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Michael Jackson était à Couleur Café, comme Ayo, Ben Harper, Khaled et le soleil

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Tour et Taxis était envahi hier soir, pour la première fois du week-end, par une tripotée de personnes bien décidées à faire la fête. A 20 h, le site était bondé, les stands de la rue du Bien Manger connaissaient un gros coup de rush et ça affluait encore de partout le long du canal. Il n'y avait plus de tickets en vente, pas même à l'entrée, mais quoi de plus normal? L'affiche de ce vendredi soir était juste énorme.

Notre soirée à nous a commencé avec Amadou et Mariam et leur étonnante candeur. Le couple de musiciens aveugles a aspergé la foule compacte et motivée de messages d'amour, aux rythmes endiablés. Le soleil était encore haut dans le ciel, les bras unanimement levés et les jambes excitées détonnaient avec les positions plutôt statiques des deux chanteurs.

"Bruxelles, vous avez la classe"
En même temps et sous tente, Rohff défendait sa place de leader du rap français. Le beat, excellent, se prenait en pleine poitrine et les paroles, pour ceux qui voulaient suivre (ou comprendre) ce qu'il disait, défilaient derrière lui. Rohff n'a pas démérité, les fans du genre semblaient plutôt satisfaits. Il a quitté la scène à l'heure dite, justifiant sa ponctualité par ces mots: "C'est un festival avec plein de musiques différentes. J'ai du respect pour les autres, je m'en vais. Mais on va leur montrer qu'avec un hip-hop authentique, on va tous les mettre à l'amende." Bruxelles n'a pas hésité à se manifester bruyamment, ce qui a valu un "vous avez la classe" d'un Rohff ravi.

Ayo se produisait ensuite sur la grande scène. C'était l'un de ses tout premiers concerts depuis son intervention chirurgicale liée à une grossesse extra-utérine. L'émotion de la chanteuse était palpable. Nettement moins bavarde que lors de son dernier passage à l'Ancienne Belgique, elle était également moins souriante. Dans la foule, l'écoute était étrangemment respectueuse pour un festival. Peut-être parce que cette fois, il s'agissait de profiter vraiment de la musique plutôt que d'écouter d'une oreille tout en hurlant sa commande de choppes au bar?

Michael Jackson était aussi à Couleur Café
Ayo a touché droit au coeur quand elle a rappelé à tous que "le plus important, c'est d'être soi-même. N'écoutez jamais ce qu'on vous dit." Elle fut la première enfin à rendre hommage à Michael Jackson. Son "God bless your soul" adressé au ciel a rendu Couleur Café hystérique, et on ne vous parle même pas de sa reprise d'I want you back. Un vraie moment de communion, la même pensée dans les esprits. "Jackson ne mourra jamais", déclarait Ayo, et elle a tout à fait raison. C'est en larmes, émue par la disparition du King et par les marques d'attention témoignées qu'elle s'est effacée, laissant la place à Ben Harper.

Au risque de s'attirer les foudres des admirateurs, Harper, malgré son immense talent, n'a jamais réussi à vraiment capter notre attention lorsqu'il se produit en festival. Trop de bruit, trop de monde, trop de passages musicaux électriques et puissants mais trop longs... Keziah Jones, au contraire, a réussi à scotcher l'assemblée, énorme, de la tente Fiesta. Il y avait un monde de fou pour l'applaudir, et c'est torse-nu et en nage qu'il a terminé son set. Il a prouvé en tout cas que son retour aurait mérité une place sur la grande scène.

20 ans d'existence et c'est mérité
C'est sur la prestation de Khaled et ses rythmes arabisants que nous avons déserté l'endroit. Couleur Café a prouvé en une soirée qu'il était normal qu'il ait atteint les 20 ans d'existence. L'affiche est un mélange de genre savoureux, l'ambiance est bon enfant, éclectique et familiale, l'odeur des épices qui flotte dans l'air nous projette à milles lieues de la capitale, le festival est incontournable pour débuter l'été sur des chapeaux de roues. Et si en plus le soleil était de la partie, comme hier et comme cela devrait être le cas encore aujourd'hui, c'est tout simplement le bonheur!

Déborah Laurent