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Après ça, vous aurez envie de tout foutre en l'air

Avec sa nouvelle salle, le Théâtre de la Toison d'Or à Ixelles entend bien attirer un autre public, peut-être plus averti et en tout cas curieux. "King Kong Theorie" y est actuellement joué. Adaptation scénique de l'essai du même nom écrit par Virginie Despentes, c'est une véritable claque.

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Le livre a beau être sorti en 2006, il n'en reste pas moins percutant onze ans plus tard. Le texte est dérangeant, féroce, ironique, cru. C'est punck, rock, ça parle de pornographie, de prostitution, de viol. Tout le monde ne s'y retrouve pas mais il a le mérite de provoquer le débat et de lancer des pistes de réflexion sur le féminisme - non, ce n'est pas un gros mot - d'hier et d'aujourd'hui, les luttes des femmes, leur place de la société et celle des hommes aussi, tant qu'on y est.

Les trois actrices (Marie-Noëlle Hébrant, Maud Lefebvre, Delphine Ysaye) réalisent une prouesse scénique: elles débitent le texte dense de Despentes sans accroc avec une conviction qui force l'admiration. On a eu les battements de coeur au ralenti lors du déroulé de cette "agression", de cette "embrouille", de ce qu'on a du mal à nommer, comme si on devait s'excuser de l'avoir subi: le viol. Dephine Ysaye se déshabille lentement. Dos à la scène, son corps est recouvert de projections lumineuses. C'est hypnotisant.

"King Kong Theorie" pousse à la révolte et provoque l'envie de "tout foutre en l'air". Foncez! C'est joué jusqu'au 25 février et la pièce reviendra le 8 mars pour la Journée Internationale de la Femme. Infos et réservations ici.

Citation

J'écris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisa­bles, toutes les exclues du grand marché, à la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n'ont pas envie d'être protec­teurs, ceux qui voudraient l'être mais ne savent pas s'y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compéti­tifs, ni bien membrés. Parce que l'idéal de la femme blanche séduisante qu'on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu'il n'existe pas.

Virginie Despentes, "King Kong Théorie"