Plein écran
Plus de 300 élèves du secondaire étaient présents à l'UNamur pour échanger avec les représentants des partis politiques francophones sur l'urgence climatique. © Twitter UNamur

Face aux jeunes, les partis déballent leur programme climatique

À la veille d'un nouveau jeudi pour le climat et à exactement trois mois des élections, les représentants des principaux partis démocratiques faisaient face à 300 élèves du secondaire pour un débat organisé mercredi à l'UNamur à l'initiative de la ministre de l'Education Marie-Martine Schyns. L'occasion de présenter les grandes lignes de leur programme climatique dont 7sur7 vous propose le condensé.

Le MR propose la création d'une banque du climat

Les libéraux en sont bien conscients: répondre aux défis climatiques et réussir la transition écologique coûtera de l'argent. Mais de l'argent, il y en a, assure Jean-Luc Crucke, ministre wallon des Finances, mais aussi de l'Energie et du Climat. 

Le MR plaide donc pour la création d'une banque du climat. Au niveau européen, mais aussi wallon. Cet outil, qui s'inspire d'institutions bancaires déjà créées à l'étranger (en Allemagne, en France ou encore au Royaume-Uni, entre autres), résulterait d'un partenariat public-privé et investirait donc exclusivement dans des secteurs liés à la transition écologique. Et Jean-Luc Crucke de rappeler que la BCE a déversé "à juste titre" 2.500 milliards d'euros entre 2014 et 2017 pour lutter contre la déflation. "Si on est capable de le faire pour cette raison, on doit aussi pouvoir le faire pour lutter contre le réchauffement climatique", souligne le numéro deux du gouvernement wallon, en pointant au passage les nombreux emplois que génèreraient les investissements dans le renouvelable et les nouvelles technologies.

Le logement, la priorité pour le cdH

Pressenti sur l'estrade de l'auditoire Pedro Arrupe, le nouveau président du cdH Maxime Prévot a finalement laissé le soin au ministre wallon de l'Environnement et de la Mobilité Carlo Di Antonio de s'exprimer sur la question climatique dans son fief namurois.

Selon M. Di Antonio, il est primordial d'investir massivement dans le logement, un secteur qui présente la plus forte marge de progression en ce qui concerne la diminution de l'empreinte carbone en Wallonie. Des habitations insuffisamment isolées et dont le système de chauffage n'est pas assez efficace. En clair, on gaspille l'énergie au sud du pays. Ces investissements seraient financés par les pouvoirs publics mais aussi via des fonds privés selon la technique du tiers-investisseur.

Opposé à la gratuité des transports en commun, "qui coûterait 120 millions d'euros à la Wallonie", le cdH veut par ailleurs favoriser le circuit-court en "fixant des barrières à nos frontières" pour les produits les plus polluants, propose Carlo Di Antonio. Enfin, le ministre humaniste a également évoqué des mesures visant la réduction de la consommation de plastique.

Le PTB veut changer le système

Fidèle à lui-même, le PTB estime que le capitalisme, de par sa nature, ne permettra pas de réussir la transition écologique. Dès lors, il convient de "changer le système", assène Raoul Hedebouw, le vainqueur du jour à l'applaudimètre. Arguant qu'elles seulent décident de la production énergétique, le parti marxiste propose de mettre sous statut public les entreprises concernées, telle Engie Electrabel.

"Tout le monde n'est responsable du réchauffement climatique", pointe Raoul Hedebouw qui plaide pour la suppression du système des quotas d'émissions de CO2. Un système qui permet aux riches de polluer, au détriment des populations précarisées, dénonce le député fédéral PTB. Et Raoul Hedebouw de rappeler que son parti était le premier à proposer la gratuité des transports en commun, "comme 110 villes l'ont déjà instaurée", fait-il remarquer.

Le PS veut récupérer les milliards de la fraude fiscale

La transition écologique coûtera 1.000 milliards d'euros au niveau européen, 40 milliards au niveau belge et 15 milliards au niveau wallon, indique Paul Magnette. Pour trouver cet argent, le PS propose de renforcer la lutte contre l'évasion fiscale, la création d'une dette européenne ainsi que la mise en place d'une taxe carbone pour les produits les plus polluants importés par l'UE "afin de protéger nos agriculteurs" et ainsi favoriser la consommation locale et durable, détaille celui qui s'était opposé au CETA, l'accord de libre-échange entre l'UE et le Canada.

En ce qui concerne la mobilité, Paul Magnette propose de rénover l'ensemble des voiries en abandonnant la politique du "tout à la bagnole" pour celle qui la relèguerait à la dernière place après respectivement les piétons, les vélos et les transports en commun. Des transports publics dont les socialistes souhaitent étendre la gratuité aux heures creuses et aux moins de 25 ans.

DéFI: une TVE à la place de la TVA

Le parti amarante, représenté mercredi après-midi par son président Olivier Maingain, milite pour la suppression du régime des voitures de société ainsi que pour l'instauration d'une taxe sur le kérosène. DéFI plaide également pour que le consommateur soit averti de l'empreinte environnementale de tout produit via un étiquetage spécifique. Plus globalement, Olivier Maingain a soutenu l'idée d'une taxe sur l'empreinte environnementale (TVE) qui remplacerait la TVA. "Pas facile à faire mais indispensable", admet le bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert.

DéFI propose également un "chèque mobilité" à celles et ceux qui favorisent le covoiturage ou les transports collectifs.

Ecolo: le train plutôt que l'avion

Du côté d'Ecolo, la nouvelle députée fédérale Sarah Schlitz a remplacé au pied levé son co-président Jean-Marc Nollet, lequel se trouvait à la Chambre pour "discuter de la loi climat."

Face aux élèves, la jeune écologiste, par ailleurs la seule femme parmi les représentants de partis, a plaidé pour refinancer la SNCB et augmenter en parallèle le prix des billets d'avion. "Pour aller à Madrid, c'est 60 euros en avion, 600 en train", souligne Sarah Schlitz pour étayer ses propos. Outre la gratuité des transports en commun et un service de nuit, Ecolo veut une AFSCA plus sévère avec les grandes multinationales et plus souple avec les petits producteurs.

"Notre système est malade, on ne peut plus continuer comme ça", prévient Sarah Schlitz sous une salve d'applaudissements.