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Le film que tout Cannes a adoré et qu'on a détesté

VideoCannes, 15h30. Cohue infernale sur la Croisette. Les organisateurs du Festival de Cannes l'avaient annoncé: il n'y aura qu'une vision du film de Jean-Luc Godard. Les journalistes ont donc dû se mêler aux invités en noeud papillon foulant le tapis rouge. Trop peu ont eu la chance de pénétrer dans la salle. Enfin, "la chance"... Pour ma part, j'aurais mieux fait de laisser mon siège à un confrère traînant sa haine d'être resté à la porte devant le tapis rouge.

"Adieu au langage" de Godard est un film qui n'excite que les cinéphiles cannois. Twitter est inondé de commentaires positifs et il a été chaleureusement applaudi en fin de projection. Il ne plaît en fait qu'à ceux qui se croient détenteurs du bon goût, qui ne poussent que les portes des petites salles de ciné indépendantes, qui critiquent tous les succès commerciaux. Ils honnissent généralement les films populaires, les comédies légères, les histoires compréhensibles. Ils vont au cinéma pour se prendre la tête, ils rient grassement aux éclats quand le personnage à l'écran, en train de se vider aux toilettes, annonce: "Je vous parle d'égalité, et vous me parlez de caca. Oui parce que il n'y a que la que nous sommes égaux." C'est chic de dire qu'on aime Godard. Ca fait bon genre. On se démarque de cette masse grouillante de gens qui aiment les choses simples.

On en fait partie, de ces gens-là. Et on a détesté "Adieu au langage", cette philosophie d'intello à deux balles, ce montage incompréhensible, ces images filmées à l'envers, ce chien qui ne sert à rien, le son qui va ultra fort à un moment et qui s'arrête brusquement au milieu d'une phrase, ces images floues, cette 3D inutile.

Et on déteste encore plus quand on constate que Godard ne prend pas la peine de faire le déplacement. Cannes, très peu pour lui. Il n'estime pas nécessaire de venir remercier les gens qui lui accordent encore de l'intérêt. C'est d'une prétention infinie. D'un mépris incroyable. Certains crient au génie, axant que Godard n'a pas besoin de venir défendre son film tant son talent est grand. A nos yeux, les gens les plus talentueux sont généralement dotés d'une humilité sans faille.

Le seul bon point d'"Adieu au langage" finalement, c'est sa durée: moins d'une heure et demie, ce qui en fait le film le plus court de la compétition.

Si Godard est primé en tout cas, ça ne réconciliera pas les gens "normaux" avec le Festival. Ils pensent souvent que les films présentés à Cannes, ou pire: récompensés, sont longs et ennuyeux. Par pitié, Jane Campion, ne leur donnez pas raison...