Plein écran
Archives © photo_news

Non, les jeunes Flamands ne souhaitent pas instaurer la dictature

Selon un sondage de la VRT, plus d'un quart (26%) des jeunes Flamands qui se rendront aux urnes pour la première fois le 14 octobre prochain ne croirait plus en la démocratie et admettrait même lui préférer un régime "autoritaire". Une enquête aux conclusions médiatiques beaucoup trop alarmistes, selon les experts.

Ce 14 octobre prochain, 360.000 Flamands âgés de plus de 18 ans voteront pour la première fois en Belgique. La VRT a dès lors sélectionné un échantillon représentatif de 868 futurs "primo-électeurs" afin de sonder la conception politique de cette nouvelle génération de citoyens.

Génération anti-système?
Il ressort de cette enquête que plus d'un quart (26%) de ces électeurs ne considère pas la démocratie comme le meilleur système possible et lui préférerait un régime plus autoritaire. Cet échantillon brille également par son ignorance (nom du bourgmestre de sa ville, partis de la coalition fédérale, etc.) et trouve la politique profondément ennuyeuse.

L'article intégral original à découvrir ici (traduction française ici). 

"Difficilement mobilisables"
Même s'il faut rester "vigilant" avec ce type de sondage, estime Catherine Xhardez, docteure en science politique, de nombreuses enquêtes ont déjà confirmé ce désintérêt progressif des jeunes pour la "chose politique", précise-t-elle: "D'ailleurs, quand le vote n'est pas obligatoire, il s'agit d'un groupe d'électeurs plus difficilement mobilisable".

Les jeunes non issus de l'enseignement général (formation professionnelle) se déclarent plus massivement contre la démocratie (+50%): "L'aspect socio-économique comporte des variables importantes à prendre en considération pour analyser le rapport des jeunes au vote et à leur système politique", ajoute-t-elle. 

Remise en question de la démocratie
"On remarque dans plusieurs pays que la démocratie telle qu'on la connaît est remise en question par les citoyens, que ce soit avec la montée de partis populistes/nationalistes ou l'avènement de leaders autoritaires. Il est certain que la démocratie libérale se trouve à un point critique et qu'elle est remise en cause par des segments de la population: comme le sondage le montre, la démocratie n'est plus forcément considérée comme le modèle du futur ou, du moins, le choix futur des citoyens". 

Effet générationnel
"On pourrait se demander si ce n'est pas un effet générationnel aussi. Ces jeunes primo-votants sont nés entre 1995-2000, bien après la Chute du Mur de Berlin, et n'ont connu comme système politique que la démocratie... Et cette démocratie doit aujourd'hui faire face à de nouveaux défis importants, comme la révolution des technologies, les crises économiques et la question identitaire", conclut-elle.

Vigilance
Catherine Xhardez met en garde quant à la lecture des résultats de ces sondages, à leur interprétation excessive et à leurs conclusions souvent simplifiées destinées au grand public: "Le sondage est-il réellement représentatif? Quelles ont été ses conditions de réalisation?", insiste-t-elle, tout en rappelant que l'angle d'analyse reste déterminant: en effet, selon ces mêmes conclusions, "ils sont donc toujours 74% à penser que la démocratie est la meilleure forme de gouvernance".

Dédramatiser la situation
L'avis d'Émilie Van Haute, professeure et directrice adjointe du Centre d'étude de la vie politique (Cevipol), s'inscrit dans la même réflexion d'apaisement. Selon elle, il convient avant tout de dédramatiser et de ne pas tirer de conclusions hâtives de ce type de sondage. Elle précise que la connaissance politique a toujours été relativement faible chez cette portion de la population citoyenne, au nord comme au sud du pays, d'ailleurs. Un phénomène davantage observé en Belgique en raison de la complexité de son organisation politique et de ces nombreux niveaux de pouvoir.

Alarmisme inapproprié
Si elle constate un détachement général de la population à l'égard de la politique, elle n'y voit pas une tendance particulièrement inquiétante chez les jeunes ou qui serait en rupture totale avec celle de leurs prédécesseurs. Elle déplore, en revanche, le traitement réducteur réservé à cette enquête dans la presse. Des conclusions faussement alarmistes qui ne reflètent que partiellement la réalité de ce sondage, selon elle, moins préoccupant que certains se complaisent à affirmer.