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Me Sébastien Courtoy, avocat de Mehdi Nemmouche. © belga

Nemmouche a été piégé selon la défense: "On a trop de preuves"

UpdateL'avocat de Mehdi Nemmouche, Me Courtoy, a poursuivi jeudi sa plaidoirie, en affirmant, comme attendu, qu'il allait démontrer que son client avait été piégé. "On a trop de preuves, il a fallu travailler pour les sélectionner", a-t-il ajouté à l'attention du jury de la cour d'assises de Bruxelles. Après être revenu sur de présumées incohérences relatives aux témoignages des propriétaires de l'appartement de Molenbeek-Saint-Jean, Me Courtoy a évoqué les vidéos de revendication.

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Mehdi Nemmouche n'est pas le tueur du Musée juif car le 24 mai 2014 vers 16h00 il a été vu arrivant à son logement de Molenbeek-Saint-Jean avec un sac de couchage, et venant du sens opposé au musée. Voilà le premier argument développé par la défense de l'accusé, pour démontrer son innocence.

Se basant sur le témoignage de la propriétaire de l'appartement que Mehdi Nemmouche a loué en mai 2014, rue Saint-Joseph à Molenbeek-Saint-Jean, le pénaliste a avancé son premier argument qui prouve selon lui l'innocence de son client.

"La propriétaire dit un élément capital. Elle croise Nemmouche vers 16h00 le 24 mai 2014. Il vient du sens opposé au Musée juif et, dit-elle, avait trois sacs dont un sac de couchage. Est-ce que le tueur avait un sac de couchage? Non", a avancé l'avocat.

"Il faut mettre ça en parallèle avec le témoignage de son mari. Il a affirmé qu'il a donné le code Wifi à Mehdi Nemmouche le 24 mai et pas la veille, date à laquelle des recherches sur le Musée juif sont faites à partir de l'ordi 'de Mehdi Nemmouche on va dire'. Et donc le 23 mai, c'est quelqu'un d'autre qui est dans l'appartement", a-t-il poursuivi.

"Ça prouve donc deux choses: premièrement, la personne qui se trouve dans l'appartement le 23 mai et qui a fait ces recherches sur Internet ne veut pas que du bien à Mehdi Nemmouche. Deuxièmement, cette personne a donc accès à tout : ordi, vêtements etc.", a ajouté Me Courtoy.

Le fait que Mehdi Nemmouche n'a demandé le code d'accès au Wifi de l'appartement que le 24 mai alors que des recherches "incriminantes pour lui" ont déjà été faites la veille "prouve que d'autres personnes sont dans l'appartement", toujours selon Me Courtoy.

La vidéo de revendication confirme la théorie du piège selon l'avocat
"Elles font partie des services pour lesquels Mehdi a travaillé", affirme-t-il. "Elles sont dans l'appartement et ont accès à tout."

Les sacs que l'accusé portait lui avaient été remis rue Piers, à Molenbeek, et il devait les transmettre aux personnes se trouvant dans son appartement, a aussi dit le pénaliste.

La vidéo de revendication confirme la théorie du piège, à plusieurs égards, selon lui. "On a trop de preuves, il a fallu travailler pour les sélectionner."

Première preuve pour la défense, la mise en scène de cette vidéo, avec les objets déposés sur des sacs poubelles, n'a été faite que pour laisser des traces. "On y retrouve quatre traces de semelle. Ce sont toutes des semelles gauches. On savait beaucoup de choses sur Nemmouche, pas qu'il était unijambiste", a ironisé son avocat.

Autre élément de défense: la vidéo de revendication en elle-même. "Le type qui revendique est handicapé linguistiquement, il faut huit fautes en cinq minutes. On vous a infligé 15 heures de Mehdi Nemmouche (ses auditions en France, NDLR)", a-t-il adressé aux jurés. "Et qu'est-ce qu'il en sort? Il a un français impeccable, ne fait jamais une faute, pas une seule. Conclusion ? Ce n'est pas lui" dans la vidéo.

Me Courtoy remet en doute la comparaison de l'expert vocal
L'avocat a encore lourdement remis en doute la comparaison de l'expert vocal, qui avait estimé, sur base des auditions, que la voix de l'accusé était celle de l'auteur des vidéos.

Il a aussi pointé le fait que l'ADN de son client ne se trouvait pas sur le drap avec une inscription en arabe qui apparaît dans ces vidéos, alors que l'expert en la matière avait indiqué que le tissu était un très bon récepteur et qu'écrire sur ce support avait dû nécessiter d'intenses manipulations.

Pour Me Courtoy, le véritable revendicateur serait une personne venue de Paris pour chercher des affaires chez le seul ami connu de Mehdi Nemmouche, dans le nord de la France.

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Me Courtoy accuse l'ex-otage français Nicolas Hénin d'avoir menti
L'avocat a ensuite pointé le témoignage du journaliste français Nicolas Hénin, qui était venu devant la cour d'assises désigner Mehdi Nemmouche comme son geôlier.

Le dossier concernant la prise d'otage de quatre journalistes en Syrie sera plaidé en France, a rappelé Me Courtoy. Deux d'entre eux étaient venus dire devant la cour qu'ils avaient reconnu l'accusé comme étant l'un de leurs tortionnaires.

"Si le fait d'avoir été détenu par les dingues de l'Etat islamique fait de vous une victime, cela ne vous donne pas le droit de venir mentir pour faire condamner un innocent", s'est emporté l'avocat.

Ce dernier a principalement fait référence aux auditions du journaliste Nicolas Hénin, en mai et juin 2014, soit avant et après les faits.

Selon Me Courtoy, un procès-verbal de la DGSI du 30 mai, soit le jour de l'arrestation de Mehdi Nemmouche, indique que les enquêteurs savaient déjà qu'il était le djihadiste connu sous le nom d'Abou Omar. Pourtant, il a été dit que c'était grâce au témoignage du journaliste, le 2 juin, que ce lien avait été fait, a relevé le pénaliste.

Citation

"Traitez moi de nazi, de complotis­te... tout ce que vous voulez, mais moi je ne manipule pas les dossiers"

Lors de cette audition, Nicolas Hénin, qualifié d'"expert ès mensonge" par l'avocat de la défense, aurait affirmé que Mehdi Nemmouche lui avait dit en Syrie qu'il allait "buter une Israélite". Il n'aurait donc pas employé le terme "fumer" qui a été souligné par l'accusation comme étant un mot utilisé à plusieurs reprises par l'accusé. Ce terme n'aurait été évoqué que dans une audition suivante, le 3 juin, pour "coller" aux thèses des enquêteurs, selon Me Courtoy.

Le journaliste n'avait par ailleurs pas évoqué cette annonce de Mehdi Nemmouche lorsqu'il a été entendu début mai, soit trois semaines avant les faits, a dénoncé l'avocat.

"Traitez moi de nazi, de complotiste... tout ce que vous voulez, mais moi je ne manipule pas les dossiers", a-t-il insisté.

"Bendrer est innoncent"
Nacer Bendrer est innocent, il n'a pas fourni d'armes à Mehdi Nemmouche, selon l'avocat de ce dernier. Pour Me Courtoy, le Marseillais a passé un accord avec les enquêteurs, ce qui lui a permis d'être remis en liberté. "Il a dit ce qu'on attendait de lui", a martelé jeudi l'avocat.

Nacer Bendrer, qui "aime la vie, passer du temps dans son jacuzzi" avec sa compagne, "on l'a rendu fou quand on l'a enfermé au sous-sol de la police fédérale" puis à l'isolement, a asséné Me Courtoy, qui a qualifié ces locaux de "zoo".

C'est une "farce" de prétendre que le Marseillais est radicalisé, selon le conseil de Mehdi Nemmouche.

S'il a bénéficié d'une libération conditionnelle en novembre 2016, après près de deux ans de détention, c'est parce qu'il a passé un accord avec les enquêteurs pour enfoncer son client, maintient Me Courtoy. "Il a pu rentrer chez lui en jet privé alors que selon son mandat d'arrêt rédigé par la juge d'instruction, il était décrit comme d'une dangerosité extrême, avec un profil psychologique inquiétant...", s'étonne l'avocat.

Dans le sac d'armes dérobé par Nacer Bendrer à un rival marseillais et dont pourraient être issues celles utilisées au Musée juif, il n'y avait par ailleurs pas de revolver, a encore souligné Me Courtoy.

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Me David Ramet, avocat de la famille Riva. © epa

"Un argumentaire qui relève littéralement de la fumisterie"
"La tension est palpable, c'est extrêmement rare. Je vous avoue que selon moi, on est la limite d'un système", a commenté au pied du palais de Justice Me Ramet, l'avocat de la famille Riva, à la suite de la première partie de la plaidoirie de la défense de Mehdi Nemmouche devant la cour d'assises. Au cours de ses premières déclarations, Me Courtoy a critiqué ici ses confrères, là le monde judiciaire dans son ensemble mais également remis en doute la sincérité des témoins.

"C'est un argumentaire qui relève littéralement de la fumisterie, des grandes théories complotistes", a estime Me Ramet. "Je suis choqué par ce qui est dit (...) on cannibalise des PV, on prend des demi-déclarations, on prend des quarts de preuves, mais il n'y a rien de pertinent qui a été dit aujourd'hui."

Pour l'avocat de la famille Riva, "il n'y a rien dans ce dossier qui laisse à penser qu'il y ait eu d'autres personnes dans l'appartement. Le seul responsable c'est Mehdi Nemmouche. On a déjà souligné cela donc maintenant on essaye de s'en sortir avec ce qu'on a, soit pas grand chose."

Une défense "lâche, peu rigoureuse et très décevante"
"L'axe de la défense ne m'étonne pas du tout. Depuis le début, on assène des théories complotistes." Les attaques de Me Courtoy envers l'accusation, les avocats des parties civiles, les enquêteurs voire les témoins sont cependant "choquantes". "La tension est palpable, c'est extrêmement rare", selon l'expérience de Me Ramet.

Tout comme son confrère, Me Lurquin, qui représente une dame présente au musée lors de la tuerie, estime que la plaidoirie entamée jeudi "est extrêmement dure", "lâche, peu rigoureuse et très décevante".