Plein écran
Oscar Pistorius a utilisé un type de balles appelé "Black Talon" le 14 février 2013 lorsqu'il a tué sa petite amie Reeva Steenkamp. © reuters

Pistorius utilisait des balles interdites

VideoLa deuxième semaine du procès d'Oscar Pistorius se concentre sur l'autopsie et les détails du meurtre. Au coeur de l'affaire : l'arme utilisé par l'athlète pour abattre sa petite amie. Les balles - appelées "Black Talon" étaient interdites.

Citation

Les victimes de ces balles ont très peu de chances de survie à cause de l'hémorra­gie interne massive qu'elles causent

Andy Fuller, propriétaire au Cap d'un club de tir
Plein écran
© afp
Plein écran
© afp
Plein écran
© reuters
Plein écran
© ap
Plein écran
© epa
Plein écran
© epa

Il avait le droit de posséder une arme. Mais les balles utilisées étaient illégales. Oscar Pistorius a utilisé un type de balles appelé "Black Talon" le 14 février 2013 lorsqu'il a tué sa petite amie Reeva Steenkamp.

Comparables aux balles artisanales qu'on voit les assassins préparer au  cinéma en sciant une croix au bout du projectile, elles ont comme propriété que  la chemise de la balle s'ouvre comme les pétales d'une fleur lors de l'impact,  sur plusieurs centimètres dans les chairs.

"Cela provoque de graves dégâts... et c'est assez dangereux", explique à l'AFP Jacobus Steyl, un expert balistique qui corrobore la déposition du médecin légiste Gert Saayman. Depuis  lundi, celui-ci détaille crûment l'état du corps de Reeva Steenkamp, autopsié au  lendemain de la sinistre Saint-Valentin.
 
Les "Black Talon" sont conçues pour faire "un maximum de dégâts", a dit M. Saayman à la cour. "Les victimes de ces balles ont très peu de chances de survie à cause de l'hémorragie interne massive qu'elles causent", souligne aussi Andy Fuller, propriétaire au Cap d'un club de tir.

Tirées de près, elles tuent presque à coup sûr, comme dans le cas de Reeva  qui se trouvait à quelques mètres de Pistorius, uniquement séparée de lui par  une porte fermée.

Le sportif, qui ne se séparait jamais de son calibre 9mm, affirme avoir  tiré par accident, croyant à un cambrioleur caché dans ses WC fermés à clé. Plusieurs voisins ont cependant témoigné à la barre des bruits d'une  dispute et des appels au secours d'une femme qui les ont réveillés la nuit du  drame.
  
 "Elles évitent de tuer des innocents par ricochet"
Fabriquées par une usine américaine Winchester Ammunition à partir de 1991, les "Black Talon" étaient très vendues en Afrique du Sud durant les terribles  années précédant la fin du régime d'apartheid en 1994, théâtre de tueries entre  l'ANC de Nelson Mandela et l'Inkatha Freedom Party, un parti zoulou, en raison de rivalités en partie attisées par les services secrets du gouvernement.

Interdites ensuite, juste avant 1994, elles ont continué d'être  commercialisées sous le nom de "Ranger", nonobstant les efforts remontant au  XIXe siècle pour bannir les balles à fragmentation, mises à l'index dès 1899  par la convention de La Haye.

Reste que les forces de l'ordre leur trouvent deux avantages: elles évitent  de tuer des innocents par ricochet car elles ne transpercent pas le corps de la  victime et elles ont aussi un pouvoir d'arrêt très important, la balle "s'expansant" dans le corps au lieu de ressortir.
 
Selon les sources, l'Afrique du Sud compte 1,5 à 3 millions de détenteurs  d'armes à feu enregistrées, un chiffre en baisse depuis quinze ans, notamment  grâce à une réforme de la législation en 2004. Cela a permis de réduire de 50% les morts causées par des armes de poing, selon l'association Gun Free SA, qui milite pour une interdiction totale aux civils.

Le texte avait été adopté quelques semaines après la terrible mésaventure  arrivée à un ex-joueur de rugby, Rudi Visagie, meurtrier de sa fille, confondue  avec un voleur. Il avait été relaxé. Pour avoir un port d'arme comme Pistorius, il faut un brevet d'aptitude au  tir et des témoignages favorables de voisins sur sa santé mentale, ses  éventuelles addictions et son agressivité.    

Une réglementation visiblement mal appliquée puisque plusieurs imprudences  commises avant le meurtre commis par Pistorius sont restées sans suite.

En mars 2013, son père Henke Pistorius avait justifié les nombreuses armes détenues dans la famille par sa passion de collectionneur, par son activité de chasseur mais aussi par le besoin de se défendre. "C'est la faute du gouvernement de l'ANC, regardez les niveaux de  criminalité, pourquoi la protection est-elle aussi mauvaise dans ce pays, c'est  aussi un aspect de notre société (...) On ne peut pas se fier à la police  (...)", avait-il dit.

L'Afrique du Sud affiche un taux d'homicides de 31,9 pour 100.000 habitants  en 2012 (contre 66 pour 100.000 en 1994), rappelle Gun Free SA.