Plein écran
Theo Francken, secrétaire d'État à l'Asile et la Migration. © photo_news

Francken à Tirana pour dissuader les Albanais de demander l'asile en Belgique

UpdateLe secrétaire d'Etat Theo Francken atterrit mercredi à Tirana où il mènera jusqu'à vendredi une mission visant à dissuader les ressortissants albanais de fuir leur pays pour un avenir meilleur en Belgique. Parmi ceux-ci, nombreux sont ceux qui tentent de recourir à la procédure d'asile qui a, les concernant, peu de chance d'aboutir. Des rencontres sont prévues avec les autorités politiques et policières locales.

L'Union européenne et certains Etats-membres en particulier, dont la Belgique, connaissent ces dernières années un taux important de demandes d'asile d'Albanais, le plus élevé pour des ressortissants d'un pays du vieux continent. En France, les exilés albanais étaient même les plus nombreux en 2017 parmi les candidats à l'asile, avant les ressortissants de pays en crise comme les Afghans, les Soudanais ou les Syriens.

Un "pays sûr" selon l'Europe et la Belgique
L'Albanie est qualifiée de "pays sûr" par l'Europe et la Belgique. Cette qualification ne dispense pas les autorités d'examiner les demandes individuelles des candidats à l'asile conformément à la Convention de Genève qui protège les potentielles victimes de persécution du fait de leur race, de leur religion, de leur nationalité, de leur appartenance à un certain groupe social ou de leurs opinions politiques.

Pour les ressortissants de pays sûrs, l'examen des dossiers suit une procédure accélérée. Le taux de reconnaissance des demandeurs d'asile albanais est particulièrement faible. Il est de 5% en Belgique.

La Belgique a enregistré 882 demandeurs d'asile albanais en 2017, une moyenne de 73 demandes par mois restée stable au premier trimestre 2018. L'Albanie se trouve à la cinquième place des pays en provenance desquels sont originaires les candidats à l'asile en Belgique.

L'Allemagne a été le premier pays de l'UE à constater une hausse spectaculaire du nombre de demandeurs d'asile albanais. Le gouvernement Merkel a dès lors qualifié l'Albanie de "pays sûr" en 2015 et mené une politique de renvoi plus coercitive. La Belgique qui inscrivait l'Albanie sur la liste des pays dits sûrs depuis 2012 a fini par obtenir l'aval du Conseil d'Etat en 2016.

Après l'Allemagne, l'exode de candidats albanais à l'asile s'est poursuivi de façon spectaculaire dans d'autres pays, singulièrement en France. Le ministre français de l'Intérieur Gérard Collomb s'est rendu en décembre dernier à Tirana pour sceller une coopération avec les autorités locales. Même s'il est resté élevé, le nombre de demandeurs d'asile albanais a fortement diminué dans l'Hexagone au premier trimestre 2018.

Les pays qui réagissent face à cette situation - la Belgique, l'Allemagne, la France, la Suède et les Pays-Bas - sont membres de l'espace Schengen qui facilite la circulation des ressortissants sans visas. Les citoyens albanais sont exemptés de visa depuis 2010 lorsqu'ils circulent temporairement dans l'espace Schengen. C'est par ce truchement qu'ils introduisent leurs demandes d'asile, un certain nombre d'entre eux restant dans l'espace Schengen après avoir été déboutés. Ces dernières années, les autorités européennes pressent Tirana de dissuader les candidats albanais à l'asile.

"Les gens vivent en dessous des conditions minimales de survie"
Sur place, la réalité explique cet exode. Cité par le Balkan Insight, le sociologue Roland Lami, professeur à l'université européenne de Tirana, indiquait en 2016 que "l'instinct de survie est plus fort que le pouvoir de la raison". Selon lui, "les gens vivent en dessous des conditions minimales de survie" et ils sont dès lors "prêts à tout pour fuir les difficultés économiques de l'Albanie, même s'ils savent que leurs chances de succès pour obtenir l'asile sont proches de zéro". L'Albanie est un des pays les plus pauvres du continent européen. Selon la Banque mondiale, le taux de chômage des jeunes y dépassait les 33% en 2017.

A l'exception de la période communiste de strict encadrement démographique, l'Albanie, restée fort rurale, a toujours été un pays d'émigration, vivant largement de sa diaspora (1 million de personnes pour une population de 3 millions d'habitants). Sa population est en constante diminution malgré un taux de fécondité supérieur à la moyenne européenne. Professeure à l'EHESS-Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris, Nathalie Clayer rapportait en 2017 dans L'Express qu'outre les problèmes économiques, l'immobilisme politique expliquait également l'exode des jeunes Albanais. "L'alternance politique, il y a quatre ans (gouvernement social-démocrate, Ndlr), n'a pas apporté de changement à la situation dans le pays. La corruption et le clientélisme sont toujours aussi élevés", notait-elle.

Par ailleurs, ceux qui fuient des persécutions liées au trafic d'êtres humains, à la vendetta ou à la maffia locale se trouvent mêlés au flot des exilés. S'ajoute à cela, la problématique de la minorité Rom, qui, si sa situation s'améliore dans les Balkans, reste souvent discriminée, selon un récent rapport du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).

La police pousse à réintroduire une politique de visa pour les Albanais
En Belgique et en Europe, certaines autorités, policières et politiques, voient dans l'immigration illégale de ressortissants albanais un facteur propice au développement de réseaux de criminalité albanais, actifs notamment dans le trafic de drogues et le grand banditisme. Le Tijd indiquait fin mars que les services policiers poussaient à réintroduire une politique de visa en Belgique, pour les Albanais, une perspective vécue toutefois comme une "bombe atomique diplomatique" dans les milieux politiques. Elle entraînerait en effet la fin de la coopération en matière de politique d'expulsion des personnes en séjour illégal.

  1. Gouvernement ouvert à la société civile: vraie idée ou coup de communication d’Ecolo?
    Analyse

    Gouverne­ment ouvert à la société civile: vraie idée ou coup de communica­ti­on d’Ecolo?

    Un gouvernement wallon minoritaire PS-Ecolo appuyé par des représentants du monde associatif, est-ce vraiment possible? Que renferme exactement la notion de société civile? Comment cette majorité originale pourrait-elle être mise sur pied et est-elle réellement “plus démocratique”? Quels sont les (dés)intérêts des différents partis? Le MR, qui n’a pas été consulté pour la formation d’une coalition, a-t-il des raisons de se sentir floué? Tentative de réponses avec le politologue de l’ULB, Pascal Delwit.
  2. L’affaire Pauwels bouleversée par une histoire de cœur? “Le chef d’enquête a pollué ce dossier comme un cancer”

    L’affaire Pauwels boule­versée par une histoire de cœur? “Le chef d’enquête a pollué ce dossier comme un cancer”

    Me Frank Discepoli, avocat de Farid Hakimi, principal inculpé dans le cadre du dossier des home-jacking dans lequel est inculpé l'animateur Stéphane Pauwels, a demandé à la chambre des mises en accusation de la cour d'appel du Hainaut de prononcer l'irrecevabilité des poursuites, estimant que le chef d'enquête "a pollué ce dossier comme un cancer" en faisant des promesses à un autre inculpé. Il a été imité par d'autres avocats scandalisés par la tournure que prend ce dossier.