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Son "job de rêve" prend fin aujourd'hui

Gilles Jacob, 83 ans, éternel homme en smoking accueillant les stars en haut des marches, a réussi, dans sa longue histoire d'amour avec le cinéma, une belle mise en scène: celle du Festival de Cannes dont il a été pendant une trentaine d'années le grand chambellan. Président sortant, il passera bientôt le témoin à Pierre Lescure, au terme de cette 67e édition.

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L'homme aux 1.000 anecdotes sur le cinéma et ses vedettes préside le Festival depuis 2001. Il avait rejoint l'équipe en 1976, d'abord comme délégué général adjoint, avant de devenir deux ans plus tard délégué général responsable de la fameuse sélection des films en compétition. Mais il n'atteindra la plénitude de son action qu'en 1984.

"C'est le plus beau métier du monde. Je passe près de 90% de mon temps à rencontrer des gens passionnants, à avoir des surprises et à regarder des films. C'est ça le vrai luxe", dit-il, ajoutant: "Je ne dirige rien, au mieux suis-je, comment dire, une sentinelle mondiale".Il a fait de cette immense foire aux vanités et aux talents, de cet éminent rendez-vous glamour, une référence indiscutable de la cinématographie à l'échelle planétaire sans négliger ni la création ni le business. En outre, selon lui, "le Festival a tenu tête à la télévision et lutté contre la censure en donnant la parole aux créateurs bâillonnés".

Il a aussi favorisé à Cannes la présence des médias. Sous son "règne" ont été inventés la "Caméra d'or" (première oeuvre), "Un certain regard" (sélection officielle bis), les "Leçons de cinéma" (données à des étudiants par un metteur en scène) et la "Cinéfondation" (pour les jeunes prétendants à la mise en scène).

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Innombrables souvenirs
Gilles Jacob naît le 22 juin 1930 à Paris. Sa famille, juive, fuit la capitale en 1940 pour se réfugier à Nice jusqu'à la Libération. En 1943, il échappe de peu à une arrestation de l'armée allemande. "Le père Bruno me pousse derrière l'harmonium. Me sauve la vie. Mon histoire, racontée à Louis Malle, deviendra une scène d'Au revoir, les enfants", raconte-t-il dans ses Mémoires. A son retour, il crée avec des camarades la revue de cinéma "Raccords". Parallèlement, et pendant de longues années, il gagne sa vie en s'occupant de l'entreprise familiale d'instruments de pesage.

En 1964, il couvre son premier Festival de Cannes pour "Cinéma 64". Auteur en 1969 d'un roman, on le retrouve critique aux "Nouvelles littéraires", puis critique, cette fois de cinéma, à L'Express en 1971. En 1976, il en est "viré", selon sa formule, pour avoir critiqué un film défendu par Jean-Jacques Servan-Schreiber et qui fait la couverture de l'hebdo, "Histoire d'O". De cet épisode, il fera un scénario (qui deviendra "Ca n'arrive qu'à moi", réalisé par Francis Perrin).

Robert Favre Le Bret, patron du Festival de Cannes, l'engage peu après. Il y scellera son destin.Marié et père de deux enfants, Gilles Jacob a raconté dans ses livres ("Les Visiteurs de Cannes", "La vie passera comme un rêve" ou "Les Pas perdus") ses innombrables souvenirs, comme on déroule un générique: ses relations difficiles avec Roman Polanski, son admiration pour Jeanne Moreau, les colères de Gérard Depardieu et de Maurice Pialat, les manipulations de Nanni Moretti, ses combats pour faire venir à Cannes Woody Allen ou des films comme "E.T" (Spielberg) et "Apocalypse Now" (Coppola). 

Président du prix Louis-Delluc depuis 1993, Gilles Jacob, à l'origine de l'émission de radio "Le masque et la plume", est aussi essayiste et documentariste. Il a co-établi la volumineuse "Correspondance" de François Truffaut (1988) et réalisé ou produit plusieurs films sur le cinéma ou le Festival.Après la 67e édition, il continuera de s'occuper de la Cinéfondation et entend écrire un roman. "Le secret de la forme, a-t-il dit, c'est de ne jamais arrêter son activité à condition qu'elle vous passionne".