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Les transports en commun gratuits: bonne idée?

VideoLutter contre la pollution dans les villes et le réchauffement climatique passera forcément par une mobilité différente. A cet égard, l'une des propositions qui revient avec insistance dans la campagne électorale est celle de la gratuité (ciblée ou non) des transports publics. A des degrés différents, le PTB, Ecolo, le CDH et le PS plaident pour cette mesure qui fait débat dans le microcosme politique. Alors, idée réaliste ou fausse bonne idée? Qui paiera la facture? Quelles conséquences pour les navetteurs et les automobilistes? Analyse.

A la gauche du spectre politique, la gratuité des transports est à la mode dans la campagne électorale. Le PTB prône une gratuité totale. Le PS réclame la gratuité pour tous les Bruxellois d'ici 2024. Idem pour le cdH, qui a demandé au gouvernement bruxellois de lancer une étude en ce sens. Chez Ecolo, on propose la gratuité des réseaux STIB, TEC et SNCB pour les jeunes de moins de 25 ans, les personnes qui émargent au CPAS et les chômeurs. Avec un double objectif: social et environnemental.

"L'objectif premier de la mesure est en effet d'encourager l'usage des transports en commun. Dans la plupart des cas, il s'agit d'habitudes à prendre. Si on a pris l'habitude d'utiliser les transports publics, qu'on a trouvé la façon la plus flexible et efficace de se déplacer, il y a beaucoup de chances pour que la logique du tout à la voiture ne s'installe pas", nous explique-t-on du côté d'Ecolo, qui a le vent en poupe dans les sondages.

Toutefois, les Verts veulent y aller progressivement et provoquer un changement de comportement, de mentalité, en particulier chez les jeunes. "On cible surtout les personnes qui en ont le plus besoin et qui n'ont donc pas forcément une voiture, en l'occurrence les jeunes et les allocataires sociaux. On veut leur offrir des transports en commun gratuits pour créer un autre réflexe de mobilité. Nous pensons que cela facilitera leurs recherches et leur permettra de se (ré)insérer plus aisément dans la société active".

Une bonne mesure pour le climat?
Outre l'objectif social, la mesure vise surtout à diminuer la congestion automobile dans les grandes villes et par conséquent lutter contre le réchauffement climatique. Pourtant, certains experts sont assez dubitatifs à propos de l'impact environnemental d'une telle mesure. "Les expériences menées à Mons et Hasselt ont démontré que ce sont surtout les cyclistes et piétons qui avaient profité de la gratuité, et non les automobilistes", confiait Bart Jourquin, professeur en économie du transport, sur la RTBF.

Du coup, s'agit-il vraiment d'une mesure écologique? Ecolo répond par l'affirmative en prônant une vision à long terme. "Dans tous les cas, la diminution des émissions de CO2 est liée à cet usage des transports en commun dans le temps. Par ailleurs, il y a de fortes probabilités que les personnes visées n'achètent pas de voiture grâce à ces habitudes prises, ce qui va contribuer à faire baisser les émissions de CO2".

Quid de la fréquentation?

D'autres questions se posent également, comme le coût et la capacité du réseau de transport à absorber le surplus de navetteurs. "Sur le papier, je peux comprendre que ce soit une offre alléchante", reconnaît Emmanuelle Brunetti, experte en mobilité chez Traject, un bureau conseil spécialisé en mobilité et circulation. "Après, je ne sais pas si c'est gérable financièrement. Est-ce que ce serait compensé par une hausse des impôts? Et puis, il faut aussi pouvoir absorber le flux supplémentaire de navetteurs. Du côté de la STIB, on nous dit régulièrement que le réseau est proche de la saturation. Je peux comprendre que le Luxembourg le fasse car il y a plus de ressources financières et le territoire est plus petit. Mais est-ce vraiment le prix du transport qui freine les gens? Je n'en suis pas sûre", poursuit la spécialiste, qui prône une mobilité plus flexible pour les travailleurs.

Davantage qu'à la gratuité, Emmannuelle Brunetti croit plutôt au "budget mobilité" pour les travailleurs qui bénéficient d'une voiture de société. Un dispositif qui permet à l'employé d'échanger sa voiture de société contre un montant annuel virtuel qu'il peut consacrer librement à un véhicule plus écologique et/ou à des moyens et des services de transport durables. Toutefois, elle estime qu'un prix de transport moins élevé pour certaines catégories de populations n'est pas forcément une mauvaise idée.

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Emmanuelle Brunetti, experte de la mobilité en entreprise (bureau Traject) © rtbf

Qui paie la facture?

Citation

Le fait de cibler un public spécifique permet de ne pas faire face à des budgets inconsidé­rés. Le coût de cette mesure est estimé à environ 300 millions par an, pour l'ensemble des transports en commun (TEC, STIB, SNCB)

Pascal Devos, porte-parole d'Ecolo

Qui dit gratuité, dit recettes en moins pour les sociétés de transports publics. Par conséquent, qui comblera ce manque à gagner? La facture ne risque-t-elle pas de revenir comme un boomerang dans le visage du contribuable? Pour financer cette mesure, Ecolo compte s'attaquer aux voitures de société. "Un ménage disposant d'une voiture de société coûte 493 euros par mois aux finances publiques, contre 94 euros pour les ménages utilisant les transports en commun (...) En réduisant de moitié les dépenses liées aux voitures de société, nous pourrions payer le grand plan déjà évoqué et cette gratuité", expliquait Jean-Marc Nollet, coprésident d'Ecolo et député fédéral.

Au sein du MR, on accuse Ecolo de vouloir "raser gratis". "Cela plaît aux électeurs dans un contexte de campagne mais la gratuité, ça n'existe pas. A la fin, il y a toujours le citoyen ou l'entreprise qui paie", dénonçait Georges-Louis Bouchez, délégué général du parti libéral, dans La Libre. 

La réponse des Verts? "Le fait de cibler un public spécifique permet de ne pas faire face à des budgets inconsidérés. Le coût de cette mesure est estimé à environ 300 millions par an, pour l'ensemble des transports en commun (TEC, STIB, SNCB). Ce montant s'inscrit dans l'investissement global de 7 milliards d'euros que nous voulons réaliser sur la législature pour tous les transports en commun en vue d'augmenter l'offre, renforcer la ponctualité et offrir ainsi une vraie alternative au 'tout à la voiture'.

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Jean-Marc Nollet (Ecolo) veut s'attaquer aux voitures de société, beaucoup trop nombreuses en Belgique selon lui. © belga
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