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"Gros con", "accent du Maghreb", "vieille pédale": polémique chez Europe 1

UpdateUn rapport, relayé par Mediapart, révèle les pratiques "insultantes" de la station de radio française à l'égard de ses auditeurs...

Pendant près de vingt ans, Europe 1 a fiché ses auditeurs et opéré un filtrage discriminatoire à leur insu. Mediapart a pu consulter un rapport confidentiel du CNIL rédigé en 2017. Rien n'avait... filtré, étrangement, depuis lors. La station n'avait alors écopé que d'un simple avertissement "non public". 

Filtrage hors antenne
Lors de la sélection d'un auditeur censé s'exprimer en direct à l'antenne, il est normal de procéder à un écrémage des candidats, pour des raisons techniques (élocution laborieuse, connaissance approximative de la langue, etc.), idéologiques (racisme) ou si le profil de l'auteur laisse planer le risque d'un dérapage verbal. Or, Europe 1 a poussé cette pratique un peu trop loin, relate Le Parisien

Dans son enquête publiée dimanche, Médiapart indique que la radio a enregistré des fiches contenant des informations sur plus d'un demi-million d'auditeurs via un logiciel qui les stockait depuis 2002. 

"Gros con", "vieille pédale"... 
Parmi celles-ci, la "liste noire" des standardistes d'Europe 1 regorgeait de qualificatifs et d'éléments descriptifs pour le moins interpellants: "Gros con", "Voix de vieille pédale", "facho", "accent du Maghreb", "accent juif tunisien, insistant et désagréable", ainsi que des commentaires sur la santé ou l'orientation sexuelle ("il est homo", "séropositif", "a besoin de parler de son cancer"), autant d'annotations révélées par l'enquête de Mediapart. 

Rappel de la loi en vigueur
Le journal rappelle "que la loi interdit le recueil sans consentement de données à caractère personnel relatives à la santé ou à l'orientation sexuelle, aux origines raciales ou ethniques, ou aux appartenances religieuses".

Réaction de la direction
Le vice-PDG d'Europe 1, Laurent Guimier a réagi sur Twitter et dénoncé des "pratiques honteuses". Il assure que la direction "avait corrigé ces dérives inadmissibles", à l'époque et fait en sorte qu'elles ne se reproduisent plus.

"Erreur technique"
La secrétaire générale d'Europe 1 Anne Fauconnier a quant à elle assuré  que "la conservation des données sur une longue période provient d'une erreur technique". La station a également purgé ses bases de données et rappelé à l'ordre ses équipes de téléopérateurs.

Compétences de la CNIL
Quand un manquement sérieux est identifié par la CNIL, elle peut prononcer des sanctions publiques ou non publiques, pécuniaires ou non pécuniaires (rappel à l'ordre, injonction...). Dans le cas d'Europe 1, aucune amende n'a été adressée et les faits n'ont pas été transmis à la justice, souligne Mediapart.

Justifications 
Un membre de la Commission ayant participé au contrôle s'est justifié: "On est là pour accompagner les entreprises dans leur mise en conformité. Pas pour les pénaliser. Europe 1, c'était globalement un problème de management".