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Johnny Hallyday, un dieu en Wallonie ignoré en Flandre

"God in Wallonïe, genegeerd in Vlaanderen". "Un dieu en Wallonie, ignoré en Flandre": dans sa couverture de jeudi, Het Belang van Limburg ne pouvait pas mieux résumer le contraste entre le nord et le sud du pays après la mort de Johnny Hallyday. Si les médias francophones sont en boucle depuis mercredi matin, la presse flamande n'accorde pas la même importance à la disparition du chanteur.

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"En 1981, Johnny s'est produit à Anvers. Et bien, il n'y avait même pas 500 personnes qui étaient présentes"

Le chanteur flamand Boogie Boy
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Un médaillon en couverture et une double-page dans Het Laatste Nieuws, une double-page dans Het Nieuwsblad: en Flandre, le décès de Johnny Hallyday n'est pas l'événement de la semaine, même si la mort du chanteur est évoquée avec intérêt.

"Chez nous au journal Het Laatste Nieuws, on a senti que la fin était proche et on avait déjà préparé un long article qui était prêt pour notre édition digitale", nous indique le journaliste flamand Erwin Verhoeven . "Ensuite j'ai retravaillé l'article en fonction de l'actualité. On avait prévu un texte de 200 lignes, qui est finalement devenu deux pages, car nous avons constaté dans les chiffres que cela intéressait nos lecteurs. Ce n'était pas Elvis Presley mais quand même quelqu'un d'important."

Si la popularité de Johnny en Flandre est incomparable avec celle en Wallonie, le rockeur avait une base de fans néerlandophones. "La génération avant moi, celle de mes parents,  a grandi avec toute une série de vedettes françaises : Johnny Hallyday, Brigitte Bardot, Jean-Paul Belmondo, Louis De Funès, ...", souligne Erwin Verhoeven. "A l'époque, les Flamands regardaient leurs films et écoutaient leurs chansons. Ce n'est plus vraiment le cas aujourd'hui, même si Johnny est resté une icône pour cette génération. Au même titre que si Brigitte Bardot devait mourir, on l'évoquerait en Flandre."

Johnny moins fort que la culture flamande
Avec le temps, cet intérêt envers Johnny Hallyday a progressivement disparu. "Moi qui vit à la frontière linguistique, je constate qu'il est resté une immense vedette auprès des jeunes francophones alors qu'en Flandre, il a quasiment été oublié. On peut l'expliquer par la forte présence de la culture anglo-saxonne qui a, peu à peu, détourné l'intérêt des flamands pour la culture française. Sans oublier que la connaissance de la langue française a fortement diminué."

La culture flamande a aussi été complètement chamboulée à la fin des années 80, avec l'arrivée de la chaîne VTM. "La Flandre a commencé à développer une forte identité elle-même avec des artistes flamands", souligne Erwin Verhoeven. "Imaginer un groupe flamand comme Clouseau qui parvenait à remplir le Sportpaleis plusieurs fois d'affilée était quasiment impensable. Et pourtant..."

Un avis partagé par le chanteur flamand Bart Van Loo dans Het Belang Van Limburg. "Pourquoi Johnny n'a-t-il pas connu plus de succès en Flandre? Sans doute à cause de l'arrivée de la musique anglo-saxonne dans les années 60. Nous avons admiré les Beatles, les Rolling Stones et The Who. Mais en France, ils avaient Johnny Hallyday. Il a sorti des tubes en version française. De très bons tubes d'ailleurs."

(lire la suite de l'article plus bas)

Johnny Hallyday vu par la Flandre: dans Het Laatste Nieuws, on revient sur sa vie dans deux pages spéciales.
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Johnny Hallyday vu par la Flandre: dans Het Laatste Nieuws, on revient sur sa vie dans deux pages spéciales. © DR

"Il a été complètement ignoré"

Une page pour Johnny jeudi dans Het Belang Van Limburg: "Le 'Belge' qui a été ignoré en Flandre"
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Une page pour Johnny jeudi dans Het Belang Van Limburg: "Le 'Belge' qui a été ignoré en Flandre" © DR

Het Belang van Limburg a d'ailleurs choisi de traiter la mort du rockeur sous cet angle: pourquoi était-il si populaire en Wallonie et moins en Flandre? Le quotidien a interrogé plusieurs personnalités pour comprendre le phénomène."Franchement, je pense que chez nous, il n'y a qu'une personne plus importante que Johnny, c'est le roi", précisait le journaliste Christophe Deborsu.

Le chanteur flamand Boogie Boy pense aussi que le style de Johnny ne correspondait pas à ce que recherchaient les Flamands. "Sur scène, il avait une attitude très démonstrative. Pour eux, cela peut donner le sentiment que tout est faux, mais c'est un sentiment erroné."

"En 1981, Johnny s'est produit sur la scène anversoise de la Reine Elizabeth", se souvient Boogie Boy. "Et bien, il n'y avait même pas 500 personnes qui étaient présentes. Ici en Flandre, personne ne s'intéressait à Johnny. Il a été complètement ignoré."

Il faut tout de même préciser que cette période correspond à un moment très creux de la carrière de Johnny.  "Dans les années 80, plus personne ne voulait entendre parler de lui. Sa résurrection a aussi contribué à forger sa légende", commente Christophe Deborsu.

Het Nieuwsblad est lui aussi revenu sur la carrière du chanteur dans une double-page.
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Het Nieuwsblad est lui aussi revenu sur la carrière du chanteur dans une double-page. © DR