Et chez nous, existe-t-il aussi des quartiers homophobes?

VideoLa violence du reportage sur l'homophobie en banlieue parisienne diffusé jeudi dernier sur France 2 dans l'émission "Envoyé Spécial" a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux. La situation dans certains quartiers en France est-elle comparable à la Belgique? Existe-t-il, comme l'illustre tristement le reportage, certains quartiers plus hostiles que d'autres envers les gays et lesbiennes? L'homophobie est-elle plus ancrée dans certaines religions ou s'agit-il d'un phénomène global? Comment faire pour enrayer la discrimination et l'intolérance en raison de l'orientation sexuelle? Pour tenter de répondre à ces questions, nous avons donné la parole à Manoë, jeune Bruxellois victime d'une agression homophobe à Knokke en décembre dernier.

Le reportage choc intitulé "Homo en banlieue" n'a laissé personne indifférent. Il montre l'enfer que vit Lyès Alouane, un jeune homme de Gennevilliers (la banlieue nord-ouest de Paris), dès qu'il sort de chez lui et se balade dans le quartier. Au quotidien, il est victime d'insultes, d'agressions verbales, de brimades. "Les gens qui m'agressent me disent que je n'ai pas le droit de passer sur leur 'territoire', assure celui qui se fera même frapper devant les caméras de télévision. Si une certaine hostilité s'exprime dans plusieurs quartiers de la banlieue parisienne à l'égard des personnes homosexuelles, peut-on faire un parallèle avec la situation chez nous? Pour Manoë, victime d'une agression homophobe en décembre dernier à Knokke, l'homophobie est certes davantage présente dans certains quartiers de Bruxelles mais cela ne se réduit certainement pas aux milieux urbains.

"J'ai vécu 15 ans à Bruxelles avant de déménager à Knokke. Alors oui, bien sûr qu'à Bruxelles il y a certains quartiers à éviter, genre Bockstael ou Molenbeek. Mais je me suis fait plus agresser physiquement en dehors de Bruxelles. J'ai habité à Enghien et Tournai. Une fois qu'on sort des grandes villes et qu'on revient dans les villages, les mentalités se rétrécissent avec la ville. A Enghien, j'ai subi des agressions physiques. A Bruxelles, c'était des agressions verbales et crachats, ce qui n'est pas très agréable non plus", explique le jeune homme de 27 ans, qui a habité dans le quartier Anneessens, dans le centre de Bruxelles.

L'homophobie, le jeune homme en est victime depuis son adolescence. La première fois qu'il s'est fait agresser physiquement, il avait 18 ans et venait d'obtenir son diplôme. "J'attendais le train à la Gare Centrale vers 5h du matin après une sortie en discothèque. Je me suis fait agresser par des jeunes de 13 ou 14 ans. A l'époque, cela n'avait pas fait le même tollé médiatique. J'ai l'impression que le phénomène intéresse davantage les médias aujourd'hui. On parle beaucoup de Bilal Hassani (N.D.L.R. candidat de la France à l'Eurovision), il y a aussi cette chanson contre l'homophobie réalisée par plusieurs personnalités (N.D.L.R. "De l'Amour", clip de l'association Urgence Homophobie), maintenant ce reportage d'Envoyé Spécial. C'est d'actualité", prolonge Manoë, âgé de 27 ans aujourd'hui.

"Du coup, je me demande si cette médiatisation n'encourage pas certains jeunes 'à casser du pédé'. On ne force personne à nous aimer, on demande simplement le respect de notre différence", tient-il à préciser.

Homophobie, quel profil?

Pour Unia, ex-Centre pour l'égalité des chances, il n'existe pas d'étude fiable sur la géographie de l'homophobie pour en appréhender tous les aspects. Toutefois, selon l'institution publique, il existe bien une certaine hostilité à l'égard de l'homosexualité au sein des religions en général. 

"La tendance, c'est une tolérance moins grande dans les pays religieux. Les religions - que ce soit l'islam, le christianisme ou le judaïsme - ont toujours été moins progressistes et ouvertes sur ces questions mais il s'agit d'une problématique qu'il faut aborder sans polariser. Les auteurs d'actes homophobes peuvent s'appeler Marcel ou Michel comme porter un nom étranger. Il faut être conscient qu'il y a certaines tendances mais ce n'est pas en pointant du doigt une communauté qu'on va stopper le fléau. On ne répond pas à l'intolérance par l'intolérance", nous explique-t-on chez Unia, qui rappelait d'ailleurs dans une carte blanche en août dernier que les auteurs du meurtre d'Ishane Jarfi s'appelaient Jeremy, Jonathan, Eric et Mutlu.

Timing 
Si le nombre de plaintes pour homophobie est stable depuis plusieurs années maintenant (entre 80 et 100 par an) selon Unia, qui lutte contre les discriminations et les inégalités au sein de la société, on peut observer une montée des actes ou insultes homophobes en marge de grandes manifestations publiques, comme la Gay Pride.

"C'est quand la communauté homosexuelle se montre, s'affiche, que l'homophobie augmente. La visibilité entraîne davantage de réactions à caractère homophobe. Il y a eu par exemple l'arrestation d'un jeune homme d'une vingtaine d'années en marge de la Pride d'Anvers (voir l'article ici). Il avait proféré des menaces homophobes qui avaient conduit à son arrestation. Son tweet avait un caractère discriminatoire et pouvait déboucher sur des actes de violence", explique encore Unia.

La Belgique homophobe? Non
Toutefois, dire que la Belgique est un pays homophobe serait injuste, affirme Unia. Selon une enquête Ivox (mai 2016 - 1000 personnes représentatives de la population belge), seules 5 à 8% des personnes interrogées se disent explicitement et ouvertement homophobes. Environ 60% des sondés n'ont strictement aucun problème avec l'homosexualité et ont une attitude égalitaire. "Si les attitudes ouvertement homophobes sont très minoritaires, certaines expressions concrètes de l'homosexualité ont toujours du mal à être acceptées et à être traitées sur un pied d'égalité", nuance encore Unia.

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Trois quarts des dossiers relatifs à l'homophobie traités par l'Unia concernent la vie en société, les menaces et insultes sur internet et le domaine de l'emploi. © Unia

Alors, comment endiguer le phénomène?

Pour Manoë, cela passe forcément par l'éducation et la pédagogie en milieu scolaire. "Les auteurs de ces agressions sont souvent jeunes, parfois mineurs. Par conséquent, il faut agir tôt, dès l'âge de 12 ou 13 ans. Hélas, l'éducation n'est pas toujours faite à la maison. Du coup, cela doit se faire dans les écoles. D'ailleurs, à choisir, je préfèrerais que l'on oblige mes agresseurs à aller dans des écoles pour qu'ils racontent ce qu'ils ont fait, au lieu de leur infliger une peine de prison. Je n'ai pas envie de bousiller leur vie, je préfère qu'ils soient condamnés à une peine alternative et que ça serve à quelque chose", conclut Manoë, qui ne compte pas se laisser abattre. Pour preuve: il a même décidé de lancer une collection de vêtements - il est styliste de formation - ayant pour thème la lutte contre toute forme de discrimination (religieuse, sexuelle ou raciale).

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Manoë Monballiu © Facebook

Manoë agressé en décembre

En décembre dernier, Manoë a été sauvagement agressé par trois individus d'une vingtaine d'années à Knokke après une soirée. Le jeune homme s'est vu proposer un lift de la part des trois jeunes, qui avaient promis de le ramener chez lui. Hélas, c'était un guet-apens. Quelques minutes plus tard, il se faisait rouer de coups, insulter et menacer de mort. En état de choc, le visage tuméfié, il s'est réfugié chez un riverain avant d'appeler les secours. Aujourd'hui, le jeune homme porte toujours des séquelles de son agression.

"Dans un premier temps, la police n'a pas osé se prononcer sur le caractère homophobe de l'agression, puis elle est revenue sur sa déclaration et m'a mis en contact avec Unia (ex-Centre pour l'égalité des chances)", confie Manoë à 7sur7.be. "A partir du moment où trois personnes me défoncent la gueule à coups de pied, qu'on me traite de pédé et qu'on dit qu'on veut me tuer, que faut-il de plus pour justifier une agression homophobe? Faut-il que je me retrouve avec un gode enfoncé dans le c**? On m'a dit que les auteurs avaient été arrêtés mais je n'ai pas plus d'informations à ce stade. En tout cas, si le caractère homophobe de l'agression n'est pas retenu, vous allez m'entendre hurler".