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La colère des agriculteurs, c'est pour lundi

VideoBruxelles s'apprête à accueillir lundi plusieurs milliers d'agriculteurs mécontents des prix du lait et du porc, à l'occasion d'un conseil extraordinaire des ministres européens de l'Agriculture convoqué notamment à la demande de la Belgique et de la France. Des perturbations importantes et des ralentissements sont attendus dès dimanche sur le réseau routier wallon mais aussi à Bruxelles. De nombreux axes seront concernés. Dans la capitale, l'offre de transports en commun sera également modifiée.

En Wallonie, les perturbations devraient concerner les principaux axes d'accès à Bruxelles, à savoir les autoroutes E411, E19, E40 et E429 ainsi que les routes N4, N5, N6 et N7.

Plusieurs centaines de tracteurs devraient rejoindre Bruxelles dimanche matin. Un départ est prévu entre 09h00 et 10h00 de Battice, mais surtout lundi dès l'aube depuis différentes villes du pays, rappelle la police fédérale. Les colonnes de tracteurs devraient quitter la capitale dès 16h00.

Un dispositif policier sera déployé les long des itinéraires conseillés, principalement via les routes nationales. Les manifestants et leurs tracteurs seront accompagnés par la police fédérale de la route.

Stib adaptée
Concernant la Stib, la station de métro Schuman restera fermée toute la journée de lundi. Les arrêts Charlemagne, Froissart, Breydel, Parc Léopold (bus 21), Livingstone (22) et Ambiorix (22) ne seront par ailleurs pas desservis. Il est conseillé aux usagers de rejoindre les arrêts Maelbeek (depuis Parc Léopold, Charlemagne, Livingstone ou Ambiorix), Nerviens (depuis Breydel) ou Froissart (arrêt provisoire rue Belliard) pour emprunter les bus.

La Stib précise que les lignes de tram 92 et 93, et de bus 14, 27, 29, 47, 57, 58, 61, 63, 64, 65, 66, 80 et 88 seront touchées par les perturbations liées à la manifestation, puisqu'elles se trouvent sur le parcours.

5.000 agriculteurs attendus avec leurs tracteurs
Plus de 5.000 agriculteurs et un millier de tracteurs devraient défiler dans les rues de la capitale pour dénoncer la chute constante de leurs revenus, qui menace selon eux la survie de nombreuses exploitations.

En Wallonie, sur 12.800 exploitations agricoles, 14% sont spécialisées dans le lait et 12% sont "mixtes" (viande bovine et lait), produisant 1,3 milliard de litres par an, à comparer aux 150 milliards de litres produits dans l'Union européenne.

Quotas
Ces producteurs sont désormais aussi déprimés que les prix qui, après la crise de 2009, s'étaient redressés jusqu'en 2013-2014, avant de chuter: en juin dernier, le prix moyen du litre de lait vendu par le producteur était de 28,2 centimes d'euro, soit 25% de moins qu'un an auparavant.

Les causes de cette baisse ne sont pas unanimement partagées. Certains font valoir la volatilité générée par la suppression des quotas laitiers le 1er avril dernier, qui a entraîné une surproduction néfaste car conjuguée à l'essoufflement de la consommation mondiale. La décision de la Chine de réduire ses importations de 20% de lait pèserait lourd à cet égard. Mais la crise de 2009 avait eu lieu à une époque où les quotas régulaient encore le marché.

D'autres mettent l'accent sur l'embargo russe. Si ses effets se font sentir en Belgique pour la poudre de lait, c'est surtout par ses répercussions indirectes que l'embargo pèse: des Etats voisins du géant russe, comme les pays baltes, se voient privés de leur plus important débouché, augmentant donc la production restant en Europe et faisant pression sur les prix.

Les prévisions ne sont pas optimistes pour les 4 à 5 mois à venir, même si un redressement est attendu en 2016. Largement le temps toutefois pour certaines exploitations de mettre la clé sous la porte, selon les fédérations agricoles.

Face à cette crise qui menace de devenir structurelle, la France et la Belgique sont à la pointe de la contestation et ont obtenu la tenue d'un conseil extraordinaire des ministres européens de l'Agriculture, ce 7 septembre à Bruxelles.

PAC
La Belgique espère une annonce dès lundi sur une aide de trésorerie pour les secteurs laitier et porcin, peut-être via une mobilisation de fonds provenant du "superprélèvement", la cagnotte des pénalités sur les dépassements de quotas laitiers. Quelque 450 millions d'euros non budgétés auraient été accumulés dans cette cagnotte et l'Allemagne, poids lourd de la PAC jusqu'ici réticente à ponctionner le super-prélèvement, semble plus encline à le faire sous la pression de ses agriculteurs.

L'Europe devrait accepter sans trop de difficultés l'anticipation des paiements sur les aides directes de la Politique agricole commune (PAC), une mesure non coûteuse qui ne réclamerait que le renoncement temporaire à certains contrôles. Mais la Commission européenne devrait en revanche se raidir sur la demande d'un relèvement - même très temporaire et encadré - du prix d'intervention, ce seuil de 17 centimes le litre - inaccessible pour les pays producteurs d'Europe occidentale - à partir duquel l'Union consent à acheter et stocker du lait avant de le revendre une fois le marché revigoré. Le commissaire à l'agriculture, Phil Hogan, craint en effet de renforcer la suproduction en ouvrant plus largement la perspective du stockage.

"On va à la confrontation"
À plus long terme, la Belgique réclame un mécanisme de stabilisation des prix, un discours régulationniste difficilement audible dans certaines capitales du Conseil européen. Dans leurs revendications, la Belgique et la France devraient pouvoir compter sur le soutien des pays méditerranéens tels que l'Espagne, l'Italie ou la Grève, ainsi que sur les Pays baltes où la crise est plus aiguë. Mais la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et d'autres pays nordiques sont en revanche plus fermés à tout mécanisme de régulation.

L'Allemagne, elle aussi réticente, montre des signes d'ouverture pour débloquer des aides à la modernisation. "Mais attention, tempère le ministre wallon de l'Agriculture René Collin, à ne pas garder que les grandes exploitations au détriment des moyennes". Le ministre ne se dit pas optimiste sur les positions que s'apprête à défendre la Commission, et qui pourraient se réduire à quelques aides nouvelles et le renfort des moyens de promotion.

"On va à la confrontation", résumait vendredi Luc Hollands, représentant du groupement de producteurs de lait MIG.