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Bruno Lusakiovovo, le père de Simon Lembi, a appris la nouvelle dans son centre pour sans-abri © Baert Marc

La famille de Simon Lembi l'a attendu 20 ans: "Fous de joie mais de tristesse aussi"

Simon Lembi n'avait que 14 ans lorsqu'il a disparu de la circulation en 1999 à Bruxelles. Entre-temps tout le monde connaît l'issue heureuse de cette affaire vieille de 20 ans: l'homme aujourd'hui âgé de 33 ans vit à l'étranger sous une autre identité après avoir fui le "contexte familial difficile". Une fin réjouissante, mais sans retrouvailles. En effet, le trentenaire ne souhaite pas reprendre contact avec sa famille. "Nous sommes sous le choc", confie cette dernière.

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Je voudrais savoir à quoi ressemble Simon aujour­d'hui. Savoir ce qu'il fait dans la vie. S'il est marié. S'il a des enfants aussi

le père de Simon Lembi
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La photo de Simon Lembi diffusée lors de sa disparition en novembre 1999. Il avait 14 ans. © belga

Le père de Simon Lembi se souviendra toujours de la journée d'hier. "On frappe à la porte, c'est un agent de police", relate Bruno Lusakiovovo qui porte un autre nom que son fils, ce qui est coutumier en Angola. "Le policier m'a dit assez rapidement qu'ils avaient retrouvé mon fils. Il a dit que Simon était vivant et qu'il allait bien. Je n'en croyais pas mes oreilles. J'en ai pleuré de joie". Après 20 ans sans réponse et autant de faits divers abominables, le père ne croyait plus à un heureux dénouement. "Cela faisait longtemps que je croyais que quelque chose de grave était arrivé. Parfois, je me disais même que Simon était mort". 

Tant de questions à lui poser
"J'ai posé beaucoup de questions à l'agent de police. Par exemple, je voudrais savoir à quoi ressemble Simon aujourd'hui. Savoir ce qu'il fait dans la vie. S'il est marié. S'il a des enfants aussi". Des questions que n'importe quel parent poserait immédiatement en apprenant que sa progéniture disparue durant 20 ans est en vie, à l'étranger. 

"J'ai demandé son adresse, ils ont refusé"
Mais ce temps qu'il souhaite rattraper, tout comme le reste de la famille d'ailleurs, Bruno Lusakiovovo n'en aura sans doute jamais l'occasion. "Le policier m'a simplement dit qu'il vit dans la région d'Amsterdam. J'ai demandé une adresse, il n'avait pas le droit de me la donner. Simon l'avait interdit (il soupire). Apparemment mon propre fils ne veut plus me voir. Ni moi ni personne de ma famille. Simon ne veut plus de contact avec nous. Il a même pris un autre nom". 

"Je le vois encore promettre de revenir avant 20 heures"
Pauline, la soeur aînée de Simon Lembi, confirme. "Nous sommes sous le choc. Je vois encore mon frère avec nous dans le salon", explique-t-elle au sujet de ce vendredi 12 novembre 1999 où il a quitté la maison pour ne plus jamais revenir. Elle avait alors six ans, son frère Simon 14. "Nous n'avions pas encore la TV. Et Simon avait eu l'autorisation d'aller la regarder dans un centre à quelques rues de chez nous. 'J'y vais' a-t-il dit. Je visualise encore très bien la scène. Il avait un sac avec lui, il a promis à maman de rentrer pour 20 heures".

"Il a avoué être le garçon disparu en Belgique"
La famille n'a jamais cessé de le chercher depuis 1999. "Nous sommes allés aux Pays-Bas à plusieurs reprises car il se disait dans la communauté qu'il vivait à Arnhem. Nous l'avons signalé à la police. Mais, comme nous, elle n'a jamais retrouvé sa trace". Finalement, un indice de la Cellule personnes disparues a permis d'élucider le mystère. L'homme a confirmé spontanément être Simon Lembi, disparu en Belgique, mais vivre sous une autre identité près d'Amsterdam. "Il a déclaré avoir quitté sa famille seul, de son plein gré, en 1999, pour des raisons familiales. Il n'avait donc pas été enlevé".

"Mes parents ne nous ont jamais maltraités"
Pour sa mère, apprendre qu'il refuse catégoriquement tout contact avec elle est excessivement douloureux. "Maman a pleuré. Elle a été très marquée par sa disparition. Peu après, elle avait été victime d'un AVC à cause de toute l'émotion causée. Depuis, elle est hémiplégique et réside dans un centre pour non-voyants à Bruxelles. Simon lui manque énormément. Et à nous tous aussi. Nous voudrions lui poser tant de questions. Mais pour cela il doit nous laisser avoir une place dans sa vie". Aujourd'hui âgée de 25 ans, la jeune femme dit ne pas comprendre pourquoi son frère a abandonné sa fratrie. "Mes parents ne nous ont en tout cas jamais maltraités si vous vous posez la question", affirme-t-elle avec force. 

"Il continuera à nous manquer"
Le père de Simon Lembi lui lance un appel: "S'il a honte de s'être enfui et n'ose pas nous regarder dans les yeux, il ne doit pas avoir peur. Nous ne sommes pas fâchés du tout. Seulement heureux. Fous de joie qu'il soit toujours en vie. La seule raison qui me vienne en tête, c'est que c'était très difficile pour nous à l'époque. Nous étions arrivés d'Angola quelques jours plus tôt. Nous étions pauvres et nous ne possédions rien en fait. Notre existence était faite d'incertitude. Peut-être a-t-il voulu échapper à cela?". Puis, il revient sur ses paroles: "J'ai dit que nous étions fous de joie. Mais en fait nous sommes aussi tristes. Parce que Simon continuera à nous manquer. Mon rêve, c'est que nous puissions un jour fêter tous ensemble l'anniversaire de Simon. Ce que nous n'avons plus pu faire toutes ces années". 

Sans-abri
Le père de Simon Lembi vit lui-même une situation difficile actuellement. Depuis peu, il est hébergé dans un centre d'accueil pour sans-abri à Anderlecht. "C'est un peu dur pour l'instant. J'ai perdu mon emploi dans une maison de repos. J'y distribuais les repas. Mais j'ai un nouveau travail en vue dans un supermarché. J'ai tellement à raconter à Simon. S'il nous lit: Simon, tu nous manques. Nous te voulons à nouveau dans nos vies".

Pour Alain Remue, de la Cellule personnes disparues, cette histoire doit avant tout redonner l'espoir aux familles. "Ce dénouement prouve que tout est toujours possible. C'est pour cela que je dis toujours qu'il ne faut jamais dire jamais", conclut-il.

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