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La colère des victimes du 22 mars contre le gouvernement

UpdateL'une des associations d'aide aux victimes des attentats du 22 mars brise le silence. Selon elle, le gouvernement et notamment le SPF Justice jettent de la poudre aux yeux, malgré l'existence de nombreux dysfonctionnements. "Il faut arrêter avec des communiqués qui donnent l'impression que tout va bien", fulmine-t-elle.

"L'arbre qui cache la forêt". C'est en ces termes que Life4Brussels, l'une des associations de défense des victimes des attentats du 22 mars à Bruxelles, a accueilli les chiffres publiés par la Commission d'aide financière aux victimes le 18 septembre dernier.

Cette dernière évoquait les montants versés jusqu'à présent aux "336 requêtes" reçues au lendemain des attaques terroristes de Zaventem et Maelbeek. Une somme proche du million et demi d'euros qui a le mérite d'exister mais qui est "dérisoire" aux yeux de l'association.

"L'Etat essaie de recoller les morceaux"
"Contrairement aux chiffres évoqués, sur les 500 dossiers introduits auprès de la Commission, 235 personnes ont touché une aide d'urgence", corrige-t-on. "Cela revient à un montant de 6.335 euros par victime, une somme dérisoire au regard des dépenses liées aux soins nécessaires".

Une goutte d'eau qui a fait déborder le vase pour Life4Brussels qui pointe de nombreux dysfonctionnements dans la gestion post-attentats. "Il faut arrêter avec ces communiqués qui donnent l'impression que tout va bien", dénonce-t-on. "L'Etat essaie de recoller les morceaux et fait croire que les victimes sont concertées, mais leur avis n'est pas pris en compte. Or, au regard de leur quotidien, elles semblent avoir le vécu et l'expertise pour être écoutées."

Discriminations
Les avocats bénévoles de cette association (qui représente les intérêts d'une centaine de personnes) déplorent une fois encore les imprécisions et incohérences de la loi portant la création du statut de solidarité nationale pour les victimes d'actes de terrorisme et portant l'octroi d'une pension de dédommagement et du remboursement des soins médicaux à ses victimes ou ayants droit.

"Contrairement au code pénal, ce texte ne définit pas ce qu'est un acte terroriste", constate Me Valérie Gérard. Il renvoie à un arrêté royal, laissant la liberté au gouvernement d'en apprécier sa nature. En outre, la loi contient différentes discriminations, entre les personnes et à l'égard des étrangers."

"Quid si un fou tire en rue?"
Pour mettre en évidence leurs inquiétudes, les avocats de Life4Brussels comparent la tragédie du 22 mars avec une potentielle attaque en rue, à l'aide de couteaux ou d'armes à feu. 

"Les victimes du 22 mars ont pu bénéficier de l'application de la loi du 30 juillet 1979 (relative à la prévention des incendies et des explosions) pour Zaventem, de l'article 29 bis de la loi du 22 novembre 1989, pour les attentats de Maelbeek, ainsi que de la loi sur les accidents de travail. Elles n'ont donc pas dû attendre le résultat de l'enquête pénale que ce soit pour se retourner contre les auteurs, co-auteurs, complices (probablement insolvables), ou contre les pouvoirs publics pour être indemnisées. Mais qu'en sera-t-il le jour où un fou décide de tirer en rue? Un ouvrier de voirie sera couvert par l'assurance de son travail, mais pour le piéton non protégé, la loi ne prévoit qu'une indemnisation de 5.000 euros par an en cas d'invalidité à 50%, soit un montant inférieur au revenu minimum le plongeant dans la précarité", déplore Me Gérard.  

"Nous envisageons un recours devant la Cour constitutionnelle", avance-t-on du côté de l'association pour qui la liste des griefs ne se limite pas à ce texte de loi incomplet. "Encore aujourd'hui, on décide tout pour nous. Il nous a été refusé d'intégrer l'un des vingt groupes de travail de la Task Force interfédérale chapeautée par le ministère de la Justice; il vient juste de nous être concédé de faire partie du groupe guichet unique, un sujet qui nous tient à cœur." 

Débats majoritairement en néerlandais
"Aujourd'hui encore, des victimes sont ballottées d'un médecin conseil à l'autre. Nous avons le sentiment d'être méprisés par le gouvernement. Par exemple, lors des séances de la Task Force, nous avons dû nous battre pour obtenir un interprète francophone, les débats se faisant majoritairement en néerlandais. Et pendant ce temps, certaines victimes viennent de subir leur 18e opération depuis le drame. Nous ne demandons pas d'empathie, mais simplement une justice et des moyens".

Malgré les obstacles, les représentants de Life4brussels veulent garder le cap. "Nous irons jusqu'au bout, on s'est engagé pour les victimes. Mais maintenant, ça suffit! On ne veut plus se laisser faire".