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"L'urgence doit aller au-delà du climat": on vous explique le dernier rapport du GIEC

Si le réchauffement climatique venait à dépasser les +1,5°, les conséquences pourraient être lourdes. Le rapport du GIEC nous apprend que la vie sur Terre et notre économie pourraient être lourdement impactées. Ainsi, il va falloir agir rapidement et taper fort. Décryptage.

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Jusqu'ici les politiques font la politique de l'autruche depuis de nombreuses années

Sébastien Doutreloup

Les émissions de gaz à effet de serre générées par l'Homme ont fait grimper la température mondiale depuis la Révolution industrielle, il y a environ trois siècles. "S'il faut retenir deux choses de ce rapport, c'est que la température a déjà augmenté de 1°C sur les 100 dernières années. Si on continue ainsi, on dépassera un réchauffement de 1.5°C d'ici 2050", explique Sébastien Doutreloup, climatologue de l'Université de Liège.

Selon le Groupement d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), "il est probable" que le réchauffement atteigne 1,5° entre 2030 et 2052 s'il se poursuit à son rythme actuel. "Beaucoup de régions" connaissent un réchauffement encore plus rapide. Ainsi, l'Arctique se réchauffe deux à trois fois plus vite que la moyenne. Il y a donc urgence. 

+1,5° ou +2°, des effets bien différents
En 2015, "l'Accord de Paris" était signé lors de la COP21. Il avait pour ambition une action climatique à l'échelle mondiale comme jamais il n'en avait été connue notamment en visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Mais selon François-Marie Breon, chercheur climatologue au laboratoire des sciences et de l'environnement, "aucun gouvernement dans le monde n'a décidé de faire les efforts nécessaires pour lutter contre le changement climatique."

Sébastien Doutreloup va plus loin: "Jusqu'ici les politiques font la politique de l'autruche depuis de nombreuses années. Je pense qu'ils ont compris, mais qu'ils n'ont pas le courage de prendre des décisions parce que ce n'est pas porteur électoralement."

Une urgence à agir
Le but était de limiter l'élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°, en s'efforçant de ne pas dépasser 1,5°. Francois-Marie Bréon se veut pessimiste face à la situation climatique: "Si on veut stabiliser le climat entre 1,5° et 2°, ça demande une vraie mobilisation des acteurs de la société et de l'économie. Malheureusement, on n'en prend pas du tout le chemin."

"Quand on arrêtera de faire des bêtises, qu'on verra le monde en face de nous et pas dans nos petites frontières, on sera prêt à prendre des décisions. Je pense aussi qu'il faudra que les peuples du monde entier se liguent pour faire pression sur leurs dirigeants respectifs", avertit Sébastien Doutreloup. Pour François-Marie Breon, il faut que les choses bougent et vite: "Il nous reste une quinzaine d'années pour changer les choses. Nous ne sommes pas dans la bonne direction sur les émissions de gaz à effet de serre. Elles devraient diminuer mais elles continuent d'augmenter. Je n'ai pas l'impression que les engagements qui ont été pris soient mis en oeuvre."

Selon le rapport qui contient des informations scientifiques, techniques et socioéconomiques, 2.100 milliards d'euros d'investissements annuels seront nécessaires jusqu'en 2035 pour la transformation des systèmes énergétiques, soit 2,5 % du PIB mondial.

En quelques points...

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Le rapport de 250 pages a nécessité la participation de 86 auteurs principaux de 39 pays (seulement 39 % de femmes) et de dizaines d'experts pour la relecture. Les scientifiques exposent les conséquences d'un réchauffement des températures au-delà de 1,5° par rapport aux niveaux préindustriels.

• Les conséquences multiples: vagues de chaleur, extinctions d'espèces, déstabilisation des calottes polaires, baisse du rendement des cultures céréalières, perte de biodiversité, perte de récifs coraliens, fonte de la banquise, montée des océans sur le long terme... Limiter le réchauffement à 1,5° par rapport à 2° réduirait les risques sur les écosystèmes terrestres, d'eau douce, côtiers, marins et sur les services qui leur sont associés. 

• Pour les experts, il faut une réduction des émissions de CO2 de 45% d'ici 2030 et la réalisation d'une "neutralité carbone" en 2050.

• Il y a des différences significatives selon les régions du monde entre les conditions actuelles et un réchauffement de 1,5°, ainsi qu'entre 1,5° et 2°.

• Les impacts sur la santé, les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire, l'approvisionnement en eau, la sécurité humaine et la croissance économique vont augmenter par rapport à aujourd'hui.

Le chiffre

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5,5°. C'est la hausse des températures, par rapport à l'ère préindustrielle (environ 1850), estimée d'ici à 2100, si rien n'est fait pour infléchir la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Pour les scientifiques, une telle hausse aurait des conséquences délétères sur l'environnement.

La citation

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Je pense que l'urgence doit aller au-delà du seul climat... Il faut déclarer l'urgence environne­men­ta­le ! Le climat est un problème, mais je pense que l'environ­ne­ment est un problème bien plus grave. Il suffit de regarder les chiffres de dépasse­ment de seuil de pollution en Europe (et en Belgique particuliè­re­ment). L'environ­ne­ment dans lequel nous vivons nous tue à petit feu. Si on règle ce problème environne­men­tal, on réglera en partie aussi le problème climatique

Sébastien Doutreloup

L'infographie

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Synthèse du rapport du GIEC. (Infographie réalisée par 7sur7) © Piktochart