au Standard?

Au Standard, on est unanime: c'est le football qui est le grand perdant du fiasco d'hier soir.

"Je ne sais pas si je peux le dire, mais je peux comprendre la frustration des supporters", a déclaré Paul-José Mpoku. "Nous avons déjà vécu la même chose ici sous Duchâtelet. Mais soyons clairs: le football belge est le grand perdant ici. C'est regrettable. C'est dommage de voir ça. Ce n'est pas à nous de prendre les décisions mais j'espère qu'elles seront justes et sévères pour ne plus que ça se reproduise. Je ne comprends pas comment on peut rentrer avec autant de pétards dans un stade. Cet arrêt du match est frustrant car on jouait bien et on avait marqué deux buts. Souvent Anderlecht a été au-dessus du Standard et on avait l'envie de les tuer pour les supporters mais on n'a pas pu le faire", a regretté Paul-José Mpoku.

"L'arbitre a appliqué strictement les règles", a déclaré Alexandre Grosjean, directeur général des Rouches. "Nous sommes les victimes de ce qu'il s'est passé. 27.000 personnes sont venues pour assister à un spectacle, et ils ont vu ça..."

Quel avenir pour Fred Rutten?

Le technicien néerlandais ne sera probablement plus sur le banc anderlechtois la saison prochaine et le principal intéressé, en conflit avec la direction sportive du club, le sait pertinemment. Anderlecht doit-il se séparer de son coach dès à présent pour tenter d'accrocher une qualification européenne alors qu'il reste six matches à jouer? Ou poursuivre avec un Rutten peu concerné dans ce climat délétère...?

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Fred Rutten. © photo_news